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Prostitution des mineurs : les signaux virent au rouge

Publié le lundi 22 février 2016 , mis à jour le lundi 22 février 2016

Source : http://www.ash.tm.fr

Auteur : Florence Raynal

« La prostitution n’épargne pas les mineurs. Mal connu, ce phénomène tendrait à se répandre, que ce soit via la traite des êtres humains et la prostitution de rue ou la vente de prestations tarifées sur le Net et autres échanges dits économico-sexuels. De telles situations exigent qu’institutions et professionnels se mobilisent afin d’éviter des mises en danger et de protéger les victimes par un accompagnement adapté.

Orpheline, mariée à 14 ans contre son gré à un sexagénaire, abusée par le fils de ce dernier, Awa réussit à s’échapper, puis quitte l’Afrique pour se réfugier en France. Prise dans un réseau de traite des êtres humains, elle est enfermée et forcée, à 16 ans, à se prostituer. Lycéen menacé de mort par ses oncles depuis l’annonce de son homosexualité, Ali, lui, s’enfuit du Maroc et s’installe chez sa demi-sœur en banlieue parisienne. Mais, apprenant son orientation sexuelle, celle-ci le chasse(1). S’ensuivent errance puis prostitution sous l’emprise d’un proxénète. De son côté, S.(2), qui a été agressée sexuellement à 13 ans au collège, subit une IVG et s’inscrit sur un site d’escorts à 13 ans et demi. Après divers placements, elle retourne chez sa mère… qui accepte l’argent de son activité. Comme eux, de 6 000 à 10 000 enfants seraient prostitués en France. Une réalité de plus en plus visible, mais cependant mal connue. Dans un rapport de 2012(3), l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) s’en est d’ailleurs inquiétée, relevant « un écart considérable entre les données de sources policière et judiciaire, selon lesquelles le phénomène serait quasi inexistant, et l’expérience de nombreuses associations ». L’inspection pointe de surcroît « le relatif déni » des institutions et le « faible investissement sur ce sujet », lequel « n’est pas traité en tant que tel, mais occasionnellement abordé dans le cadre d’actions sur la prostitution en général, ou sur les mineurs étrangers isolés, par exemple ».

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Prise en charge limitée
Aujourd’hui, la prise en charge de cette problématique se révèle éclatée entre l’Etat, compétent en matière de prostitution, et les départements, responsables de la protection de l’enfance. Mais, alors que, depuis la loi du 4 mars 2002, le code pénal punit spécifiquement le recours à la prostitution de mineurs de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende – sept ans et 100 000 € s’ils ont moins de 15 ans –, la mobilisation, résume l’IGAS, « semble limitée à quelques opérateurs associatifs de terrain ». Lesquels tentent de mobiliser davantage les pouvoirs publics, comme le montre le colloque intitulé « La prostitution des jeunes et des mineurs-es » organisé le 1er octobre dernier(4).

Hors la rue est l’un de ces opérateurs. Travaillant auprès de mineurs étrangers en danger en région parisienne, l’association a été informée par Les Amis du bus des femmes de la présence croissante de très jeunes femmes parmi les prostituées de rue nigérianes. Depuis, elle effectue des tournées à bord du bus de prévention de ce partenaire pour repérer d’éventuelles mineures. Les obstacles se révèlent cependant multiples car les jeunes dissimulent leur âge. Leur séjour en Europe étant organisé par des proxénètes ou « madames » contre environ 50 000 €, elles doivent tout d’abord rembourser cette dette et ne revendiquent ni leur minorité ni une protection. « En général, un pacte est scellé avant le départ entre la jeune et sa “madame” lors d’une cérémonie ponctuée de rituels impressionnants. L’emprise psychologique est très forte et s’y ajoute la peur de représailles concrètes sur la famille si elle manque à son devoir », explique Bénédicte Cabrol, chargée de mission « traite des êtres humains ». Ensuite, ces jeunes disposent de récépissés de demande d’asile établis à partir de faux papiers attestant de leur majorité. Enfin, elles ont pour obligation de ne parler ni à la police ni aux associations. « Elles sont soumises au contrôle serré des proxénètes et de la communauté sur le travail effectué, l’argent gagné, leurs relations… Entrer en contact avec elles est donc complexe et il faut veiller à ne pas accroître leur mise en danger », poursuit Bénédicte Cabrol. Même constat pour Fabrice Grimaud, coordinateur du pôle « actions extérieures » de l’Amicale du Nid, qui va aussi à la rencontre de ces jeunes. « Quand elles montent dans notre bus, les femmes plus âgées qui les accompagnent parlent souvent à leur place et il est difficile d’avoir un entretien individuel », confirme-t-il. La minorité est donc évaluée à partir d’un faisceau d’indices : apparence physique – mais elles sont très maquillées et portent des perruques –, comportement, discours… La présence régulière des associations sur les lieux de prostitution a toutefois permis d’identifier un noyau de mineures et d’alerter la justice. Les associations sont ainsi en contact avec la brigade de protection des mineurs (BPM) et réalisent des signalements auprès du parquet. Dans le cadre d’un protocole visant à préserver le travail de chacun, la BPM intervient sur le terrain à l’appel des associations.

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Pratiques d’escorting

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Fins de parcours…
Si l’entrée dans la prostitution est un processus, la sortie en est un autre, long et ardu. L’Amicale du Nid s’y emploie. Lorsqu’un jeune est orienté par l’ASE, l’équipe lui expose d’emblée que l’association est spécialisée dans l’aide aux personnes prostituées. « Nous souhaitons qu’il identifie notre spécificité, sans pour autant l’y enfermer. L’accompagnement consistera à voir avec lui comment il s’y retrouve ou pas, à laisser venir la parole », explique Rose-Angèle Leroy, éducatrice spécialisée. Le suivi sera ensuite réfléchi sur les plans éducatif, social, psychologique, pédagogique « pour prendre en charge les diverses facettes de l’adolescent, qui, en plus d’être en plein remaniement psychique, a subi divers rejets, ruptures… », poursuit-elle. Outre créer du lien, il s’agit de s’appuyer sur ses ressources et de lui reconnaître des capacités au changement. « Malgré la culpabilité, les échecs, ces jeunes ont des compétences, ils sont en pleine construction et il faut savoir s’en saisir », affirme-t-elle. Favoriser les échanges entre pairs se révèle aussi profitable. « Il ne suffit pas de retrouver un logement et un emploi pour aller bien définitivement. Quand on a honte, on garde une image détériorée de soi, on éprouve un sentiment d’exclusion, cela atteint l’essence même de la personne », résume Jérôme Strazulla, médecin, psychanalyste et psychothérapeute. Depuis une dizaine d’années, des jeunes suivis par l’Amicale du Nid se voient ainsi proposés de partager un appartement le temps de leur réinsertion.

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Voir en ligne : http://www.ash.tm.fr/consultation/c...


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