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« L’enfant et la prison », Enfances & Psy 2019/3 (N° 83), ERES

Publié le mardi 29 octobre 2019 , mis à jour le mardi 29 octobre 2019

Source : Cairn

Edition : ERES

Revue : Enfances & Psy 2019/3 (N° 83), L’enfant et la prison

Mise en ligne : 22 octobre 2019

Pages : 176

Présentation :

« L’enfant et la prison : deux termes à première vue antinomiques. Des mineurs sont pourtant emprisonnés ; ils peuvent l’être exceptionnellement à partir de 13 ans. Sous quel motif ? Quelle en est la pertinence ? Quelles sont leurs conditions de détention ? Des alternatives peuvent-elles être proposées ? Quels effets la privation de liberté génère-t-elle ? Quid de l’accompagnement éducatif et psychologique et comment des magistrats sont-ils amenés à prendre une telle décision ? Qu’en est-il à l’étranger ? Dans certains pays, adultes et enfants partagent les mêmes lieux de détention – une configuration qui favorise l’apprentissage de la violence.

On pense aussi aux enfants dont le parent est en prison. Comment aider les familles à ne pas en faire un secret, alors même que cette réalité est vécue de manière honteuse ? Comment ces enfants et ces adolescents vivent-ils la séparation et la sanction de leur parent ? Quelle expérience ont-ils des parloirs ? Quel est l’impact sur leurs représentations de la famille, de la loi, de la société ? Enfin, dès le début de la vie, des bébés sont confrontés au monde carcéral – autorisés à passer leurs premiers mois auprès de leur mère emprisonnée. Quels sont les enjeux d’une telle disposition ?

Ce numéro tentera d’esquisser des réponses, en donnant la parole aux cliniciens, magistrats, éducateurs, intervenants en prison… »

Sommaire :

Pages 6 à 8 - Éditorial
Un pédopsychiatre tout seul, ça n’existe pas  !
Roger Teboul

« Les 34es journées de l’api (Association des psychiatres de secteur infanto-juvénile) ont eu lieu les 20 et 21 juin 2019 à la Maison de l’Arbre à Montreuil. Leur intitulé «  Un pédopsychiatre tout seul, ça n’existe pas  !  », sonne comme un manifeste pour la pédopsychiatrie. En effet, les équipes de pédopsychiatrie sont aujourd’hui de plus en plus appelées à nouer des partenariats avec de nombreuses institutions et interlocuteurs  : les familles, l’Éducation nationale, les services sociaux, les foyers et maisons de quartier, les milieux associatifs, les communes, la justice, les partenaires du sanitaire (y compris la psychiatrie générale) et du médico-social… Car ces liens interinstitutionnels sont le terreau des liens sociétaux, intersubjectifs et intrapsychiques que la pratique de la pédopsychiatrie vise à instaurer ou restaurer pour ses patients. Ils sont aussi propices à la créativité, comme en ont témoigné les différentes interventions tout au long de ces deux journées.

La psychiatrie est une branche de la médecine qui ne peut pas se passer d’une analyse politique, ce que l’exercice de notre métier ne manque pas de nous rappeler. C’est sans doute aussi pourquoi ces journées avaient un parfum militant, renforcé par le lieu où elles se sont tenues, la Maison de l’Arbre. Armand Gatti, poète et dramaturge engagé, y a travaillé à la fin de sa vie et ses archives s’y trouvent encore. Si la pédopsychiatrie est une priorité affichée de la politique de santé, la traduction dans la réalité de cette politique reste encore en deçà des besoins.

À l’interface de la politique et de la clinique, Bernard Stiegler, philosophe, propose une analyse très pertinente du monde d’aujourd’hui à partir de ses réflexions sur la communication et de son expérience de «  clinique contributive   ». Dans une pmi de Seine-Saint-Denis avec des praticiens pédopsychiatres, il mobilise parents et professionnels autour de la question de la maîtrise des écrans par les enfants, dans une démarche qui se rapproche de «  l’empowerment  ». Cette modalité d’intervention permet des réflexions communes au sein desquelles chacun peut faire valoir son «  expertise  » sur la question posée. Modalité familière aux champs de la pédopsychiatrie dans la mesure où une de ses missions principales consiste à créer du lien.

Liens, bébés, enfants et adolescents, très vite la protection de l’enfance s’offre à nous comme une institution fondamentale. Premier partenaire de la pédopsychiatrie, elle est aujourd’hui très en difficulté. Les juges des enfants et les travailleurs sociaux, tout comme la psychiatrie infanto-juvénile, compte tenu du nombre de demandes qui leur parviennent se voient confrontés à la gestion de «  listes d’attente  » et à des délais d’intervention qui s’allongent jusqu’à douze ou dix-huit mois.

Cette question du lien est encore plus importante dans certaines situations cliniques. Dans le champ de l’autisme, la pluridisciplinarité est à l’honneur. Brigitte Chamak a pu montrer, dans sa recherche sur les enfants autistes en Seine-Saint-Denis et dans les quartiers nord de Marseille, loin des sunlights des émissions télévisées, combien l’autisme sur des territoires précarisés aboutit à un cumul de vulnérabilités, et nécessite une cohésion dans les interventions des différentes institutions. De telles problématiques en appellent aussi à l’audace et à l’innovation. Le documentaire On devrait en faire un film d’Olivier Nakache et Éric Toledano, centré sur les jeunes accueillis au sein d’un établissement de l’association Le silence des Justes basée à Saint-Denis, a servi de trame à leur dernier long-métrage Hors norme (2019). Ce film montre avec délicatesse et sensibilité combien les initiatives institutionnelles sont utiles lorsqu’elles sont articulées aux soins que les pédopsychiatres apportent au quotidien à de tels jeunes.

Mais au-delà de cette clinique classique, la pédopsychiatrie est aujourd’hui convoquée hors de ses sentiers battus. Elle est appelée à s’investir dans de nouveaux domaines où partenariat et collaboration sont indispensables.

La presse en a parlé, des enfants et des adolescents rentrent de Syrie. La prise en charge des «  Mineurs de retour de zone d’opérations de groupements terroristes  » soulève de nombreux enjeux éthiques et cliniques. Sitôt sur le sol français, ils sont confiés à l’Aide sociale à l’enfance et leurs parents sont incarcérés. Les services de pédopsychiatrie sont amenés à intervenir pour évaluer leurs traumatismes psychiques et leur offrir des soins. Ils ont été stigmatisés par des propos qui les qualifiaient de «  bombes à retardement  ». Les interventions des pédopsychiatres doivent s’articuler avec des partenaires aux logiques opposées  : protection de l’enfance, ministères de l’Intérieur et de la Justice, Éducation nationale. Si les liens sont importants entre institutions, la question du secret professionnel se pose pour que la parole des enfants puisse rester libre et aller dans le sens du soin.

Autre question d’actualité qui justifie une collaboration immédiate entre la pédopsychiatrie et différentes institutions, une innovation a été menée dans le cadre de «  Protocole partenarial et expérimental de prise en charge des enfants témoins de féminicide  ». Alors que leur père est placé en garde à vue, immédiatement après les faits, les enfants sont hospitalisés en service de pédiatrie, suivis sur un mode intensif par une unité de pédopsychiatrie de liaison, puis par un service de pédopsychiatrie. Cette hospitalisation offre une protection, une évaluation et une prise en charge spécifique d’enfants traumatisés confrontés à des déliaisons. Très vite, des articulations doivent être mises en œuvre avec les services de police, la justice, l’Aide sociale à l’enfance.

La migration aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Il ne s’agit plus de regroupements familiaux mais de migrants qui fuient les guerres ou les persécutions. Les migrants d’aujourd’hui ont été traumatisés dans leur pays d’origine, au cours de leur parcours migratoire, et le sont encore souvent sur le sol français. Leur précarité s’apparente généralement au dénuement. Dans le cadre de l’accueil des nouvelles figures de la migration féminine, isolées, traumatisées (viols, excisions, violences conjugales ou familiales), persécutées et démunies, les dyades mère-enfants sont au carrefour de différentes institutions du territoire, ong, services de soins, services sociaux.

D’autres nombreuses situations nécessitent une collaboration étroite entre plusieurs institutions. Les liens entre psychiatrie générale et pédopsychiatrie au moment de l’adolescence pour éviter les ruptures de parcours, le travail du pédopsychiatre auprès des mineurs incarcérés, l’inclusion scolaire des enfants autistes, et plus largement des enfants en situation de handicap. Dans le contexte difficile que traverse la psychiatrie aujourd’hui, la créativité semble devoir s’autoriser à décloisonner les institutions au service d’une santé mentale plus inclusive.

De l’avis de tous les participants au congrès de l’api, aujourd’hui plus qu’hier, un pédopsychiatre tout seul, ça n’existe pas. Mais si ces liens sont importants et aujourd’hui plus qu’hier, comment parvenir à les maintenir alors que les pédopsychiatres sont de moins en moins nombreux  ? Comment répondre à l’appel des partenaires tout en restant présent dans nos institutions, dans nos cmp et nos services d’hospitalisation  ? Certains services ne parviennent plus à recruter, les postes vacants sont de plus en plus nombreux. Ce contexte démographique difficile pourrait paradoxalement être une raison supplémentaire de ne pas rester isolé, en espérant que les actions partenariales auxquelles nous sommes invités puissent avoir des effets de prévention. »

Le Dossier – L’enfant et la prison

Pages 9 à 12 - Introduction
Dominique Mahyeux et Jean-Pierre Benoit

« Le nombre de détenus en France n’a cessé d’augmenter depuis les années 1970. Les cliniciens exerçant en détention ont tous observé l’importante augmentation de prévalence des troubles psychiques parmi ces détenus. Dans un tel contexte, bébés, enfants et adolescents pourraient être oubliés, témoins silencieux d’une histoire qui ne serait pas la leur ou acteurs à leur corps défendant. L’incarcération d’un proche, ou leur propre détention ne peut rester sans effet sur leur développement.

Comment parvenir à penser enfance et privation de liberté  ? Quels bénéfices secondaires peut-on attendre d’une configuration aussi improbable  ? Du bébé qui s’aventure sur le chemin de la vie dans le cadre contraint auquel est assujettie sa mère, à l’adolescent rebelle dont les enveloppes psychiques ne parviennent pas à traiter un envahissement pulsionnel exponentiel, des murs physiques à l’enfermement mental, des portes qui se ferment, confrontant le sujet à un point de butée, à celles qui s’ouvrent à cet autre enfant l’espace d’un instant, pour renouer un lien fragilisé avec son parent incarcéré, pléthore de situations singulières sont considérées au fil de ce numéro.

L’historienne Véronique Blanchard nous invite à examiner la question sensible de l’enfermement des mineurs, privilégiée sans faillir en France depuis deux siècles, au gré d’aménagements à visée de protection d’abord, puis d’éducation. La prison serait-elle considérée comme éducative  ? Que reste-t-il aujourd’hui des principes fondateurs de l’ordonnance de 1945  ? Quelles réponses la société a-t-elle apportées et apporte-t-elle à ces enfants intranquilles qui transgressent la loi et représentent toujours pour elle une menace, induisant un sentiment d’inquiétante étrangeté  ? À l’escompte de quels bénéfices et en référence à quels paradigmes  ?

Ici s’impose la mention de la colonie pénitentiaire agricole et maritime de Belle-Île-en-Mer, établissement public créé par décision ministérielle du 29 mai 1880, qui recevait de jeunes détenus, acquittés mais non remis à famille ou condamnés à des peines maximales de deux ans. La discipline y était extrêmement sévère et le quotidien des colons ponctué de corvées, de brimades et de violences (Bourquin, 2007). Plusieurs d’entre eux se révoltent en août 1934 et s’évadent. Cette émeute est suivie d’une campagne de presse très virulente et va inspirer à Jacques Prévert (1949) son célèbre poème «  Chasse à l’enfant  ». En 1945, elle devient un Internat professionnel d’éducation surveillée (ipes), qui fermera définitivement le 1er septembre 1977 – il existait encore alors un «  mitard  », où ceux qui avaient été rattrapés en tentant de rejoindre le continent à la rame, y étaient enfermés après leur capture durant plusieurs jours, au pain sec et à l’eau.

La mise en détention d’un adolescent est ordonnée par un magistrat. Un binôme de juges des enfants, Sophie Legrand et Lucille Rouet, souligne les paradoxes inhérents à l’exercice de cette double fonction, civile et pénale, oscillant au vif de frontières ténues entre protection et coercition. Car l’affiliation au groupe de pairs, les valeurs transgressives partagées, la violence agie et ses puissants effets excitatoires ont une fonction anti-dépressive et protègent de l’effondrement psychique. Des enfants rebelles certes, mais d’abord en souffrance, bafoués, annulés, idolâtrés, malmenés, dont les parcours chaotiques donnent souvent le vertige. Des adolescents désarrimés, carencés, en panne de symbolique, en mal d’altérité, en perte de sens, pris dans les rets d’une société aux assises incertaines, dont les injonctions paradoxales brouillent leurs repères. Des mineurs désaccordés, habités par des mouvements antagonistes d’amour et de haine, dont le passage par l’acte délinquant représente bien souvent un recours ultime à la loi, face à des adultes défaillants. Dès lors, le match se joue serré entre le mineur mis en examen et son juge – incarnation suprême de l’autorité. À charge pour ce dernier d’instaurer une relation de confiance dans une distance suffisamment bonne, qui permette à sa décision de faire sens et de favoriser la responsabilisation du mineur.

Les réaménagements psychiques liés à la privation de liberté induisent chez tout sujet, adulte ou adolescent, la mise en place de mécanismes de défense absolument indispensables pour que cette situation extrême et inhabituelle puisse être supportée. Soit le choc carcéral, mais aussi en corollaire la notion de délinquance, revisitée intra-muros par les jeunes détenus. Un psychiatre et pédopsychiatre Guillaume Monod, qui intervient en prison auprès des mineurs, propose un état des lieux expert, entre déni et culpabilité, revendication d’appartenance et travail de secondarisation, consommation de toxiques et crise suicidaire, violence institutionnalisée et temps étiré jusqu’à se figer en temps mort, soulignant en contrepoint la pertinence du travail clinique au sein de l’unité de soin – lieu autonome, préservé, protecteur.

Soumis à la confidentialité, cet espace du soin est envié et critiqué par les partenaires, suscitant les fantasmes par sa différence affichée. Il est néanmoins garant de la vie psychique du sujet en prison. Cécile Thomas, psychologue clinicienne ayant exercé de longues années en epm, déroule très pertinemment les tenants et aboutissants de sa pratique auprès d’adolescents incarcérés – histoires de vie singulières, stratégies individuelles face à l’enfermement, tensions institutionnelles, résistances de l’administration pénitentiaire à un exercice qui s’affranchit du secret partagé. Cette dimension du soin échappe de facto à la logique carcérale, en privilégiant le travail de subjectivation – réanimer des sujets sans vie (psychique) et les étayer vers cette prise de risques consentie que représente l’altérité. Soit des enjeux contrastés au vif de l’interdisciplinarité.

Un enfant en prison, sans être détenu. Pour éviter les séparations précoces, la loi autorise l’enfant à demeurer auprès de sa mère incarcérée, jusqu’à ses dix-huit mois. L’autorité parentale exercée par cette mère sur son enfant est étudiée par Ariane Amado d’un point de vue juridique. Son exercice est favorisé au préjudice de l’autre parent et sous le contrôle strict de l’administration pénitentiaire. Une telle vigilance ouvre à de nombreux questionnements, puisqu’elle s’exerce à l’endroit de l’enfant – statutairement libre. Sur le même sujet, Corinne Rostaing, professeure des universités en sociologie, nous convie, quant à elle, à une réflexion autour de ce statut – marginal et paradoxal – de mère incarcérée avec son enfant auprès d’elle, questionnant en filigrane l’intérêt majeur de l’enfant. La préservation du lien mère-enfant compense-t-elle la confrontation à cet enfermement drastique sous le regard omniprésent du personnel pénitentiaire  ?

Naître ne saurait se réduire à l’expulsion d’une matrice. Dans un bref et lumineux récit, Pascale Giravalli, psychiatre, témoigne de sa pratique à la prison des femmes des Baumettes à Marseille en termes d’accompagnement à la naissance et à la maternité dans le contexte carcéral. Sa vignette clinico-institutionnelle rend compte d’un protocole patiemment élaboré au fil des années et met en exergue la pertinence du soin porté à un tel dispositif et l’intérêt de le pérenniser. Sans occulter les tensions diverses émergeant de la confrontation de logiques institutionnelles opposées. Un retour d’expérience enrichi par les observations issues de l’animation d’un groupe de parole au sein d’un smpr en nurserie carcérale, menées par deux cliniciennes Sophie Guillermin et Marie-Noémie Plat, qui examinent les effets de cet aménagement spécifique, dans différentes séquences intéressant la dyade mère-enfant.

Un parent en prison. L’enfant hors les murs. Dedans-dehors. Ici et ailleurs. L’impact d’un tel événement, les mots qui manquent ou qui échouent. Les réponses souvent inadaptées de l’entourage familial. Les visites médiatisées de l’enfant à son parent détenu. Le protocole immuable des instances carcérales, la brutalité des parloirs, l’indicible de l’enfermement. Ce qui se (re)joue, se noue, se délite, s’invente, dans le cadre d’une relation reconfigurée. Deux psychologues cliniciens, Gérard Benoist et Florence Duborper, et un éducateur spécialisé, Ludovic Vinciguerra, retracent, au plus près de cette réalité, les parcours complexes et mouvants d’une clinique inventive, empruntant des chemins de traverse – l’accompagnement physique et psychique de l’enfant auprès et au regard de son parent incarcéré.

Les liens psychiques peuvent survivre à un éloignement physique. Face à l’incarcération de son parent, comment réagit l’enfant  ? Qu’en comprend-il  ? Constitue-t-elle toujours un événement traumatique pour lui  ? Quelle est sa représentation de cette situation qui le saisit émotionnellement  ? Honte, colère, inquiétude, voire anxiété, contredisent-elles l’attachement de l’enfant à son parent  ? Autant de subtiles mises en tensions que propose Alain Bouregba, au décours d’une fourmillante réflexion théorico-clinique. Savoir écouter les silences de l’enfant, n’est-ce pas être en capacité d’en accueillir toute la complexité, afin de lui proposer un récit qui lui permette de penser ce qui l’agite  ?

Enfin, Virginie Tournefier, d’une part, Herminie Leca et Hélène de la Vaissière, d’autre part, nous invitent, par le biais de vignettes cliniques exemplaires, à une réflexion exigeante sur la question de l’infantile, de son statut, du sens psychique de l’acte violent, dans le contexte de l’enfermement – qu’il soit carcéral ou psychiatrique. Renverrait-il à la matrice originelle  ? Sont mis en exergue le «  trop  » ou le «  pas assez  » dans les premiers liens – la séquestration psychique mortifère d’une figure maternelle destructrice, et tout autant l’absence de miroir dans le regard, le vide intersidéral, l’expérience précoce de l’abandon.

La clinique contemporaine évolue. Ce dossier, consacré à «  L’enfant et la prison  » vise à examiner et à éclairer, par une approche pluridisciplinaire et nuancée, un sujet tout en contrastes et aspérités, fondamental enjeu de société à la croisée de plusieurs champs professionnels.

Sans négliger que toute mise en lumière recèle sa part d’ombre. »

  • Enfermement des mineurs, la permanence d’un système

Pages 13 à 21 - Les enfants enfermés, une histoire sans fin…
Véronique Blanchard

« Cet article se propose de reprendre l’histoire de la détention des enfants depuis le xixe en France. Il s’agit non seulement de décrire et comprendre les modalités de l’enfermement des mineurs de justice en deux siècles mais également de s’interroger sur la permanence de ce système. De La Petite Roquette, première prison réservée aux enfants, aux Établissements pénitentiaires pour mineurs (epm) des années 2000, il faut se souvenir que la France est un pays qui n’a jamais souhaité abolir l’incarcération des enfants et adolescents. Est-ce à dire que la (ré)éducation des jeunes délinquants ne peut se passer des murs de la prison et de l’enfermement  ? Une approche diachronique doit permettre de répondre à cette interrogation en insistant sur les évolutions du regard social concernant la déviance et la criminalité juvéniles. »

  • La fonction de juge des enfants : des enjeux contradictoires

Pages 22 à 29 - Juge de la protection, de l’éducation mais aussi de la détention des mineurs, les paradoxes de la fonction de juge des enfants
Sophie Legrand et Lucille Rouet

« Le nombre de mineurs incarcérés dans les établissements pénitentiaires pour mineurs et les quartiers mineurs atteint des records inégalés, avec plus de 800 mineurs incarcérés sur le territoire au 1er juin 2018. Alors que la philosophie originelle de l’ordonnance du 2 février 1945, texte régissant le droit pénal des mineurs, est celle du primat de l’éducatif sur le répressif, cela pose la question des motifs de cette incarcération croissante, mais également de la possibilité de concilier éducation et enfermement dans la fonction du juge des enfants, lequel cumule des fonctions civiles de protection et des fonctions pénales, qui peuvent l’amener à prononcer des peines mais sont également régies par le primat de l’éducatif. »

  • L’adolescent incarcéré, au risque du déni

Pages 30 à 39 - «  Je fais ma peine  »  : le passage des adolescents par la case prison
Guillaume Monod

« L’épreuve de la prison fait découvrir aux adolescents incarcérés un monde complexe et ambigu, où l’ennui côtoie la violence, où les adultes ont pour missions de les aider à sortir de la délinquance, sans en avoir les moyens suffisants. Le choc de la détention a bien souvent pour effet de remobiliser des affects et des réflexions qui étaient neutralisés par l’engrenage de la délinquance. C’est pourquoi les mouvements psychiques consécutifs à l’enfermement sont complexes et imprévisibles, et toujours soumis à l’influence lointaine mais décisive des familles. »

Pages 40 à 49 - Dispositif de soins en établissement pénitentiaire pour mineurs  : entre enjeux et réalité
Cécile Thomas

« Dans une institution où la tendance naturelle serait le secret partagé entre les professionnels s’occupant des adolescents détenus, nous avons choisi de soutenir une position autre. En effet, les paroles des jeunes patients adressées dans l’espace intime du soin restent confidentielles. Cette opacité, dans un lieu où le panoptisme domine, est le garant du cadre thérapeutique que nous posons. Les enjeux sont forts  ; que le sujet puisse rejouer les problématiques sous-jacentes au passage à l’acte sur la scène du langage, que cela favorise ses capacités de symbolisation et sa construction identitaire. »

  • Mères et bébés en détention, prendre soin au vif de la contrainte

Pages 50 à 57 - L’autorité parentale sur un enfant de 18 mois en prison, un exercice sous tension
Ariane Amado

Pages 58 à 67 - Des mères incarcérées avec leur enfant  : un statut suprême mais paradoxal
Corinne Rostaing

Pages 68 à 71 - Naître en prison
Pascale Giravalli

Pages 72 à 82 - Le lien mère-bébé à l’épreuve de l’enfermement  : grossesse et maternité en nurserie carcérale
Sophie Guillermin et Marie-Noémie Plat

  • L’enfant et son parent détenu : les mots pour le dire ?

Pages 83 à 93 - Les liens familiaux à l’épreuve de l’incarcération du parent
Gérard Benoist

Pages 94 à 103 - Écouter et comprendre les silences de l’enfant confronté à l’incarcération de son parent
Alain Bouregba

Pages 104 à 108 - Visites médiatisées père/enfant en milieu carcéral dans le cadre de la protection de l’enfance
Ludovic Vinciguerra

Pages 109 à 118 - Rencontres enfants-parents en prison  : comment se parler vrai  ?
Florence Duborper

  • Privation de liberté et réaménagements psychiques : quand ressurgit l’infantile

Pages 119 à 127 - Destins meurtriers de l’infantile
Virginie Tournefier

Pages 128 à 137 - Lorsque l’enfant disparaît derrière la violence de ses actes
Herminie Leca et Hélène de la Vaissière

« L’enfermement d’un enfant ou d’un adolescent fait rupture dans sa vie quotidienne et psychique. Il viendrait de prime abord entraver un processus de séparation-individuation déjà compliqué par des carences des relations primaires. Il peut aussi être l’occasion d’une régression sensori-motrice thérapeutique et d’un accompagnement des mutations narcissiques et objectales infantiles et adolescentes. »

À propos

Pages 138 à 144 - Un GEM (Groupe d’entraide mutuelle) pour personnes autistes et familles
Valérie Montreynaud

Pages 145 à 154 - Impasses psychiques adolescentes et familiales dans le symptôme de déscolarisation
Marie Souchard, Marion Haza et Alain Ducousso-Lacaze

« Dans cet article, nous nous intéressons au symptôme de déscolarisation de l’adolescent s’exprimant par un refus d’aller à l’école et motivé par un vécu d’angoisse. Ce sont les impasses cliniques rencontrées dans notre pratique de pédopsychiatrie qui ont favorisé notre recherche, les jeunes et leur famille ne donnant pas suite aux soins alors que les répercussions socio-relationnelles sont persistantes et massives et les demandes de consultation pour ce symptôme plus importantes. Un retour sur les théories originales de S. Freud, P. Gutton et S. Birraux nous a permis de dégager des hypothèses sur différents nœuds et impasses des processus intrapsychiques et intrafamiliaux en jeu lors de cette délicate transition qu’est l’adolescence  : dans ses articulations à la fois à la génitalité, aux appuis identificatoires intra- et extra-familiaux, au savoir et à la pulsion de mort. »

  • En direct des pratiques

Pages 155 à 163 - L’hospitalisation en psychiatrie à l’adolescence  : une situation étrange  ? L’observation de l’adolescent hospitalisé à la lumière de la théorie de l’attachement
Marion Robin

« L’article analyse le déroulement d’une hospitalisation en psychiatrie de l’adolescent sous l’angle de la théorie de l’attachement. La situation étrange ou Strange Situation Procedure de Mary Ainsworth, première recherche en théorie de l’attachement, est ici utilisée comme repère pour analyser tant le protocole thérapeutique que la clinique de l’adolescent. La séparation d’avec les parents, la rencontre des soignants et des pairs, l’investissement des soins, les entretiens et ateliers, les retrouvailles avec les proches, les nouvelles séparations, sont autant d’occasion d’observer cette clinique psychiatrique, mais aussi d’analyser de quelle façon le travail de la crise à l’adolescence opère un changement dans les modalités relationnelles du patient. »

Pages 164 à 173 - Donner sens et saveur aux repas thérapeutiques d’un centre de jour pour adolescents
Domitille Normand, Sophie Lozingo, Marine Nicolas, Claire Peccia-Galletto, Thierry Baubet et Olivier Taïeb

« Cet article est issu d’une réflexion d’équipe sur sa pratique des repas thérapeutiques au sein d’un centre de jour pour adolescents. Nous y abordons notre cheminement théorico-clinique, et nos aménagements du cadre, où le repas est envisagé à la fois comme un espace d’échanges et de rencontres, véritable figure d’une une tablée familiale. À travers la délicate tâche de partager une sensorialité orale en groupe, il s’agit avant tout de faire vivre le repas comme une médiation dans une clinique adolescente. »

Le cabinet de lecture

Pages 174 à 175 - Le bébé et son berceau culturel

Voir en ligne : https://www.cairn.info/revue-enfanc...


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