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Communiqué de presse de l’OFDT, dispositif TREND - « Drogues illicites, usagers et marchés : constats récents du dispositif TREND. Le dispositif national de détection des phénomènes émergents de l’OFDT rend compte des observations de son réseau de huit coordinations locales »

Publié le : mardi 17 décembre 2019

Voir en ligne : https://www.ofdt.fr/BDD/publication...

Source : OFDT

Date : 13 décembre 2019

Présentation :

«  Le dispositif Tendances récentes et nouvelles drogues (TREND) créé en 1999 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) assure une veille sur les phénomènes émergents dans le champ des produits psychoactifs et décrit des populations particulièrement consommatrices. Ces éléments de connaissance visent à éclairer les pouvoirs publics et les professionnels en contact avec les usagers.

TREND appuie ses investigations sur un réseau de 8 coordinations implantées à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Paris, Rennes et Toulouse dotées d’une stratégie commune de collecte et d’analyse de l’information. Celles-ci mettent en œuvre des outils d’observation qualitatifs (observations ethnographiques, entretiens...) et recueillent leurs données auprès d’acteurs (usagers, intervenants du secteur socio-sanitaire et de l’application de la loi, etc.) dont l’ancrage local contribue à une meilleure compréhension des spécificités territoriales. Les espaces urbains (rue, squats, structures d’accueil des usagers) et festifs techno (alternatif, commercial, festif gay, gay-friendly) sont les deux principaux champs investigués par les coordinations. En parallèle, afin de mieux connaître le contenu des substances en circulation, le système d’identification national des substances (SINTES) assure un suivi des produits nouveaux ou présentant un danger inhabituel. Une veille numérique sur les nouveaux produits de synthèse (NPS) vient compléter les données recueillies par TREND. Les observations les plus récentes du dispositif portent sur 2018 avec quelques éléments sur 2019 ; elles sont résumées dans un numéro de la publication Tendances dont la parution s’accompagne de huit analyses des situations locales

[*Un contexte marqué par une offre dynamique…*]

Le contexte général décrit par TREND se caractérise par une offre de drogues illicites abondante que traduisent les hauts niveaux de saisies de 2018. Les produits qui circulent sont aussi très fortement dosés : le rapport prix/pureté n’a, en 20 ans, jamais été aussi élevé pour l’héroïne ou la cocaïne et les comprimés d’ecstasy contiennent 2,5 fois plus de MDMA qu’en 2005.

Ce flux important de substances se double de la pression d’une offre de plus en plus concurrentielle. Après le recours aux livraisons à domicile et aux SMS promotionnels des trafiquants en direction des usagers les plus insérés, le dispositif souligne désormais l’importance prise par les « centrales d’achat » (Bordeaux, Lyon, Marseille, Metz, Paris et Seine-Saint-Denis, Toulouse). Ces dernières, de même que de plus en plus de petits réseaux, utilisent des messageries telles que Snapchat, Whatsapp ou Instagram. De plus en plus, certains réseaux rationalisent leur activité en reprennent les méthodes d’organisation des entreprises classiques : stratégies marketing, diminution des stocks ou flexibilisation de la main-d’œuvre. Le darknet apparaît quant à lui comme une source croissante d’approvisionnement pour de petits trafics. Internet est également privilégié pour l’achat de NPS dont les cannabinoïdes de synthèse, notamment en vue de la fabrication d’e-liquides, ou pour certaines formes concentrées de cannabis (huile, wax).

[*... et la fragilisation des usagers les plus précaires*]

Concernant les usagers, TREND évoque l’état sanitaire particulièrement dégradé et l’aggravation des difficultés rencontrées par les plus précaires. Plusieurs sites (Lille, Lyon, Paris, Rennes, Toulouse) mentionnent une intensification des opérations policières (contrôles, fouilles corporelles, délogements) alors que les évacuations de squats sont signalées par toutes les coordinations. En parallèle, les professionnels de la prise en charge constatent que l’inexistence ou la saturation des structures adaptées aux personnes sans domicile est un obstacle majeur à la mise en œuvre d’un accompagnement. Parmi les différentes populations précaires repérées, TREND souligne la visibilité accrue de jeunes usagers (15-25 ans) polyconsommateurs. Le dispositif relève aussi l’augmentation des arrivées d’usagers d’Europe de l’Est, singulièrement de Géorgie. Beaucoup de ces usagers pratiquent l’injection, particulièrement de médicaments opioïdes. Enfin, après Paris et Rennes, Bordeaux, Lyon et Marseille évoquent la présence accrue de mineurs non-accompagnés originaires d’Algérie ou du Maroc, parfois engagés dans des parcours de délinquance. Consommateurs de médicaments divers, ces jeunes sont également concernés par des usages détournés de prégabaline (Lyrica®), molécule prescrite contre les douleurs neuropathiques, comme anticonvulsivant ou pour certains troubles anxieux. Après Marseille et Lyon, Bordeaux, Rennes, Paris et la Seine-Saint-Denis signalent un développement de ces usages.

[*Disponibilité en hausse d’une diversité de produits*]

Comme en 2016 et 2017, TREND insiste sur l’accessibilité élargie de la cocaïne en pointant la visibilité accrue de la cocaïne basée (ou crack). Sur le territoire national la concurrence entre les multiples filières d’approvisionnement et réseaux de revente favorise la circulation d’un produit aux teneurs élevées dont le prix moyen diminue (71,5 euros le gramme). Les sites TREND observent des « transferts » et une intensification des usages de cocaïne chez des personnes déjà consommatrices d’autres psychotropes ou chez des jeunes en errance, alors que l’émergence d’usages chez de très jeunes majeurs, visibles en consultations jeunes consommateurs (CJC), est rapportée à Bordeaux, Lyon ou Metz. Cette propagation des usages de cocaïne, qui reste limitée à l’échelle de la population générale, concerne d’abord la forme poudre, sniffée par les usagers les plus insérés et davantage injectée chez les plus précaires ou dépendants. Le produit est aussi de plus en plus consommé sous sa forme base et fumé. Alors que le seul marché organisé et pérenne de crack reste parisien, un élargissement de la pratique du basage est constaté, y compris en zones rurales (Lille, Lyon, Marseille). Certains usagers socialement intégrés parviennent à maîtriser leurs prises en le consommant ponctuellement. Pour les populations plus vulnérables, le passage à la cocaïne basée, très addictive, coïncide souvent avec une perte de contrôle des consommations, une dégradation rapide de l’état de santé et de la situation socio économique. L’impact sanitaire de cette situation se traduit par la forte augmentation des demandes de soins, une part croissante des intoxications reportées et une hausse des décès impliquant la cocaïne.

Concernant les opioïdes, les usagers demeurent tournés vers les produits les plus courants sur le marché hexagonal : héroïne, médicaments de substitution (buprénorphine haut dosage et méthadone) et Skenan®. En dépit de signalements croissants, les antalgiques opioïdes faibles (tramadol) ou forts (oxycodone et fentanyl) occupent une place restreinte dans les consommations. Par ailleurs ces populations font preuve d’une grande méfiance vis-à-vis des opioïdes de synthèse vendus sur Internet, dérivés du fentanyl ou non, mais aussi du fentanyl médicamenteux vendu hors du circuit pharmaceutique.

L’analyse de TREND porte également sur des produits majoritairement diffusés au sein de milieux festifs spécifiques mais qui, en raison notamment d’un brouillage de frontières entre événements commerciaux et alternatifs sont consommés par de nouveaux publics.

Ainsi, l’ensemble des sites TREND observent une hausse importante de la disponibilité de kétamine (anesthésique aux propriétés hallucinogènes puissantes) en dehors des scènes festives alternatives.

Classiquement présente en free-party, elle est désormais vendue sporadiquement en club, à proximité, ou lors de festivals généralistes. Cette accessibilité renforcée d’un produit longtemps stigmatisé par les usagers conduit à un double phénomène : d’une part l’expérimentation de la substance par de nouvelles populations peu familières des hallucinogènes dissociatifs (clubbers, jeunes actifs et étudiants, plutôt insérés socialement) et d’autre part une « banalisation » des usages chez certains amateurs de psychotropes ayant développé une certaine tolérance au produit. Les sites de Toulouse, Rennes et Metz rapportent des cas de consommations solitaires et quotidiennes.

Pour le GBL (gamma butyrolactone), solvant industriel précurseur du GHB, les sites de Bordeaux, Lille Lyon, Marseille et Paris signalent des consommations en espace festifs alternatifs ou commerciaux, c’est-à-dire hors du milieu festif gay et des consommations en contextes sexuels (chemsex) auxquels il a été longtemps cantonné. Apprécié pour la brièveté de ses effets et la modicité de son prix, le GBL est néanmoins à l’origine de cas d’intoxications et d’accidents en raison des risques potentiels liés à un usage « récréatif » non maîtrisé, particulièrement s’il est associé à une prise d’alcool.

Du côté des substances inhalées, TREND revient sur la popularité et l’effet de mode autour du protoxyde d’azote évoqués l’an passé. Traditionnellement présent en événements festifs alternatifs ou plus généralistes au début des années 2000, à ce gaz de pressurisation fait désormais l’objet d’usages par des groupes de lycéens à Lille mais aussi à Bordeaux et Paris. Les risques liés à ce produit, dans un contexte où des consommations massives et répétées sont rapportées, semblent peu connus alors que des signalements sanitaires sont mentionnés.  »

Communiqué de presse disponible au format pdf ci-dessous :

CP_OFTD_TREND_13122019

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« Usagers, marchés et substances : évolution récentes (2018-2019) », OFDT, Tendances n° 136, 8 p.