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Du Bangladesh à Montreuil, l’incroyable aventure de Rajib

Publié le 24-05-2016

Source : www.leparisien.fr
Auteur : Carole Sterlé

« Pour Rajib Shak, c’est un retour aussi inattendu qu’inespéré au tribunal de Bobigny ce lundi. Il y était venu voilà quatre ans. Nous avions rencontré cet adolescent qui errait, sac au dos, dans les couloirs du tribunal pour enfants, à la recherche d’une protection, comme tous ceux qu’on appelle les « mineurs isolés étrangers ».

Des enfants seuls, venus du bout du monde, souvent envoyés par leur famille, pour un avenir qu’ils espèrent meilleur. « On dormait dehors, au-dessus du pont, en face du tribunal de Bobigny. Maintenant, je suis peintre, j’ai appris le français, l’histoire, l’archéologie et j’écris des poèmes ! », sourit, radieux, Rajib, natif du Bangladesh.

Ce lundi, le jeune homme de 19 ans est sur le point d’être adopté par « Monsieur Alain », comme il le nomme en public : Alain Monteagle, un Montreuillois qui, en 2012, lui avait ouvert sa porte, alors qu’un bras de fer politique opposait le Département à l’Etat pour la prise en charge de ces mineurs isolés.

Le juge lance un appel à la solidarité

Désemparé, le président du tribunal pour enfants Jean-Pierre Rosenczveig s’était résolu à lancer un appel à la charité privée, pour mettre à l’abri ces mineurs laissés à la rue. « C’est la seule fois où j’ai joué l’abbé Pierre ! », en rigole l’ancien président du tribunal pour enfants.

Un curé, un imam et quelques rares particuliers en Ile-de-France avaient ouvert leur porte, dont Alain Monteagle. « Je me souviens avoir lu ça dans Le Parisien. A l’époque, il ne faisait pas très chaud… », se remémore cet historien. Ses quatre enfants avaient quitté le nid depuis bien longtemps, Alain Monteagle et son épouse avaient de la place et l’envie d’être utiles.

« Nous avons hébergé deux jeunes Maliens, partis ailleurs, avant d’accueillir Rajib » et un autre anglophone. Alain les inscrit à des cours de français, leur fait visiter des musées, le Louvre, le Quai Branly… Une révélation pour Rajib, pas pour le second jeune homme qui continuera son chemin ailleurs.

« J’ai toujours rêvé d’être artiste, témoigne Rajib, également passionné de cuisine. J’avais 14 ans quand je suis parti, je vivais avec mon jeune frère et ma mère, qui a vendu la moitié de la maison pour que je puisse aller en Europe. J’ai travaillé deux mois en Inde, dans un restaurant. »

Il garde contact avec sa famille

Il pense avoir traversé le Pakistan, l’Irak, l’Iran, la Grèce. « Il y avait beaucoup de personnes, on passait une montagne, on a pris le bateau », se souvient-il. Il est arrivé en France à l’automne 2011. De Bobigny, il est envoyé dans les Yvelines. « J’ai fait deux mois en 3e dans un collège », se souvient-il. Il se souvient aussi que son âge est alors contesté : un juge de Versailles est convaincu qu’il a plus de 18 ans, même si le jeune homme produit, fait plutôt rare, un certificat d’état civil avec sa photo, attestant qu’il est né en 1996.

Hébergé à Montreuil, il se donne à fond dans tout ce qu’il entreprend. « Quand il commence une toile, il ne s’arrête pas ! », commente Noël Perrier, artiste montreuillois qui lui a donné quelques conseils techniques. Fin avril, Rajib a obtenu son titre de séjour. Pour lui c’est un espoir supplémentaire d’insertion. La possibilité de travailler aussi et de revoir sa mère et son frère, avec qui il garde le contact par Internet.

« Tous ces gamins sont des pépites, encore faut-il leur donner les moyens de briller », persiste le juge Rosenczveig, cinq ans après avoir lancé son appel, conforté par d’autres parcours tout aussi remarquables, comme celui d’un jeune Mauritanien devenu policier.

529 mineurs isolés étrangers pris en charge en 2016

En 2012, Rajib et d’autres jeunes isolés cherchaient encore des lieux d’hébergement.
Le 1er septembre 2011, Claude Bartolone, alors président du conseil général de Seine-Saint-Denis prenait une décision inédite : plus aucune nouvelle prise en charge de mineur isolé étranger en Seine-Saint-Denis. A cette époque, un jeune sur six arrivé en France échouait en Seine-Saint-Denis, soit plus de 900 mineurs en 2010 pour ce seul département.

La prise en charge financière de ces enfants jusqu’à leur majorité, comme la protection de l’enfance l’exige, était trop lourde pour le département. Au terme d’un bras de fer de plusieurs semaines, où les mineurs étaient laissés à la rue, l’Etat a consenti à une réorganisation nationale de la prise en charge. Non sans mal.

Les départements ne se battent pas pour accueillir ces jeunes migrants. « La cellule que nous avions réclamée, qui permet une répartition plus juste en France et donc un meilleur accueil des jeunes, commence à fonctionner », estime Stéphane Troussel, actuel président (PS) du conseil départemental.

Depuis le début de l’année 2016, la cellule nationale a « évalué » 2000 jeunes mineurs. 90 jeunes ont été confiés à l’aide sociale à l’enfance (ASE) du 93 pour le premier trimestre, dont 33 directement par les juges des enfants. Ainsi au 31 mars 2016, 529 mineurs isolés étrangers étaient pris en charge et accompagnés sur le département, contre 825 à la fin 2011. »

Voir en ligne : http://www.leparisien.fr/montreuil-...

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