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A Calais, le sort préoccupant des mineurs isolés

Publié le 31-05-2016

Source : www.secours-catholique.org
Auteur : Clarisse Briot

« Ils seraient au moins 300 mineurs isolés dans la « jungle » de Calais. Particulièrement vulnérables, parfois traumatisés par ce qu’ils ont vécu, leur situation inquiète les acteurs de terrain. Le Secours Catholique, aux côtés d’autres associations et de concert avec les institutions de défense des droits, plaide pour que leur protection soit assurée.

Combien sont-ils, qui sont-ils, quels sont leurs projets ? Difficile de répondre avec exactitude. Plusieurs centaines de mineurs vivent sur le site accueillant des migrants à Calais. Parmi eux, 300, au bas mot, ne sont pas accompagnés d’un adulte ; au moins 500 sur l’ensemble du nord de la France.

Ces mineurs isolés, qui ont fui des zones de conflits, enduré une longue route, subi divers traumatismes, sont peu ou pas identifiés, comme invisibles, et ne bénéficient pas de la protection qui leur est due.

« Comme pour tout mineur, l’État a la responsabilité de les prendre en charge et d’assurer leur accès au droit commun : à un hébergement, à l’éducation, à la santé, rappelle Geneviève Colas, en charge de la question au Secours Catholique et coordonnatrice du Collectif Ensemble contre la traite des êtres humains. Il y a urgence à agir. »

SILENCE DES AUTORITÉS

Présent à Calais depuis des années pour apporter réconfort moral et matériel aux migrants, le Secours Catholique, avec ses partenaires, mène depuis plusieurs mois un intense travail de lobbying, tant au niveau international, dans le cadre du Comité des droits de l’enfant de l’ONU, qu’au niveau européen et au plan national, auprès des ministères concernés.

Une mobilisation partagée avec les instances de défense des droits : la Défenseure des enfants et la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), dont le Secours Catholique est membre. Et de visites sur le terrain en rendus de décisions ou d’avis, les inquiétudes communes sur le sort réservé à ces mineurs vont croissantes.

" Il y a une réelle saturation des dispositifs, et des acteurs, dans l’ensemble, dépassés. " Christine Lazerges, présidente de la CNCDH.

« Les mineurs ont un droit fondamental : celui d’obtenir la protection des autorités, indique Christine Lazerges. Il faut une démarche proactive des autorités locales afin d’offrir un accompagnement à ces mineurs vulnérables. »

La présidente de la CNCDH vient de rendre un avis concernant le camp de Grande-Synthe et en prépare un pour le mois de juillet concernant la situation calaisienne. Sur le terrain, elle ne peut que constater « une réelle saturation des dispositifs, et des acteurs, dans l’ensemble, dépassés ».

" Je veux obtenir des réponses claires sur ce qui est concrètement mis en oeuvre, car je continue à être très inquiète. " Geneviève Avenard, Défenseure des enfants.

L’absence de solutions satisfaisantes est également pointée par Geneviève Avenard, la Défenseure des enfants. Plus d’un mois après les recommandations qu’elle a émises à la suite d’un déplacement à Calais qui l’a « ébranlée », elle fait part de son « incompréhension » devant le silence des autorités.

« Ma priorité est d’obtenir des réponses claires sur ce qui est concrètement mis en œuvre pour assurer la protection de ces enfants, leur permettre d’accéder à la demande d’asile ou au regroupement familial, insiste-t-elle ; car je continue à être très inquiète ».

UN SAS SÉCURISÉ ET ACCUEILLANT

Principale préoccupation : que ces jeunes bénéficient d’une mise à l’abri sur le site de Calais, dans un lieu protégé, avec un accompagnement socio-éducatif et juridique. Une sorte de sas qui leur permette de faire des choix pour leur avenir. Ce qui implique, en amont, des maraudes régulières avec des capacités linguistiques et éducatives pour aller au devant de ces enfants et gagner leur confiance.

Aujourd’hui, les mineurs isolés repérés sont orientés, lorsqu’ils l’acceptent, vers un centre situé à Saint-Omer, à 50 km de Calais. Trop loin pour des jeunes dont le souhait, pour certains, est de rester dans le bidonville dans l’espoir de passer en Grande-Bretagne.

Plus de 150 mineurs isolés sont par ailleurs hébergés dans les conteneurs du Centre d’accueil provisoire (CAP). « Un lieu destiné aux adultes, dangereux pour les enfants qui n’y bénéficient pas d’une prise en charge adaptée à leur âge et qui se retrouvent parfois dans des situations d’exploitation », relève Geneviève Colas.

" Il faut permettre aux jeunes de se construire dans la durée, avec des éducateurs et des interprètes. " Geneviève Colas, Secours Catholique.

Des discussions sont en cours entre la Préfecture et le Département pour la mise en place sur site d’un dispositif dédié aux mineurs isolés d’une cinquantaine de places. « Mais il est d’ors et déjà sous dimensionné avant même d’avoir vu le jour », déplore Geneviève Colas.

Dans tous les cas, souligne-t-elle, « un tel lieu devra être sécurisé et accueillant pour que les jeunes puissent se confier. Au-delà de ce premier sas, ajoute-t-elle, c’est l’accès à un hébergement permettant aux jeunes de se construire dans la durée, avec des éducateurs et des interprètes, qui est nécessaire. »

Une préconisation partagée par la Défenseure des enfants. « Donnons-nous les moyens d’entamer avec ces jeunes des relations éducatives et de confiance pour les connaître, les comprendre et leur permettre d’accéder à leurs droits », martèle-t-elle.

PROIES POUR LES TRAFIQUANTS

Point positif au tableau, l’arrivée de deux enseignants détachés par l’Education nationale pour dispenser des heures de cours au centre Jules Ferry, y compris pendant une partie de l’été. « L’accès à l’éducation, décrypte Geneviève Colas, c’est aussi l’accès à une bonne information venant d’adultes bienveillants. Sans ce cadre, les enfants sont des proies encore plus faciles pour les trafics de tous ordres : exploitation sexuelle, économique, délinquance forcée... »

S’il demeure difficile d’identifier les victimes de ces différentes formes de traite, que ce soit dans leurs pays d’origine, sur la route ou bien sur leur lieu d’arrivée, les suspicions sont réelles. « Il faut maintenant que des signalements précis soient portés à la connaissance de la justice pour que ces faits ne restent pas dans l’ombre », alerte Geneviève Colas.

BLOCAGES AU REGROUPEMENT FAMILIAL

Autre sujet de préoccupation, les blocages au regroupement familial auquel peuvent pourtant prétendre une partie des mineurs isolés présents dans le Calaisis, qui ont des parents de l’autre côté de la Manche. « Nous sommes très sévères à l’égard de l’attitude de la Grande-Bretagne qui, en la matière, ne respecte pas ses engagements européens », indique Christine Lazerges, de la CNCDH.

Dans ce cadre précis, mais aussi plus largement pour accompagner les jeunes dans leurs démarches juridiques (demande d’asile, de tutelle etc.), la nomination d’administrateurs ad hoc ou « tuteurs » en nombre et bien formés est réclamée.

Autant de sujets sur lesquels les associations et les instances de défense des droits vont continuer à relancer les autorités. Dans quelques semaines, ce sera au tour d’Unicef-France avec l’association Trajectoires, partenaire du Secours Catholique, de publier un rapport sur la vulnérabilité des mineurs dans le Nord et le Calaisis. »

Voir en ligne : http://www.secours-catholique.org/a...

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