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Accueil des migrants : Paris est-elle à la hauteur ?

Publié le 6-06-2016

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com

Auteurs : Maïté Hellio et Louis Morice

« L’évacuation du camp des jardins d’Eole remet en lumière la situation précaire des réfugiés à Paris, au moment où Anne Hidalgo s’engage sur la construction d’un camp humanitaire.

Et de 23. C’est la 23e évacuation d’un camp de réfugiés à Paris depuis le début de la crise migratoire. Après le métro Stalingrad ou le lycée Jaurès, l’opération a débuté tôt dans la matinée, lundi 6 juin, dans les jardins d’Eole, au nord de la capitale, où quelque 2.000 personnes, des Afghans et des Soudanais principalement, campaient depuis plusieurs semaines.

Dimanche, ils n’étaient encore que 1.300 à vivre dans des conditions précaires sur ce camp déjà évacué voici un mois. Ce matin, les organisateurs de l’opération, services de l’Etat et de la Ville de Paris, ont été confrontés à beaucoup plus de monde, de personnes venues de Calais ou d’autres campements dans l’espoir d’obtenir un relogement dans un centre d’accueil. "Etre hébergé au plus vite, c’est la demande principale que nous rencontrons", confirme Jeannine Rochefort, déléguée Ile-de-France de Médecins du monde.

Accueil inexistant

Paris est un centre de convergence pour de nombreux migrants car la ville se situe sur les routes migratoires et accueille diverses communautés. Les conditions de vie des migrants dans la capitale sont pourtant difficiles.

"Les conditions d’accueil des migrants à Paris sont inexistantes, tant au niveau de l’hébergement que de la prise en charge des gens qui souhaitent demander l’asile", déplore Caroline Maillary, membre du Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI).

"La France ne considère pas l’hébergement et la prise en charge des demandeurs d’asile comme une priorité, et ce depuis de nombreuses années. Ce n’est pas un phénomène nouveau : des centaines de réfugiés afghans, arrivés en France depuis près de dix ans, campent toujours gare de l’Est", poursuit-elle.

La capitale est saturée et ne sait plus où loger les nouveaux arrivants. "Il faut que l’on augmente considérablement l’accueil des réfugiés sur tout le territoire, à Paris on ne peut pas faire face seul", a martelé la ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, qui souhaite créer "une solidarité des communes, au niveau de l’Ile-de-France mais aussi de la France entière". La majorité des associations plaident pour des plateformes d’accueil régionales pour désengorger les campements parisiens. Mais cela passe par une coordination des politiques locales et nationales que la maire de Paris a appelé de ses vœux.

Migrants livrés à eux-mêmes

En attendant d’être reçus par la préfecture ou d’être placés dans un centre d’hébergement, les migrants, livrés à eux-mêmes, investissent des terrains à l’abandon. Ce fut le cas pour le campement des jardins d’Eole, où les associations présentes ont fait état d’une situation sanitaire très dégradée. Médecins du monde a notamment détecté des cas de tuberculose, maladie liée à la grande précarité.

"Les conditions sanitaires déplorables des campements sont le résultat de l’inaction des pouvoirs publics depuis des années. Les migrants s’installent sur un terrain vierge, sans eau, sans nourriture, sans toilettes. Ils subsistent grâce à la solidarité des habitants du quartier qui leur fournissent des tentes, des duvets, qui sont détruits à chaque évacuation. Il faut alors repartir de zéro pour les nouveaux arrivants", constate Caroline Maillary.

Autre problème pointé par le Gisti : la complexité de la procédure de demande d’asile.

"Un demandeur d’asile qui n’a pas d’assistance juridique a très peu de chance de voir sa demande aboutir. Or l’assistance juridique est soit absente des centres d’hébergement, soit débordée en raison du manque de personnel dédié à cette tâche", explique-t-elle.

Certains réfugiés décident donc de tenter leur chance à Calais ou Dunkerque, non pas parce qu’ils veulent rejoindre l’Angleterre, mais parce qu’ils ont entendus que les opérations policières y étaient moins "musclées" ou que les procédures de demande d’asile y étaient plus rapides.

Alors, la situation des campements parisiens est-elle vraiment pire qu’ailleurs ? Les rumeurs circulent vite parmi les réfugiés en manque d’informations claires. Le bouche à oreille véhicule nombre d’idées fausses. Médecins du monde n’a ainsi eu aucune remontée concernant des violences policières à Paris. A l’inverse, les bénévoles des associations présentes sur le terrain rencontrent même des réfugiés qui viennent ici "pour se reposer" de Calais.

Si, effectivement, la prise en charge des dossiers de demande d’asile peut se révéler plus rapide dans le Calaisis, Jeanine Rochefort juge les conditions de vie des réfugiés plus simples à Paris, avec de nombreuses structures de prise en charge sanitaire. Elle salue aussi une mobilisation citoyenne particulièrement importante dans la capitale. La déléguée Ile-de-France de Médecins du monde ajoute que la situation dans les campements parisiens est relativement calme, même s’il existe bien quelques bagarres, notamment au moment des distributions alimentaires, comme c’est le cas à Calais.

Camps humanitaires à Paris

Lundi 6 juin, la maire de Paris a confirmé sur Europe 1 la création d’un voire plusieurs camps humanitaires dans la capitale. "Il faut assumer : ces personnes sont sur notre territoire, ne cachons pas la réalité. Il faut créer les conditions d’un accueil où ce ne sont pas les habitants qui ont à subir les conditions d’urgence de ces personnes, même si les riverains sont très solidaires. On doit apporter des solutions concrètes", a déclaré Anne Hidalgo. Mais, pour Caroline Maillary, ce dispositif est loin d’être suffisant :

L’accueil des réfugiés ne doit pas être une mise bout à bout de mesures bricolées. La France doit se mettre en conformité avec les textes européens qu’elle a signés."

Si, de son côté, Jeanine Rochefort salue l’initiative d’Anne Hidalgo qui va permettre de limiter les campements sauvages, il ne s’agit à ses yeux que du "meilleur d’un pire". Et, elle aussi, de dénoncer "l’incapacité du gouvernement à faire face au moment où il devrait accepter un accueil inconditionnel des réfugiés."

La France a en effet adopté en juin 2013 le régime d’asile européen qui prévoit notamment de renforcer la protection des réfugiés mineurs isolés, d’instaurer un entretien systématique pour tout nouvel arrivant et de garantir un hébergement digne et une assistance sociale aux demandeurs d’asile en attente d’une réponse. Des engagements loin d’être systématiquement respectés dans l’Hexagone. »

Voir en ligne : http://tempsreel.nouvelobs.com/mond...

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