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A Lille, cinquante jeunes migrants campent en attendant une prise en charge

Publié le 16-06-2016

Source : Le Monde

Auteur : Clémentine Billé

« « Jamais je n’ai dormi dans une tente en Guinée. » Amadou Diallo regarde avec amertume le campement qui s’étend autour de lui. Ici, on l’appelle « le Général ». Il en rit, mais son sourire s’efface quand il se rappelle depuis quand il est là. Le jeune homme de 17 ans est arrivé au jardin des Olieux, à Lille, en août 2015. « Je suis venu en France pour une meilleure vie, si j’avais su… » Amadou Diallo est un mineur isolé étranger (MIE). Comme lui, une cinquantaine de jeunes originaires d’Afrique de l’Ouest dorment dans ce jardin d’un quartier populaire de Lille. Une centaine y tue le temps pendant la journée.

La loi française oblige à protéger les enfants, quelle que soit leur nationalité. Ils doivent être hébergés, le temps que l’aide sociale à l’enfance (ASE), qui dépend du conseil départemental, détermine s’ils sont mineurs. Si oui, ils sont automatiquement placés. Mais le département assure ne plus avoir aucune place d’hébergement. « Si nous n’avions pas 340 personnes majeures qui vivaient dans nos structures, nous aurions de la place pour les mineurs, explique Doriane Bécue, vice-présidente du conseil départemental. A l’Etat de prendre ses responsabilités, ils sont en charge des plus de 18 ans. »
« Que les politiques se renvoient la balle tant qu’ils veulent, en attendant, il y a des gamins qui dorment dehors depuis l’été 2014 », s’agace Franck Esnée, chef de mission de Médecins sans frontières (MSF). Dans le camp, certains sont là depuis trois mois et attendent toujours que l’ASE détermine s’ils sont mineurs. Le délai légal est pourtant de huit jours. D’autres ont été déclarés majeurs par le département, qui estime que leurs papiers sont insuffisants ou tout simplement faux. Dans ces cas-là, Emilie Dewaele, une avocate de la région qui s’est spécialisée dans les mineurs isolés, s’en mêle. Dès que l’ASE déclare l’un d’entre eux majeur, elle dépose un référé devant le juge. En deux ans, elle a gagné dans 95 % des cas, faisant prendre en charge au total 300 mineurs.

Latrines creusées

C’est exactement ce qui est arrivé à Omar Coulibaly, un Malien de 17 ans. Depuis le 17 mai, il a officiellement moins de 18 ans. « Aucun logement ne [m’a] été proposé depuis », lâche-t-il timidement, sous sa casquette noire. « Mais la situation s’est arrangée depuis quelque temps », reconnaît le jeune homme en regardant ce qui reste des latrines creusées à côté du camp, dans le parc.
Fin avril, la mairie a enlevé les toilettes sèches fabriquées par le collectif composé des mineurs, de riverains, d’associations et autres bénévoles. Une question de salubrité, selon Arnaud Deslandes, directeur du cabinet de la mairie, qui assure que « la municipalité va bien au-delà de ses compétences pour aider ces jeunes ». Depuis, MSF, arrivé à Lille il y a deux mois, a installé deux sanitaires.
Lire aussi : A Nantes, les mineurs étrangers vivent en squat pour éviter la rue
« Ils ne mangent déjà pas tous les jours, mais certains refusaient en plus de se nourrir pour ne pas avoir envie d’aller aux toilettes », déplore Franck Esnée. Pour s’alimenter, ils comptent sur le collectif qui les « livre » le week-end. Collectif qui leur donne également quelques cours de mathématiques, d’anglais et de français.
Plus loin, un jeune adolescent craintif serre contre son torse un manuel de CP. Si tous viennent d’Afrique francophone, certains ne parlent que leur dialecte. « L’école est obligatoire jusqu’à 16 ans », grince l’avocate. Pour elle, ces jeunes vont devoir prouver qu’ils sont capables de suivre des études ou d’apprendre un métier en France à leurs 18 ans. Sinon, ils seront expulsés.

« Sida et hépatites »

Pour l’heure, la priorité est donnée à l’hébergement, à la nourriture, l’hygiène, et… la santé. Amadou Diallo se plaint de douleurs oculaires à Franck Esnée. Le blanc de ses yeux est presque entièrement rouge. « J’essaie de voir un médecin, mais tant que je ne suis pas reconnu mineur, pas de prise en charge. » Me Emilie Dewaele rappelle que c’est loin d’être le cas le plus grave. Un bilan de santé est réalisé à leur passage par l’ASE. Résultat : « les trois quarts sont soit séropositifs, soit ont une hépatite. Ils ne savent même pas ce que ça veut dire », selon l’avocate.
Elle craint également pour la fragilité psychologique de ces jeunes. Eric est arrivé il y a peu de Côte d’Ivoire. Il amène discrètement Franck Esnée à l’écart et raconte : « Je suis passé par la Libye car c’était moins cher. Le passeur m’a dit qu’un bateau sur trois arrivait en Italie. Ma mère et ma sœur étaient sur les deux autres, et sont restées dans la mer. » C’est la première fois qu’il se confie.
 »

Voir en ligne : http://www.lemonde.fr/societe/artic...

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