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Crise des migrants : qui se préoccupe de ces milliers d’enfants bloqués à l’aéroport de Rome... ou qui en disparaissent ?

Publié le 11-08-2016

Source : Atlantico

Auteur : Barbie Latza Nadeau

« Plus de 11 500 mineurs non accompagnés sont arrivés à l’aéroport de Rome sans personne pour les attendre.

Aéroport de Fiumicino, Italie. Il est presque midi, un mardi début août et deux adolescents venus d’Erythrée se réveillent dans la zone de rétention de l’aéroport Fiumicino-Leonardo da Vinci. Bientôt la période durant laquelle les autorités d’immigration doivent garder les mineurs, en attendant que quelqu’un les réclame, aura expiré.

Les jeunes garçons érythréens disent qu’ils sont frères, bien qu’ils aient presque le même âge et qu’ils ne se ressemblent pas du tout. Ils figurent parmi les 11 500 mineurs arrivés en Italie, par avion, depuis l’Afrique, selon une enquête du quotidien italien La Repubblica.

Un chiffre deux fois plus important que les 4 410 arrivés par ce moyen l’an dernier au milieu de l’été.

Les autorités indiquent que les garçons ont des faux documents d’identité, et qu’ils ont embarqué à Kinshasa, au Congo, avec un mystérieux accompagnateur qui a disparu en cours de route, soit via un vol en correspondance, soit au contrôle des passeports, ce qui pourrait signifier que l’accompagnateur était européen, ou qu’il avait une pièce d’identité lui permettant de sortir rapidement.

"C’est une phénomène inquiétant" explique Esterino Montino, le maire de Fiumicino, au Daily Beast. "Ils viennent quasiment tous de Somalie, d’Erythrée, du Nigéria et d’Afghanistan, des pays de demandeurs d’asile, ce qui leur permet de voyager jusqu’ici sans contrôle".

Les lois de l’Union Européenne demandent que les compagnies aériennes vérifient la validité des visas pour toute personne qui voyage vers l’Europe, mais la règle ne s’applique pas si le passager se présente comme originaire d’un pays défini comme pays de demandeurs d’asile, ce qui signifie qu’il peut venir de n’importe quel pays d’Afrique sub-saharienne.

Ces détails donnent une idée de la manière dont les lois sont contournées, et on comprend pourquoi l’Europe est si mal préparée face à la crise des migrants ces deux dernières années. Selon la directive 51/2001/EC de l’Union Européenne, les compagnies aériennes peuvent écoper d’une amende de 5 000 euros par passager entrant illégalement en Europe.

Si le passager a l’intention de demander l’asile, la clause 3 de cette directive précise que la règle ne s’applique pas. Les compagnies aériennes craignent les amendes et bloquent toute personne qui n’a pas de papiers, mais cela n’a abouti qu’à créer un marché de faux papiers. Les compagnies aériennes s’en contentent, ils leur donnent l’impression qu’elles ont fait leur travail. Pourtant, elles ne peuvent contrôler les visas et autres pièces d’identité en les comparant avec une base européenne de données, comme Dimi Reider l’a souligné dans un rapport de l’European Council on Foreign Relations.

Et pour tout compliquer, les compagnies aériennes n’ont pas assez de personnel pour faire office de garde-frontières pour les pays de la zone Schengen, poursuit M. Montino. De plus, il semble que le gouvernement italien hésite a faire pression sur les compagnies aériennes pour faire appliquer la loi, comme le font d’autres pays européens. La France, par exemple, impose de lourdes amendes si une compagnie laisse passer quelqu’un sans un visa valide. Un porte-parole du ministère italien des Affaires étrangères a refusé de répondre si oui ou non, l’Italie allait faire de même.

Quand la voie des airs devient plus contrôlée, ce sont des routes maritimes plus dangereuses qui sont utilisées. Au cours des cinq derniers jours, plus de 6 000 personnes ont été sauvées entre l’Afrique du Nord et l’Italie, alors qu’elles essayaient de rejoindre l’Europe.
Parmi elles, l’association Save The Children estime qu’il y a plus de 10 % de mineurs non accompagnés.

Pendant ces mêmes cinq jours, 20 mineurs sont arrivés par avion à Rome, d’autres à Milan. Aucun n’a été renvoyé dans son pays d’origine, quel que soit le pays d’où il est arrivé. Ils se présentent tous comme originaires de pays dont les citoyens ont le droit de demander l’asile politique.

Les agences qui vendent des billets à l’étranger sont censées s’assurer que tout personne ayant l’intention de voyager pour demander l’asile voit l’authenticité de ses papiers vérifiée, selon les règles de l’Union Européenne. A l’époque des enregistrements en ligne, où l’on peut facilement s’offrir des faux, il est facile de comprendre comment des personnes passent entre les mailles du filet dans les aéroports africains quand leurs documents concordent avec la carte d’enregistrement qu’ils ont eux-mêmes imprimée.

Dans beaucoup de cas, des trafiquants d’êtres humains se présentent comme tuteurs ou même parents pour accompagner les enfants pendant le voyage, en leur faisant franchir les contrôles de sécurité, et en évitant d’attirer l’attention des autorités des aéroports de départ.

Les enfants qui arrivent à l’aéroport de Rome sont généralement bien préparés, et le plus souvent ce sont leurs parents qui les envoient en Europe.

Généralement, les trafiquants d’êtres humains s’assurent que tous les documents se recoupent, selon un officiel du service de contrôle des passeports de Fiumicino, qui préfère rester anonyme. Mais les services d’immigration sont entrainés pour détecter les faux.

"Vous seriez surpris de voir combien d’enfants ont les mêmes noms et les mêmes dates de naissance, et combien ont un oncle Mohammed qui, selon eux, les attend dans le hall d’arrivée" explique cet agent. "Même si leurs visas sont valides, nous envoyons un policier dehors pour attendre. Et généralement aucun oncle ne se présente."

Une fois que le service de l’immigration de l’aéroport a libéré ces mineurs non accompagnés, ils deviennent le problème de M. Montino.
La ville de Fiumicino les transfère dans des centres d’accueil, ou, pour les plus jeunes, dans des familles d’accueil. On leur apprend l’italien et ils vont à l’école locale.

Souvent, des proches, vrais ou faux, attendent quelques semaines pour les réclamer. Sinon, les enfants sont envoyés dans d’autres centres en Italie, où ils retrouvent des compatriotes issus du même pays qu’eux.
Mais plus de 20% des mineurs s’échappent de ces centres, et disparaissent définitivement, ajoute M. Montino.

En janvier, Europol a annoncé que 10 000 mineurs étaient portés manquants en Europe où ils étaient arrivés comme migrants ou réfugiés, avant de disparaître dans la nature. Près de 5 000 d’entre eux ont disparu en Italie, selon le ministère italien des Affaires étrangères, qui a lancé l’alarme l’été dernier.

"Nous espérons que ces mineurs ont fini par rejoindre leur famille qui étaient déjà là", dit Esohe Aghatise, consultant de l’association Equality Now contre le trafic d’être humains : "Mais la triste réalité, c’est que beaucoup deviennent des esclaves sexuels ou bien sont exploités d’autres façons." »

Voir en ligne : http://www.atlantico.fr/decryptage/...

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