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Suisse - Les classes d’accueil font leur rentrée

Publié le 6-09-2016

Source : Le Courrier

Auteur : Rachad Armanios

« Genève scolarise plus de 1800 élèves migrants cette année. Ainsi de Saïd, requérant d’asile mineur non accompagné qui entre dans une classe d’accueil du collège.

Pourquoi a-t-il fui son pays pour se retrouver seul à Genève ? « C’est la vie qui décide. » Saïd, requérant d’asile de 16 ans, confie seulement avoir grandi dans une famille modeste dans un petit village du nord de l’Afghanistan, près de la frontière iranienne, et avoir été scolarisé dans une école coranique. Pour le reste, il préfère garder son passé secret et se tourner vers l’avenir. Il espère le construire ici, où « tout est différent ! » Ce lundi, il est « supercontent », ajoute-t-il, car il a repris le chemin des classes, lui qui mesure la chance qu’il a de réaliser son rêve. « Depuis petit, je voulais aller à l’école pour devenir pharmacien. J’ai enfin vu un futur quand je suis arrivé en Suisse. Un migrant ne doit jamais perdre espoir. »

C’est la rentrée pour les classes d’accueil : à l’exception du primaire et des classes d’insertion professionnelles au postobligatoire, les élèves migrants récemment arrivés dans le canton démarrent l’école une semaine plus tard, afin de pouvoir maximiser les effectifs des classes en ouvrant les inscriptions jusqu’au dernier moment. Saïd, qui vit dans un foyer pour requérants mineurs au Grand-Lancy, a rejoint une classe d’accueil du collège et école de commerce Emilie-Gourd, en filière collège.

Arrivé il y a un an, cet adolescent est au bénéfice d’un permis N (requérant d’asile) et figure parmi les 187 RMNA (réfugié mineur non accompagné) que Genève doit scolariser – un nombre qui a plus que quadruplé en deux ans. En 2015, il a pris l’école en cours de route, raison pour laquelle il poursuit en 2016 dans une classe d’accueil. Directeur du Service de l’accueil du postobligatoire (Acpo), Joël Petoud a été « épaté » par le niveau acquis par cet élève, avec qui la conversation en français se déroule en effet sans accrocs. « L’an passé, j’ai étudié tous les jours », répond Saïd, quand on lui demande s’il a des loisirs.

Dix élèves, sept nationalités

Dans l’aula d’Emilie-Gourd, ce lundi matin, vingt-cinq élèves, quelques-uns accompagnés d’un parent, sont reçus par le doyen Jean-Louis Amar. « L’objectif est que vous appreniez le français, ou que vous amélioriez votre niveau, pour que, l’an prochain, vous puissiez intégrer le système scolaire genevois de la meilleure façon. » Le responsable répète l’information en anglais. Puis il emmène le groupe – une classe d’accueil et une d’insertion scolaire (lire ci-contre) – pour une visite guidée du bâtiment.

Saïd et neuf autres élèves sont ensuite pris en charge par Myriam Delavy, responsable de leur classe d’accueil et professeure de math. Elle commence par faire l’appel en demandant aux jeunes de se présenter. On compte sept nationalités : trois Afghans, deux Erythréens, trois Sud-Américains et deux Européens de l’Est. L’une ne parle qu’espagnol, mais la plupart, en plus de leur langue d’origine, comprennent un peu d’anglais, de français ou des deux. « Enseigner dans ces classes requiert une grande souplesse, car nous avons affaire à des niveaux d’une grande disparité », confie l’enseignante. Elle n’est toutefois pas censée s’occuper d’élèves peu ou mal alphabétisés, car ceux-ci sont pris en charge dans des « classes d’alphabétisation ». Ceux dont le niveau en math sera jugé suffisant pourront en outre rejoindre une classe ordinaire pour cette discipline. C’est l’avantage des classes d’accueil dites « diaspora », à savoir intégrées dans les établissements.

L’Acpo fait aussi face à une grande diversité de statuts : enfants de fonctionnaires internationaux, de migrants économiques et de sans-papiers se côtoient souvent dans une même classe. Un tiers de ces élèves au postobligatoire relèvent cette année de l’asile.

Un métier enrichissant

« En général, ces classes posent peu de problèmes de discipline, car ces jeunes ont souvent un plus grand respect des professeurs et davantage conscience qu’être scolarisé n’est pas une contrainte mais une chance », commente Mme Delavy. En revanche, les différences culturelles sont plus compliquées à gérer. « Certains garçons refusent de me regarder dans les yeux, car je suis une femme, des élèves ont appris à tricher pour réussir à l’école... »

Humainement, ce métier est très enrichissant, souligne l’enseignante. Voir des jeunes découvrir pour la première fois la neige lors du camp de ski est un cadeau, illustre-t-elle. Mais les situations sont parfois dures. Elle se souvient d’une élève sans permis de séjour l’appelant en pleine nuit après avoir été mise à la porte par son beau-père.

Après avoir distribué les horaires, expliqué comment se rendre dans une salle en fonction de son numéro ou encore expliqué que ce jeudi était un jour férié, l’enseignante commence la leçon de math. Ou plutôt de français, puisqu’il s’agit d’abord d’apprendre les chiffres et les nombres. Première leçon : dire 70, 80 ou 90 en français de Genève, de France ou du canton de Vaud. Le tout dans un nombre à six ou neuf chiffres et pourquoi pas avec virgule. Pour Saïd, c’est du gâteau. »

Voir en ligne : http://www.lecourrier.ch/142103/les...

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