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Espoirs et désillusions des mineurs de la « jungle » de Calais

Publié le 26-10-2016

Source : www.lemonde.fr

Auteurs : Antonin Sabot et Maryline Baumard

« Plus de 1 300 jeunes de moins de 18 ans vivaient dans le bidonville avant le début de l’opération d’évacuation. Le Royaume-Uni a certes entrouvert ses portes, et certains veulent y croire. Mais d’autres sont livrés à eux-mêmes.

Henok s’assied sur son matelas et caresse le drap de ses doigts encore enfantins. Un an que ce jeune Erythréen de 16 ans n’a pas dormi dans un vrai lit. Il sourit, parce que, ce mardi 25 octobre, la vie lui sourit.

Comme les onze autres garçons hébergés avec lui dans le conteneur 103 du centre d’accueil provisoire (CAP) de Calais (Pas-de-Calais), l’adolescent s’est enregistré, mardi matin, dans le grand hangar : là, seuls les majeurs partent en bus vers la province, les mineurs, eux, sont ramenés vers le camp de conteneurs qui leur est réservé.

C’est là que se trouve le QG du démantèlement de la « jungle » de Calais ; là que s’est rendu Henok « très tôt dans la nuit, pour être vite hébergé et partir le plus tôt en Grande-Bretagne », résume le garçon dont le frère est chauffeur de taxi à Londres.
Comme les 1 300 mineurs du campement, il sait que la frontière avec le Royaume-Uni s’est ouverte pour certains. Alors, lui aussi est pressé de plaider sa cause auprès des Britanniques et rêve déjà de retrouver son frère.

« En une semaine, 233 mineurs ont rejoint leur famille », se félicite Pierre Henry, le président de France Terre d’asile (FTDA), association qui travaille avec l’Etat dans cette opération. Ce nombre s’ajoute aux soixante-dix dossiers poussivement acceptés entre avril et septembre et à ceux qui, immanquablement, suivront.

« Contrôle au faciès »

Après avoir longtemps traîné des pieds, les Britanniques se sont engagés à accueillir les mineurs de Calais pour lesquels il serait établi que « l’intérêt supérieur » est bien de vivre outre-Manche, ou ceux pouvant prétendre à une réunification familiale.

L’étude des dossiers, stoppée depuis vendredi, doit reprendre mercredi 26 octobre au CAP où ont été dépêchés dix-sept fonctionnaires britanniques.

[...]

L’angoisse, d’autres mineurs l’ont connue sous d’autres formes. En fin de matinée, Franck Esnée, chef de mission France de Médecins sans frontières, a observé comment « un tiers des candidats se présentant dans la file des mineurs » au QG du démantèlement « ont été exclus du dispositif par un simple contrôle au faciès ». Une catastrophe pour eux, puisque c’est le seul moyen d’avoir un lit au CAP.

Opération massive et précipitée

Lundi 24 octobre, Le Monde avait été témoin de la même scène. Alors que le centre de tri ouvrait ses portes et qu’une file réservée aux mineurs non accompagnés s’organisait, le directeur de France Terre d’asile faisait signe à l’un d’eux d’enlever sa capuche avant de l’écarter sans autre forme de procès. Un autre était autorisé à entrer sans avoir donné d’autre preuve de juvénilité que son visage… M. Henry répondait mardi soir à l’Agence France-Presse qu’il n’était aucunement « question d’un tri, mais d’écarter quelques personnes manifestement majeures ».

Les associatifs ne l’entendent pas de cette oreille. Le traitement réservé aux mineurs corrobore les craintes qu’elles ont depuis des semaines face à cette opération massive et précipitée. Elles voient dans ce tri des mineurs la preuve que le droit n’est pas plus respecté que l’engagement pris par la préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio : elle avait assuré que chaque mineur dont l’âge était contesté aurait accès à un entretien.

Le Défenseur des droits et la Défenseure des enfants ont été prévenus de la pratique de ces deux premiers jours de démantèlement. De son côté, la Cabane juridique, instance bénévole d’aide aux migrants, va multiplier les signalements au procureur et aux juges des enfants.

D’autant que d’autres aléas guettent les mineurs pendant l’évacuation du bidonville. « Un mineur que nous suivons et qui avait engagé une procédure de rapprochement avec sa famille en Grande-Bretagne a été mis dans un bus après destruction de sa cabane », dénonce Solène Lecomte, coordinatrice de la Cabane juridique.

« Le système crée de nouveaux mineurs isolés »

Or, les mineurs ne peuvent pas, pour le moment, être dirigés vers les centres d’accueil et d’orientation (CAO) dans lesquels sont envoyés les adultes. Ils ne disposent pas d’un encadrement suffisant…

Les équipes de Médecins du monde déplorent, elles, les ordres et contre-ordres donnés aux mineurs qui passent leurs journées en allers et retours, un peu perdus, entre la jungle et le CAP. Certains se font voler les bracelets qui les identifient au CAP et leur permettent d’avoir un lit.

« Le système crée aussi de nouveaux mineurs isolés », regrette Mme Lecomte. Certains voient leur référent, oncle ou frère, partir en CAO. Si leur minorité est contestée, ils se retrouvent seuls, sans famille, sans cabane, car la destruction de la « jungle » a commencé avec une quarantaine de démolisseurs, entourés de 120 CRS, mardi midi.

Pour répondre à cette situation, les mosquées de la « jungle » ont laissé leur porte ouverte et des dizaines de mineurs y ont passé la nuit de mardi à mercredi. « Faut-il d’autres preuves que ce démantèlement fragilise les plus vulnérables ? », interroge la juriste, qui craint que ce type de situation ne se multiplie dans les jours à venir. Le Secours catholique et Médecins du monde sont aussi « très inquiets ». C’est la vision des pessimistes, estime-t-on chez les officiels. Les optimistes, eux, veulent souligner que 3 182 adultes sont partis vers des centres d’accueil aux quatre coins de France. »

Voir en ligne : http://www.lemonde.fr/societe/artic...

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