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A Calais, des migrants, mineurs et majeurs, ramenés vers la « jungle »

Publié le 28-10-2016

Source  : www.liberation.fr

Auteur : Haydée Sabéran, envoyée spéciale Calais

« Jeudi soir en fin de journée, des migrants accompagnés de bénévoles sont retournés dans la « jungle » pour y passer la nuit.

« Vidée », la « jungle » de Calais ? Pas tout à fait. Une centaine de migrants mineurs et jeunes majeurs y sont retournés pour y passer la nuit jeudi soir. Accompagnés de bénévoles de Care4Calais et de Salam, ils se sont installés au crépuscule dans les cabanes de l’école du chemin des dunes, un des rares lieux préservés dans la partie vide du sud de la jungle. Certains avaient attendu un bus vers un Centre d’accueil et d’orientation (CAO) toute la journée, en vain. D’autres n’avaient pas pu s’enregistrer à temps pour entrer dans le Centre d’accueil provisoire (CAP), les conteneurs blancs désormais réservés aux mineurs. Ce soir il n’avaient aucune solution. La police, postée tout autour de la « jungle », a laissé la petite troupe marcher en file indienne jusqu’à leur abri, sans intervenir.

« Pourquoi ils ont emmené les autres et pas nous ? »

Il est 18h30. Voilà Qassim, Afghan de 16 ans, assis par terre. « Ils ne nous laissent pas entrer dans la “jangal” et ils ne nous laissent pas partir, dit-il. La “jangal” est fermée. On ne sait pas ce qu’on va manger ce soir. On n’a même pas de couverture. Qu’est-ce qui est prévu pour nous ? Pourquoi ils ont emmené les autres et pas nous ? Je suis là depuis un an, et je ne sais pas quoi faire. » On n’a aucune réponse à lui offrir. Il est assis par terre, sur un terre plein avec d’autres amis Afghans, mineurs et jeunes majeurs. Ils ont passé la journée devant la « jungle », et le soir venu, se sont retrouvés coincés : où aller ? La police les a repoussés vers la rue des Mouettes, une rue latérale près du bidonville et leur a demandé de ne plus s’approcher de la rue des Garennes. Et aux deux entrées de la rue des Mouettes, des CRS leur bouchent le passage.

Un autre Afghan montre un camarade de 13 ans assis par terre, frigorifié dans son petit blouson en skaï : « Regardez, il tremble, il va passer la nuit ici ? » Anne-Lise Coury, porte-parole de la mission Médecins sans Frontières à Calais : « C’est un groupe qui était vers le pont, à l’entrée du bidonville depuis ce matin. Il y a eu des navettes de l’Ofii toute la journée, et on leur a dit de patienter, qu’il y aurait un bus vers un CAO pour mineurs isolés. Ils étaient très calmes. Ils n’étaient pas là pour résister. Si on leur avait proposé une solution, ils l’auraient saisie. » Mais il n’y en a pas eu.

« Ici les faibles deviennent encore plus faibles »

« Pourquoi on ne dort pas dans la “jungle”, demande Qassim. On dort ici, dans la rue ? Et s’il pleut, on fait quoi ? » Des bénévoles de Salam, Care4Calais, et L’Auberge des migrants qui les ont accompagnés vers un abri dans la « jungle », les ont nourris, sont partis chercher des couvertures. Naïm, 16 ans, s’approche, emmitouflé dans un sac de couchage : « Je veux rester en France. Je veux aller dans une famille. » Un autre se plaint : « Ça fait un an que je suis ici, et ils ne m’ont pas pris, alors que d’autres viennent d’arriver d’Allemagne, et ont pris ma place. » Un jeune homme, A., dit qu’il a des problèmes psychologiques, qu’il fait des cauchemars la nuit. « Mes larmes coulent toutes seules. Aidez-moi. Personne ne m’écoute. Ici les faibles deviennent encore plus faibles... »

19 heures, la nuit tombe, on marche vers la jungle par la route de Gravelines, en passant par le pont qui enjambe la rocade. Sados, 17 ans, raconte en marchant : « Ça fait trois ans que je suis loin de chez moi, un an et demi que je n’ai pas parlé à ma mère, que je ne sais pas si elle est vivante. Mon père est mort, ma mère est seule avec mes frères et sœurs, comment ils mangent ? Je n’ai pas d’argent à leur envoyer. Et si je rentre en Afghanistan, les Talibans me tuent. Je ne sais pas quoi faire. » Il veut passer en Angleterre, mais il sait que s’il traîne dans le Calaisis, il est susceptible d’être arrêté, placé en centre de rétention, et expulsé vers un pays où il a des empreintes digitales. Il fait la liste : « Bulgarie, Serbie, Hongrie, Italie... »

Le porte parole de la préfecture indique : « Sur les 1200 mineurs recensés par France Terre d’Asile, plus de 1500 sont à l’abri. C’est un effort considérable. » Il en conclut : « Tous ceux qui étaient présents sur le camp de la Lande ont donc pu être hébergés au CAP, ou ont reçu la proposition de partir a minima en CAO spécifique, car le CAP était complet ce soir. Certains ont refusé – nous n’avons pas de pouvoir de contrainte – qui permettait, comme au CAP, d’examiner leur demande de rapprochement [familial en Grande-Bretagne]. Les autres mineurs, qui ne viennent pas de la Lande – et viennent parfois d’autres pays –, et qui sont arrivés cette nuit et aujourd’hui n’ont pas vocation à intégrer le dispositif d’accueil exceptionnel mis en place pour les migrants de la Lande. Nous regrettons que certains aient incité de nouveaux migrants à venir à Calais, les plaçant dans une situation difficile. »

Difficile en effet. En quittant la « jungle » pour le centre-ville vers 20 heures, on a croisé à deux reprises des fourgons arrêtés. Au pied du premier, rue du Petit Courgain, la silhouette d’un homme accroupi. Derrière le second, rue Mollien, des CRS encadraient trois jeunes hommes noirs. »

Voir en ligne : http://www.liberation.fr/france/201...

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