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Suisse - Sept tentatives de suicide parmi les requérants mineurs

Publié le 11-11-2016

Source : www.24heures.ch

Auteur  : Stéphanie Arboit

« Migration - L’EVAM héberge les jeunes migrants arrivés en Suisse sans leurs parents dans cinq foyers différents. Problème : le manque d’éducateurs ne permet pas un encadrement suffisant de ces adolescents traumatisés.

Sept enfants, dont trois le même soir, ont tenté de mettre fin à leurs jours ces dernières semaines dans l’un des foyers qui abrite les requérants d’asile mineurs, arrivés en Suisse sans leurs parents. Ces mômes sont habituellement qualifiés par un acronyme : MNA, pour mineurs non accompagnés. Mais derrière ces trois petites lettres se dresse une énorme souffrance, à peine imaginable, qui a donc poussé de très jeunes garçons et filles (dès 13 ans et demi) à risquer l’irréparable. Par chance, aucun d’entre eux n’a fini aux soins intensifs. Depuis ces actes désespérés survenus au foyer de l’avenue du Chablais, à Lausanne, l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM), qui les héberge dans cinq foyers différents, a modifié les procédures d’accès aux médicaments.

Les raisons de leur désarroi sont multiples. Mais cette situation révèle aussi un dysfonctionnement du système : les éducateurs de l’EVAM ne sont pas assez nombreux. Le taux d’encadrement paraît très inférieur aux normes en vigueur dans les foyers d’adolescents domiciliés en Suisse (lire ci-contre). Inquiets de la situation, les éducateurs de l’EVAM s’en sont ouverts à leur hiérarchie, accompagnés dans leur démarche par des représentants syndicaux. Ces derniers mois, l’EVAM enregistre des démissions et des arrêts maladie à répétition parmi ses travailleurs sociaux, débordés et pour la plupart très jeunes.

Une des conséquences directes sur les enfants : par manque de personnel, les 36 mineurs du foyer de Chamby-sur-Montreux sont privés d’éducateurs pendant tous les week-ends du mois de novembre. Un ou deux Securitas seront là pour ne pas les laisser seuls. « Mais ils ne vont pas proposer des activités aux jeunes. Ils peuvent appeler la police en cas de problème, mais ils ne sont pas là pour écouter, comprendre ou tenter de résoudre les problèmes », relève une observatrice.

Aucune des personnes interrogées ne s’exprime à visage découvert. Pour ne pas mettre en péril le contact avec ces enfants et par crainte que la dénonciation de la situation ne retombe sur les éducateurs : « Il ne faut pas leur jeter la pierre, ils sont au front, insistent trois témoins. Ils prennent même sur leur temps libre pour s’occuper de ces enfants. Mais ils manquent cruellement de moyens. » « Le nombre d’éducateurs est la clé ! martèle une femme. On surajoute des problèmes à la souffrance de l’exil et des traumatismes vécus. »

Bagarres aux couteaux

Les éducateurs gèrent dans l’urgence les tâches administratives (distribution des tickets de transports, demandes de financement pour le matériel scolaire, etc.) mais n’ont plus le temps pour aider aux devoirs. Ou pour désamorcer les conflits. Résultat : une situation explosive où la moindre étincelle met le feu aux poudres. Avec des bagarres où certains jeunes en sont arrivés à prendre les couteaux et où la police a dû intervenir. Des conflits qui font peur aux plus jeunes. « Il n’y a pas besoin d’avoir fait de grandes études pour comprendre qu’ils doivent être encadrés ! Ils ne se sentent pas en sûreté dans le foyer », témoigne une femme. Pourtant, la sécurité est essentielle à ces enfants, déjà désécurisés affectivement et souvent en « état dépressif aigu ».

Ils ont traversé l’enfer

Durant leur périple pour rejoindre l’Europe, certains ont assisté à des noyades et à d’autres scènes épouvantables, témoigne une femme qui leur vient en aide : « Ceux qui remontent d’Erythrée ont forcément passé par la Libye, l’enfer sur terre, où ils sont enfermés dans ce que l’on ne peut nommer autrement que des camps de concentration. Jusqu’à ce que leur famille paie, qu’ils s’échappent ou soient vendus. » Sur le trajet, beaucoup sont victimes d’abus sexuels ou de sévices en tous genres. « Pour payer les passeurs en Grèce, certains ont dû se prostituer pour 10 euros, se désole une autre femme. Leurs tentatives de suicide sont des appels au secours. C’est normal que ces jeunes soient perdus ! Leur famille leur manque. Ils ont été envoyés avec une sorte de mission : dans le meilleur des cas, s’en sortir en se construisant un avenir meilleur. Dans le plus lourd des cas, renvoyer de l’argent. » Forcés à partir, du fait de l’emprisonnement d’un père ou de la pression familiale, ces jeunes voient leur libre choix recalé au second plan.

Décalage avec la réalité

Beaucoup de ces mineurs sont « révoltés du décalage entre les espoirs de ce qu’on leur avait promis et la réalité. Par exemple, les plus jeunes croyaient qu’ils seraient forcément placés dans des familles d’accueil suisses et ne comprennent pas pourquoi ils se retrouvent en foyer. »

« Leurs mères étaient voilées chez eux et là ils voient la consommation d’alcool et de drogue dans la rue. Et ils ne parlent même pas notre langue. C’est normal que ce soit le bordel dans leur tête ! » s’exclame une bénévole.

Mal encadrés, certains ne se rendent pas à l’école. « L’ambiguïté typique de l’adolescence est exacerbée dans leurs cas : ils ont besoin des adultes et de leur amour, et en même temps ils refusent certaines contraintes liées à la surveillance des adultes. Il faut se rappeler que ces enfants ont fonctionné seuls pendant des mois. » Le message est contradictoire : « On leur dit quoi faire et on veut qu’ils se débrouillent seuls. »

Appel aux politiciens

Le directeur de l’Etablissement scolaire de Montreux-Est, Pierre Steffen, ne dément pas les problèmes. Mais il ne veut pas les aborder dans la presse, privilégiant le dialogue avec l’EVAM : « Nous avons fixé un rendez-vous lundi avec la directrice du foyer de Chamby. Nous examinerons nos points de friction et tenterons de trouver des solutions à ce moment-là. » D’autre part, une délégation cantonale est censée visiter le foyer des hauts de Montreux aujourd’hui même.

C’est à ces politiciens que s’adressent toutes les personnes interrogées : pourquoi n’embauche-t-on pas davantage d’éducateurs ? « Plus l’encadrement est important et transversal – entre profs, éducateurs, psy, etc. – plus le travail de chacun est facilité, estime une professionnelle. Si à 18 ans ces enfants ne sont pas en mesure de commencer une formation, même élémentaire, c’est là qu’ils vont être livrés à eux-mêmes et potentiellement glander dans la rue. » « Tout un chacun doit prendre conscience que ce n’est pas tolérable de traiter des enfants ainsi et de croire que, dans dix ans, tout se passera bien ! » (24 heures) »

Voir en ligne : http://www.24heures.ch/vaud-regions...

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