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Mineurs isolés. « Le repli, pas une solution »

Publié le 25-11-2016

Source : www.letelegramme.fr

Auteur : Roland Fily

« Adresser un chèque à une association oeuvrant pour les enfants en Afrique, bravo. Mais ne pas rejeter des mineurs étrangers arrivés sur le sol français et au contraire participer à leur protection, n’est-ce pas un devoir ?

Anne Daussy, présidente de la Cimade Bretagne - Pays de la Loire, sera demain à Bannalec, dans le cadre du festival Passeurs de Lumières.

Anne Daussy, vous êtes présidente de la Cimade Bretagne - Pays de la Loire depuis deux ans. Quelles sont vos « forces » en Bretagne ?

Nous sommes peu nombreux sur le Finistère et les Côtes-d’Armor, le Morbihan se développe sur Lorient et Vannes, mais nos groupes les plus importants sont à Rennes, Nantes, villes étudiantes, et La Roche-sur-Yon. Cela s’explique par l’implantation récente de l’association, de culture protestante, sur l’Ouest, alors qu’elle existe depuis 1940 et est depuis très présente sur l’Est de la France et la région parisienne.

L’inspection générale de l’administration désigne comme « un phénomène durable et une source de difficultés pour les Départements » l’arrivée de ces mineurs sur le sol français. Quelles sont ces difficultés ?

Les dispositifs sont assez flous. Mais le point de départ, c’est que l’ensemble des lois qui gèrent la protection de l’enfance ne fait pas de différence entre les mineurs étrangers et nationaux. Le terme MIE pour Mineur isolé étranger est abandonné au profit de MNA, mineur non accompagné. Il n’y a pas à introduire la notion d’étranger. La loi est la même. Il y a pas mal de mineurs étrangers sur le territoire. Et les Départements ont commencé à estimer qu’ils n’ont pas les moyens de gérer tout ça. Ça a commencé l’année dernière, à Nantes, où le conseil départemental a refusé de les prendre en charge en disant « Nous on ne peut pas ». Le Cimade a mené des contentieux. Le Département a été condamné quatorze fois l’été dernier. Finalement, ils ont repris les jeunes. Maintenant, les conseils départementaux déclarent qu’ils n’ont pas les moyens, voire parfois que ça n’est pas leur boulot. Le problème a connu une flambée avec l’évacuation de Calais où l’on comptait 2.000 mineurs isolés.

Ce sont donc des Centres d’accueil et d’orientation (trois CAO pour mineurs en Bretagne) qui reçoivent ces jeunes ?

Dans les CAO, il y a une réglementation qui est dérogatoire par rapport aux lois sur la protection de l’enfance. Les mineurs veulent pour la plupart partir en Angleterre. Dans les centres interviennent des officiers d’état-civil anglais qui sont là pour évaluer cette possibilité de départ. Aussi l’État français, à travers les opérateurs des CAO, a déclaré que tant que l’Angleterre n’a pas donné sa réponse, on ne met pas en route de système de protection... Il n’y a pas d’accès à l’éducation, pas de protection. À l’Aide sociale à l’enfance (ASE), il y a un éducateur pour huit mineurs. Dans les CAO, c’est un éducateur pour 30 enfants. L’autre « outil » de dérogation, c’est de contester, de la part des conseils départementaux et de l’ASE, la détermination de minorité. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas, parfois, des majeurs parmi eux. Mais dans 50 % des cas, même s’ils ont des papiers, ils sont déclarés majeurs par l’ASE après une évaluation sociale. « Untel nous paraît trop mature pour être mineur », conclut parfois l’évaluation. Quand on pense que ces gamins de 14 ans sont partis parfois seuls pour traverser des pays entiers... Actuellement, dans certains cas, il y a refus de mise à l’abri, alors que la loi prévoit cinq jours pour tous. On leur dit qu’il n’y a plus de place. De repasser plus tard. Et ces jours-là sont entièrement pris en charge par l’État. Certains dispositifs ne fonctionnent pas. C’est selon les Départements.

Quel recours ont ces jeunes si leur minorité est contestée ?

Soit ils acceptent la décision défavorable, ou bien ils contestent via une association comme la nôtre. Mais pendant ce temps-là, ils restent dans une zone de non droit, n’ont ni les aides attribuées aux majeurs, ni les droits des mineurs. Ils sont alors à la rue ou dans des squats.

Ce sont surtout des garçons qui sont pris en charge ?

82 % des mineurs sont des garçons. Les filles sont sans doute aussi nombreuses à arriver, mais elles passent par des réseaux de prostitution qui les déclarent majeures. C’est un autre problème.

« Crise migratoire ou crise des politiques migratoires » sera le thème du débat de demain, à Bannalec. Comment abordez-vous le sujet ?

On veut proposer des outils de décryptage au cours de cette table ronde. Il faut rappeler par exemple qu’il y a eu des périodes, en France, où il y a eu plus de demandeurs d’asile qu’aujourd’hui. Dans les années 70, où l’on accueillait les boat-people ou les réfugiés d’Amérique du Sud. On ne parlait pas alors de crise migratoire. La situation économique est différente, le chômage, la précarité créent le repli. Les migrants, si on ne les accepte pas, c’est une crise, on la crée par le refus. Si on les accepte, ça peut se passer très bien. Des économistes montrent même que accepter les migrants, c’est relancer l’économie. Le repli n’est certainement pas une solution. »

Voir en ligne : http://www.letelegramme.fr/finister...

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