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Le Royaume-Uni ferme sa porte aux mineurs isolés de Calais

Publié le 12-12-2016

Source : www.lemonde.fr

Auteurs : Philippe Bernard (Londres, correspondant) et Lucie Soullier

« Londres a déclaré que tous les jeunes de l’ancienne « jungle » demandant l’asile outre-Manche avaient été interrogés par ses services.

Discrètement mais brutalement, le Royaume-Uni a fermé la porte, vendredi 9 décembre, aux mineurs isolés de l’ancienne « jungle » de Calais (Pas-de-Calais) qui espéraient être admis sur le territoire britannique, rejetant ainsi, de fait, la responsabilité de leur sort incertain sur les autorités françaises.

Le ministre britannique de l’immigration, Robert Goodwill, rattaché au Home Office (ministère de l’intérieur) a déclaré que tous les mineurs de Calais demandant l’asile au Royaume-Uni avaient été interrogés par ses services et que tous ceux ayant été admis au séjour, soit 750 jeunes, y avaient été transférés. « Les jeunes restant sont en sécurité aux bons soins des autorités françaises », a ajouté le ministre, signifiant la fin du processus en question.

Si ce chiffre n’évolue pas, les Britanniques n’auront donc accepté qu’environ un tiers des quelque 2 200 mineurs isolés qui, selon Paris, étaient présents dans la « jungle » au moment de son démantèlement à la fin octobre.
« Paris va devoir gérer la grosse déception de ces mineurs », commente un officiel français, alors que les autorités françaises n’ont pas été associées à l’examen des dossiers individuels. L’annonce du Home office intervient alors que le Royaume-Uni est en proie à une vague de xénophobie exacerbée par le vote du Brexit.

« Le travail n’est pas achevé »

Pour leur part, les associations d’aide aux réfugiés et la presse affirment que des jeunes demandeurs d’asile ayant de la famille outre-Manche n’ont pas été admis. Mohamed Adam Hamad Ahamed, un radiologue soudanais réfugié à Liverpool s’inquiète ainsi, dans le Guardian, du sort de son frère Moubrak « relocalisé » à Saint Omer (Pas-de-Calais) depuis son éviction de Calais. En dépit de papiers établissant qu’il a dix-sept ans, il aurait été jugé « trop grand » pour avoir réellement cet âge.

« Des jeunes désespérés vont continuer de chercher à rejoindre leur famille ici en Grande-Bretagne, estime Janet Darley, porte-parole de l’organisation de solidarité Citizens UK. En refermant à nouveau la porte, le Home office ne laisse d’autre choix à des centaines d’entre eux que de retourner dans le nord de la France pour y risquer leur vie [en tentant de franchir la Manche] ».

La section britannique de l’Unicef a pour sa part salué « une vraie réussite » tout en soulignant que « le travail n’est pas achevé » si l’on veut éviter que les mineurs ne retombent entre les mains des trafiquants.

Quant à Alf Dubs, lord travailliste de 84 ans – il fut sauvé des persécutions nazies par la politique britannique d’accueil d’enfants juifs dite « Kinderstransport » –, il a fait part de sa « consternation ». « Si le pont avait été refermé si rapidement, (…) ma vie n’aurait pas été sauvée », a dit l’ancien député qui, en mai, a fait voter un amendement élargissant l’accueil aux mineurs sans famille au Royaume-Uni.

La mise en œuvre de cette disposition, généreuse mais vague, paraît difficile à mesurer. Le ministre de l’immigration s’y est cependant référé pour affirmer que d’autres mineurs seraient accueillis, mais apparemment hors des contingents de Calais.

Manque d’information

Pour les jeunes concernés, l’inquiétude était déjà lourde avant même l’annonce de Londres. Début décembre, l’association d’entraide britannique Help Refugees s’était alarmée de ce que les agents du Home office dépêchés en France pour interroger les mineurs les laissaient « dans l’ignorance sur leurs chances de parvenir au Royaume-Uni ». Selon la même source, « ce manque d’information cause une souffrance psychologique visible parmi les mineurs, dont certains commettent des actes d’automutilation ».

Pour le moment, à Calais, les associations ne notent pas de retours massifs. « Je suppose qu’ils n’ont pas encore eu vent de la nouvelle. Mais ça ne devrait pas tarder », prédit Christian Salomé, président de L’auberge des migrants pour qui il est très difficile de prévoir la réaction de ceux qui verront leur rêve brisé, une nouvelle fois.
Lui espère qu’au moins, si les mineurs revenaient en nombre, l’Etat français rouvrirait un centre en urgence à Calais. « Mais ils risquent surtout d’être bloqués dans les gares, notamment à Paris, et de se retrouver dans les rues », assure-t-il.

Risques de fugue

Dans le centre d’accueil et d’orientation (Caomi) de Fouras (Charente-Maritime), où treize des trente-cinq jeunes accueillis ont déjà fui, « il risque d’y avoir encore des fugues » lorsqu’ils comprendront qu’une absence de réponse de Londres équivaut à un refus, estime Dadou Kehl, secrétaire général de la Ligue de l’enseignement de Charente-Maritime qui gère le centre.

Depuis que quatre d’entre eux ont été admis au Royaume-Uni, le 30 novembre, l’équipe qui les accompagne tente de rassurer ceux qui restent en leur expliquant que rien n’est perdu, que leurs dossiers sont encore à l’étude.

Même positivisme affiché à Ameugny (Saône-et-Loire), où quatre mineurs ont reçu le Graal le 6 décembre ; ils ont depuis atteint l’autre côté de la Manche. Mais les douze autres commencent à s’impatienter et frère David, de la communauté de Taizé qui gère le centre, avoue ne plus savoir quoi répondre aux « Et nous, et nous ? » de plus en plus pressants.

Comment prendront-ils la mauvaise nouvelle qui se profile ? « Ils font leur chemin », tempère Jacques Juloux, le maire de Clohars-Carnoët (Finistère), où un autre Caomi a accueilli trente-trois mineurs. Pour preuve, pointe l’édile, certains prennent des cours de français depuis plusieurs semaines.

Reste que le départ de dix d’entre eux pour le Royaume-Uni, le 25 novembre, a été vécu comme un « coup de bambou » par les autres. Le maire espère qu’au moins, une fois le verdict tombé, ils sortiront de « cette zone d’attente et de non-droit ».
Les jeunes migrants entreront en tout cas dans le système français, car les départements prendront le relais. Une fois leur minorité et leur isolement familial vérifiés, l’Aide sociale à l’enfance devra les prendre en charge et trouver une place à chacun. Dans un système déjà saturé. »

Voir en ligne : http://www.lemonde.fr/societe/artic...

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