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Mineurs isolés de Calais : le Royaume-Uni dit stop, à Taizé l’angoisse monte

Publié le 12-12-2016

Source : www.telerama.fr

Auteur : Juliette Bénabent

« Sur les seize réfugiés mineurs accueillis par la communauté de Taizé, quatre ont rejoint le sol britannique. Pour les autres, qui rêvaient d’eldorado, c’est l’inconnu face à une administration anglaise mutique.

Vendredi 9 décembre, le ministre britannique de l’immigration, Robert Goodwill (conservateur, nommé en juillet et dépendant du ministère de l’Intérieur) a annoncé que tous les dossiers des mineurs isolés en provenance de Calais avaient été examinés. Sur environ 2 000 jeunes, 750 ont été admis sur le sol britannique.

Même si Robert Goodwill a affirmé que « d’autres enfants éligibles (1) seront transférés depuis l’Europe dans les prochains mois », sa déclaration semble impliquer que les admissions sont closes pour ceux de Calais, répartis depuis fin octobre – date du démantèlement du bidonville – dans des CAOMI (centres d’accueil et d’orientation pour mineurs isolés) sur tout le territoire français.

Dans ces centres, l’angoisse monte. Au cours du mois de novembre, les jeunes ont reçu la visite de fonctionnaires britanniques de l’immigration, à qui chacun a pu exposer sa situation. Depuis, ceux qui ont vu partir certains de leurs camarades, admis outre-Manche, n’ont reçu aucune réponse quant à leur avenir. Jusqu’ici, les professionnels et les bénévoles qui s’occupent d’eux les ont rassurés, expliquant que tous les examens de dossiers n’étaient pas finis, qu’ils avaient encore une chance. Mais maintenant ?

“On ne cesse de leur mentir, on est en train de fabriquer des jeunes qui ne feront jamais confiance aux institutions”

A Ameugny (Saône-et-Loire), la communauté chrétienne œcuménique de Taizé a accueilli seize jeunes venus de Calais, le 2 novembre. Logés dans une maison appartenant aux frères, ils ont rencontré les agents britanniques le 15 novembre. Mardi 6 décembre, quatre d’entre eux sont partis au Royaume-Uni : Mohamed, Syrien de 17 ans, Abdallah, Mustapha et Mohamed, tous trois Soudanais du Darfour. La veille, à l’annonce de leur admission, une grande fête a eu lieu au CAOMI. « Tout le monde a chanté, dansé, on s’est dit : “c’est le début”, témoigne Orsi Hardi, bénévole de la communauté de Taizé. Mardi, à l’aéroport de Lyon, les quatre élus ont été pris en charge par des fonctionnaires anglais – de nombreux autres mineurs étaient également présents, attendant de monter dans l’avion, direction Heathrow.
Depuis, pour ceux qui restent, plus aucune nouvelle. Jusqu’à aujourd’hui, personne ne sait rien, sauf ce que dit la presse. Les admissions n’ont pas été motivées, aucun refus n’a été transmis. Sur les trois jeunes Soudanais, l’un n’avait pas de famille au Royaume-Uni, alors que plusieurs mineurs qui restent à Ameugny passent leurs journées au téléphone avec leurs frères, oncles, cousins d’Angleterre. Isaq, Soudanais de 16 ans, est « très remonté », selon Orsi Hardi, qui raconte : « Il a été interviewé par les Britanniques trois fois à Calais. II est monté dans un bus croyant partir pour l’Angleterre. Il s’est retrouvé ici, au milieu de nulle part, on lui a dit d’être patient, il a de nouveau répondu aux questions des agents britanniques le 15 novembre. Il en a même reconnu un, qui l’avait déjà interviewé à Calais ! Et il est toujours là. On ne cesse de leur mentir, on est en train de fabriquer des jeunes qui ne feront jamais confiance aux institutions », s’indigne la bénévole.

Ni les bénévoles ni Le Pont, l’association qui gère le CAOMI, n’ont la moindre information officielle. Les jeunes sont tendus, nerveux, déprimés. Plusieurs ne parviennent plus à manger depuis quelques jours, ils ne dorment plus, certains ne veulent plus se lever le matin... « La situation devient intenable, confirme Orsi Hardi. Nous organisons beaucoup de sport, pour les aider à évacuer la pression, dimanche nous avons fait des décorations de Noël, des gâteaux, mais l’ambiance est électrique. Leurs questions sont de plus en plus pressantes et nous ne pouvons pas y répondre. ». Toute la journée, les bénévoles et associatifs ont cherché à obtenir des informations de la préfecture, sans succès.

Que vont faire les jeunes qui n’ont pas été admis par les autorités britanniques ? Le risque est grand que certains retournent à Calais, pour tenter à nouveau de traverser la Manche clandestinement, leur espoir de passer légalement s’étant évanoui. Les associations du Calaisis redoutent plus que jamais la reformation de campements sauvages. Si leur minorité est établie, ces enfants relèvent désormais de l’ASE (aide sociale à l’enfance), dont les services, qui dépendent des départements, sont souvent déjà engorgés. S’ils souhaitent demander l’asile en France, il leur faut être assisté dans leurs démarches par un « représentant légal » – leur minorité leur interdit d’entamer ces démarches seuls.

« Nos cours de français de l’après-midi, qui ne rencontraient guère de succès au début, attirent de plus en plus de jeunes, témoigne Orsi Hardi. Ils ne sont pas idiots, ils lisent les journaux anglais eux aussi. En désespoir de cause, certains seront prêts, sans doute, à demander l’asile en France. Pour l’instant, ils nous supplient de leur donner une réponse. Quelle qu’elle soit. »

La mission du CAOMI d’Ameugny prend fin officiellement début février. Après ? Comme en ce début d’hiver en Bourgogne, le brouillard est de plus en plus épais.

(1) Selon les critères édictés par Londres mi-novembre, hors regroupement familial, sont éligibles les mineurs âgés de moins de 12 ans, ceux soumis à un risque d’exploitation sexuelle élevé. Les 12-15 ans sont admis s’ils viennent du Soudan ou de Syrie. Les 15-18 ans, eux, ne sont admis que s’ils accompagnent un frère ou une sœur remplissant l’une de ces conditions. »

Voir en ligne : http://www.telerama.fr/monde/mineur...

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