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Le casse-tête de l’accueil des mineurs isolés étrangers

Publié le 5-01-2017

Source : www.lavoixdunord.fr

Auteur  : Eric Dussart

«  Le ministre britannique de l’Immigration a jeté un sérieux coup de froid, le mois dernier, en laissant entendre que Londres ne souhaitait plus accueillir de mineurs isolés étrangers, alors qu’il en reste plus de mille en France.

Il y a ceux qui sont tombés de haut, des larmes parfois plein les yeux comme dans un conte de Noël qui tourne mal. Il y a les sceptiques d’octobre, qui se méfiaient de l’enthousiasme officiel autour du démantèlement du camp de Calais, et disent aujourd’hui qu’il « fallait s’y attendre ». Et puis, il y a les gamins. Tous les mineurs isolés qui sont encore en France alors qu’ils pensaient, fin octobre, que leur passage en Grande-Bretagne n’était plus qu’une question de jours.

Les critères étaient simples : il fallait prouver sa minorité et la présence au Royaume-Uni d’un parent proche. Paris et Londres ont fini par se mettre d’accord sur un chiffre, ces jours-ci : environ 800 mineurs sont entrés en Grande-Bretagne sous ces conditions, depuis octobre. Sur un peu moins de deux mille qui en faisaient la demande.

Il en reste donc plus d’un millier, qui ont été répartis dans les centres d’accueil et d’orientation pour mineurs à travers la France. Dans les bus qui les emmenaient de Calais, des représentants du Home Office britannique avaient étudié leur situation une par une, comme pour gagner du temps. Londres s’était engagé à accueillir « tous les mineurs isolés ayant de la famille en Grande-Bretagne ».

Et puis, à la mi-novembre, les critères furent resserrés. Des limites d’âge étaient opposées, un peu plus lâches pour les Syriens et les Soudanais. Et quelques jours plus tard, le nouveau ministre de l’Immigration Robert Goodwill avançait que « tous les candidats éligibles » étaient entrés sur le territoire britannique. La douche froide.
Depuis, les responsables des CAOMI gèrent le trouble jeté par Robert Goodwill, avec plus ou moins de bonheur. À Réalville, près de Montauban, dix-neuf mineurs afghans ont même fait la grève de la faim pendant trois jours. Et partout, à travers le pays, les centres ont perdu des pensionnaires, partis sans laisser d’adresse. « Aucun doute : ils repartent vers Calais pour tenter à nouveau de passer », dit-on à France terre d’asile. Ils seraient entre 15 et 20 % en moyenne dans ce cas. La plupart âgés de 15 à 18 ans.

Le conte de Noël n’est pas le même pour tous. À la fin du mois dernier, Jacques Toubon, le défenseur des droits, avait rendu public un rapport sur les suites du démantèlement de Calais. À propos des mineurs, il fustigeait « un manque d’anticipation » qui aurait empêché d’« assurer complètement les droits fondamentaux des enfants, et tout simplement leur protection ». Et il enjoignait l’état de « donner aux jeunes présents dans les CAOMI un statut légal, administratif ou judiciaire et garantir leur accès au droit, à l’éducation et à la santé ».
Bruno Le Roux, nouveau ministre de l’Intérieur, avait alors promis de « trouver une solution conforme aux intérêts des enfants », et aussi de « renforcer le dialogue avec Londres ». Mais il faut désormais faire avec les désirs des mineurs, dont certains n’en démordent pas – ils veulent coûte que coûte passer –, et d’autres ont renoncé à leur rêve britannique pour envisager de s’établir en France.
Ceux-là sont d’ores et déjà pris en charge, leur déception s’effacera peu à peu. Mais pour ceux qui ne veulent rien savoir, ceux qui ont déjà repris la route par petits groupes, ce sont les passeurs, trafiquants et proxénètes qui représentent à nouveau le plus grand danger.

« Même si je dois risquer de mourir »

C’est une vaste maison indépendante, à l’écart de Dourdan, cette jolie commune où Michel Audiard avait installé son nid, à une quarantaine de kilomètres au sud de Paris. Elle appartient à un couple d’enseignants en retraite, qui voyagent beaucoup et accueillent volontiers le passant.

Avec quelques amis, ils se sont rapprochés des associations d’aide aux migrants mais n’ont adhéré à aucune. « On fait cela au coup par coup », disent-ils. Mais beaucoup ont leur numéro de téléphone.

Depuis un peu plus d’une semaine, ils accueillent quatre jeunes Afghans que quatre ou cinq autres mineurs vont rejoindre ici. Et quand ils seront réunis, ils prendront le chemin de Calais.

C’est, en tout cas, ce qu’ils disent. « Je ne peux pas me résoudre à accepter l’asile de la France, dit un gamin qui se fait appeler Jawad. Mes parents m’ont donné de quoi rejoindre mon frère, c’est leur vœu le plus cher. Et pour eux, c’est beaucoup d’argent. Un sacrifice immense. »

Ses yeux sont d’une infinie tristesse. On lui a dit qu’il n’est pas accepté, mais il ne veut rien savoir. « Pourquoi d’autres et pas moi ? Qu’ai-je de moins que les autres ? » Il raconte l’enfer de son voyage, la vie douce d’avant, quand il avait une maison, sa chambre, des projets…

« À Calais, c’était violent. La peur tout le temps. Jamais un moment de répit. » Mais il y retourne. Il tentera de passer, dit-il, « même si je dois risquer de mourir ». Pour l’instant, il n’a pas encore osé dire à ses parents le refus qu’on lui oppose. « Je dis qu’il faut attendre un peu, que ça va aller. »

Par d’autres, qui sont déjà remontés, ils savent que les conditions ont changé, à Calais. Que les contrôles sont plus sévères. Mais ils affirment surtout que « si tout va bien », ils y seront de retour à la fin de cette semaine. »

Voir en ligne : http://www.lavoixdunord.fr/98600/ar...

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