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Migrants à Côme : Amnesty fustige la Suisse

Publié le 22-02-2017

Source : www.tdg.ch

« Rapport - L’ONG dénonce les contrôles au faciès, le zèle des gardes-frontières et le refoulement de mineurs non accompagnés.

Le renvoi forcé depuis l’été de milliers de demandeurs d’asile de Suisse vers l’Italie est critiqué par Amnesty International (AI) dans son rapport publié mercredi. L’organisation dénonce en particulier des contrôles au faciès, le zèle des gardes-frontières helvétiques et le refoulement de mineurs non accompagnés venant de Côme, en Italie voisine.

Beaucoup de migrants interrogés par Amnesty à Côme ont indiqué avoir sollicité en vain la protection des autorités suisses. Nombre d’entre eux auraient déposé une demande d’asile à plusieurs reprises, sans résultat. AI indique avoir discuté avec des jeunes qui ont tenté d’entrer en Suisse jusqu’à huit reprises.

Le camp de migrants de Côme, près de Chiasso, a été ausculté sur place par des membres de l’organisation de défense des droits humains. L’ONG y a observé des contrôles de faciès abusifs sur « des personnes de couleur ou avec une physionomie maghrébine ».

Pour Denise Graf, coordinatrice Asile pour la section suisse d’AI, « il est clair que les modalités du contrôle des frontières mises en place par les autorités suisses empêchent ou dissuadent des personnes d’entrer dans le pays », résume-t-elle dans des recherches dont l’ats a eu copie.

Gardes-frontières zélés

Le rapport accuse les gardes-frontières suisses d’avoir empêché de nombreux migrants de solliciter l’asile en Suisse. « En refusant ce droit, les gardes-frontières violent le droit suisse », s’insurge Amnesty.

Le rapport recense par ailleurs plusieurs milliers de cas de réfugiés et de migrants renvoyés de force vers l’Italie via des procédures frontalières « simplifiées », ce qui correspond pour Amnesty au renvoi forcé illégal (push-back) de milliers de demandeurs d’asile vers l’Italie. A la suite d’entretiens qu’AI a eu avec ces personnes, il en ressort « une absence d’évaluation des situations individuelles » liée aux risques d’un retour en Italie, voire d’un refoulement depuis l’Italie vers un Etat comme le Soudan.

De plus, l’absence d’interprètes lors de la forte présence d’Erythréens et de Soudanais à Côme au plus fort de la crise migratoire n’a pas facilité la compréhension entre les personnes interceptées et les gardes-frontières, relève encore AI.

Abus constatés

Le renvoi forcé vers l’Italie expose aussi les requérants d’asile à des mesures jugées « disproportionnées » pour les contraindre à se laisser prendre leurs empreintes digitales en Italie. Le « hotspot » de Tarante, dans les Pouilles (sud), a ainsi été épinglé par AI dans un précédent rapport.

« La situation est d’autant plus grave » pour les mineurs non accompagnés. Plusieurs centaines d’entre eux se sont présentés à la frontière suisse et n’auraient pas fait l’objet « de l’attention requise » eu égard à leur vulnérabilité et aux exigences de la loi sur l’asile relative à la protection de l’enfance.

Durant toute l’année 2016, « les gardes-frontières ont renvoyé vers l’Italie des douzaines de ces mineurs ayant de proches parents en Suisse », condamne l’ONG pour qui l’intérêt supérieur de l’enfant doit primer dans ce cas.

Mal orientées

Autre constat : aucune des personnes interrogées à Côme par AI n’aurait reçu d’informations de la part des autorités suisses à propos de la procédure à effectuer : orientation vers le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) ou vers des lieux d’hébergement où elles auraient pu se rendre après leur renvoi vers l’Italie.

Cette situation a perduré en janvier alors que la température frisait les -10 degrés en fin de soirée. Plusieurs personnes renvoyées par la Suisse erraient sans lieu de séjour et sans ticket pour tenter de rejoindre le centre de Côme, à 5 km, note AI.

Voile et renseignement

Des abus en Suisse même sont aussi montrés du doigt. L’ONG reprend à son compte les préoccupations de la Commission nationale de prévention de la torture qui avait déploré en juillet le recours de la police « à une force disproportionnée dans certains cantons » lors d’opérations d’expulsions de migrants.

Près d’une quinzaine d’immobilisations complètes et des sevrages de nourriture et de boissons ont été recensés lors de trajets de plusieurs heures. AI a pu constater l’an passé des abus de la part des polices des cantons de Zoug, du Valais, de Neuchâtel, de Bâle-Ville et de Zurich. En outre, l’interdiction du port du voile intégral qui est entrée en vigueur en juillet dans le canton du Tessin inquiète fortement AI.

Enfin, la loi sur le renseignement, qui octroie de vastes pouvoirs au Service de renseignement de la Confédération, n’est pas de nature à rassurer l’ONG. Amnesty met en garde notamment contre l’accès à des informations personnelles « à des fins définies de manière vague comme la lutte contre les menaces terroristes » »

Voir en ligne : http://www.tdg.ch/suisse/migrants-c...

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