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Arrivée du Maroc d’enfants isolés et toxicomanes : un phénomène inédit à Paris

Publié le 14-03-2017

Source : www.lemonde.fr

Auteurs : Par Sandrine Morel (Madrid, correspondance) et Louise Couvelaire

« Ces migrants mineurs passés par l’Espagne refusent toute prise en charge et errent dans le quartier de Barbès.

Ce soir-là, ils sont une quinzaine à arpenter ce petit bout de macadam, entre le square Alain-Bashung et la rue de la Goutte-d’Or, à Paris, dans le 18e arrondissement. Le plus jeune n’a pas l’air d’avoir plus de 10 ans, le plus âgé, à peine 15 ans. Bonnets ou casquettes vissés sur la tête, ils vont et viennent en petits groupes, passent d’un trottoir à l’autre, rebroussent chemin… Des allers-retours incessants, sans but, ponctués par un triste rituel : de temps à autre, ils plongent leur visage dans un sac en plastique et inspirent de la colle à pleins poumons.

Cela fait deux mois que ces adolescents sont arrivés du Maroc. Deux mois qu’ils errent ainsi dans le quartier de Barbès, seuls, refusant toute prise en charge par les pouvoirs publics. Difficile d’évaluer leur nombre : la Ville de Paris en a identifié vingt-quatre, âgés de 9 ans à 16 ans. Ils pourraient être une centaine, selon l’Office français de l’immigration et de l’intégration. « Des mineurs isolés aussi jeunes, toxicomanes et réfractaires à toute aide, c’est du jamais-vu à Paris », explique-t-on à la mairie. Le phénomène a pris les autorités de court. Et met les nerfs des riverains à rude épreuve.

Planté devant l’entrée d’une laverie automatique de la rue de Jessaint, Ouakka, 79 ans, ouvre l’œil. Sa mission ? Empêcher ces enfants de pénétrer dans l’établissement. « Ils fument, ils crachent, ils boivent, ils se droguent, ils insultent et vandalisent », souffle-t-il. Cherchant refuge pour la nuit, certains ont forcé la porte à plusieurs reprises pour camper sur les machines à laver. D’autres ont squatté des Autolib’. « Défoncés à la colle, ils sont hyper agressifs », raconte Théodore Ceccon, 37 ans, gérant du restaurant italien d’en face, La Bella Donna. « On les a vus se battre au cutter, agresser une jeune fille de 14 ans pour lui voler son sac, cambrioler le studio du boucher, défoncer la porte d’une école… »

Tous passés par l’Espagne

« On ne peut pas envoyer des enfants de 9 ans en prison !, rappelle-t-on à la Ville de Paris. Tous les services de la ville ont été missionnés pour trouver une solution. » L’association Hors la rue (spécialisée dans le soutien aux mineurs étrangers) est la seule à être parvenue à établir un contact. Mais les premières tentatives d’hébergement se sont soldées par un échec : ils se sont enfuis au milieu de la nuit. « [...]

« S’ils dépendent d’un réseau, ils n’en parleront pas avant longtemps, pas avant de se sentir en très grande sécurité, souligne Guillaume Lardanchet, directeur de Hors la rue. Le danger : qu’ils soient récupérés, utilisés pour commettre des délits… »

[...] »

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