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Anne accueille les mineurs fuyant les guerres et la misère

Publié le 31-05-2017

Source : www.letelegramme.fr

Auteur : Laurent Vilboux

« "Pour eux, c’est une question de survie". Camerounais, Sierra-Léonais ou encore Ivoiriens, ils font tout pour s’intégrer en Bretagne. Pour cela, ils sont aidés. Notamment par Anne Valla, à la tête du centre d’accueil vannetais pour mineurs étrangers isolés. La jeune femme oeuvre au quotidien pour ces migrants en quête d’un avenir, après avoir tout perdu.

« Ils ont fui la guerre, la misère, parfois sans savoir si leur famille est encore vivante. Pour eux, c’était une question de survie. Pour arriver ici, ils ont vu des gens mourir, se sont fait frapper, ont été en prison... On parle de mineurs ! Leur parcours est inimaginable avec nos codes d’occidentaux. Mais tous refusent d’être “à charge”, comme ils disent, et d’ajouter “Ce que j’ai, il faut que je le gagne” ». Anne Valla coordonne la plateforme d’orientation des mineurs isolés étrangers ouverte à Vannes en septembre 2015, un centre qui accueille trente jeunes en permanence. En un an, ils sont plus d’une soixantaine à en avoir franchi le seuil. « Dernièrement, et c’est nouveau, nous avons accueilli des Sierra-Léonais. Nous étions plus “habitués” aux Camerounais et Ivoiriens ».

« Des hommes heureux et debout dans la vie »

Salariée des Apprentis d’Auteuil, fondation catholique reconnue d’utilité publique ayant la gestion du centre (*), cette Sarthoise d’origine est dans l’accompagnement des jeunes depuis vingt ans. Hier en Picardie et à Paris, elle a toujours cette même mission d’en faire « des hommes heureux et debout dans la vie ». « Nous n’avons pas toujours les solutions d’orientation pour eux, mais nous faisons tout pour les scolariser. Certains sont en 3ème, d’autres en CAP, d’autres en Bac Pro. Ils sont tous dans un parcours, accompagnés par l’aide sociale à l’enfance. Nous luttons contre le décrochage scolaire et leur faisons valider des diplômes et compétences (ASSR, Secourisme, DNB Professionnel… ) ».

Une question de survie

De biens grands mots et beaucoup d’ambition pour ces jeunes qui reviennent de loin. Une fois pris en charge (vaccination, dépistage, démarches administratives et sociales, alphabétisation, orientation professionnelle…), le centre a pour mission « de les rendre autonomes, dans un logement à eux, avec les règles et les normes d’ici. Parfois la première nuit est compliquée. Quand vous avez passé toute votre vie à dormir sur une paillasse, il n’est pas rare de les voir prendre la couette pour se mettre sous le lit ... ». Il faut alors savoir parler, écouter. « Pouvoir les accompagner, c’est savoir d’où ils viennent. Pour les comprendre il faut connaître leurs codes. Pour les intégrer, il faut leur transmettre les nôtres, pour qu’ils soient en phase et non en décalage ».

« Dans la vie, tout est possible si on accepte la différence »

Au centre vannetais, musulmans, sikhs, catholiques et protestants se côtoient « dans une grande richesse. Dans la vie, tout est possible si on accepte la différence. Chacun a son histoire, mais on peut tous s’apporter si on accepte de partager ». Précisément, cette richesse n’est pas un vain mot. « Au quotidien, c’est très dense. Entre ceux qui vont à l’école, ceux qui font de l’alphabétisation, les loisirs, les rendez-vous sanitaires… Nous passons beaucoup de temps avec eux pour toutes les choses de la vie quotidienne. Jusqu’au jour où ils n’ont plus besoin de nous pour vivre, parce qu’ils ont compris les codes de la société française ».

Un long parcours du combattant

Un jeune homme a accepté de témoigner et de nous raconter son histoire. « J’ai 17 ans et je viens du Bangladesh. Mon père, qui a 57 ans, ne peut plus travailler, car il a mal au dos. J’ai commencé à travailler à 12 ans. Je cassais des cailloux dans une carrière, onze heures par jour. Notre seule pause, c’était le vendredi, pour la prière. J’ai fait ça pendant deux ans et demi. J’étais payé 200 € par mois. À 16 ans, j’ai voulu partir en Europe car la vie était trop difficile ». Pour arriver en France, l’adolescent passe par l’Inde, la Grèce, la Macédoine, la Serbie, la Hongrie, l’Autriche et l’Allemagne. Il prend le train, le bateau et l’avion. « Je suis arrivé à Paris le 13 septembre 2015. J’ai dormi deux jours à la gare, jusqu’à ce qu’un Pakistanais me donne un billet de train pour Vannes. Je suis arrivé à 23 h 30 et j’ai passé une nouvelle nuit à la gare. Le lendemain, quelqu’un m’a amené à l’ASE (Aide sociale à l’enfance, qui dépend du conseil départemental) et j’ai été placé dans la plateforme en octobre dernier. Au début, je ne comprenais rien, on n’a même pas le même alphabet. Mais j’ai appris le français l’an dernier au collège Jules-Simon et j’ai passé le DELF A1 ». Cette année, il prépare un CAP agent polyvalent de restauration au CFA de Lorient, en alternance dans une pizzeria de Vannes, au Clos-Mathilda. « Mon patron m’a dit que si j’obtenais mon diplôme, il m’embaucherait bien. Mon rêve, ça serait d’ouvrir ma propre pizzeria à Vannes ». »

(*) Fondation née il y a 150 ans qui vient en aide aux jeunes en difficulté sociale, familiale et scolaire

Voir en ligne : http://www.letelegramme.fr/soir/a-v...

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