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Dominique Versini : « À Paris, nous avons beaucoup fait pour les mineurs isolés »

Publié le 1er-03-2018

Source : www.la-croix.com

Auteur : Nathalie Birchem

« Certains acteurs associatifs reprochent à la ville de Paris de laisser à la rue des mineurs isolés. Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris et chargée du dossier, estime au contraire que Paris a fait le maximum. Elle demande que l’État reprenne à son compte l’évaluation et la mise à l’abri des jeunes migrants.

La Croix : Début février, des avocats ont saisi le procureur de Paris du cas de 128 migrants mineurs isolés en danger dans les rues de la capitale. Que répondez-vous ?

Dominique Versini : Nous avons fait le point avec le parquet. Les dossiers ont été difficiles à analyser car certains étaient peu complets. Néanmoins, ce que l’on peut dire, c’est que sur les 128, une centaine a déjà été évaluée non mineurs. D’abord, 85 avaient déjà été évalués non mineurs par le Dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers (Demie), géré par la Croix-Rouge par délégation de l’Aide sociale à l’enfance de Paris.

Parmi les autres jeunes, 5 jeunes ont fait une procédure de recours devant le juge des enfants et ces 5 recours ont été clôturés par un jugement de non-lieu. Ensuite, 6 jeunes avaient été évalués majeurs par le département du Val-de-Marne et tous ont été déboutés par le parquet de Créteil. De plus, 3 jeunes relèvent d’une procédure de recours encore en cours.

Enfin, 28 identités sont impossibles à retrouver car soit il n’y a pas de date de naissance, soit il y a homonymie. On ne peut donc pas dire qu’on n’a pas fait notre travail. Il s’agit avant tout de jeunes majeurs.

Certaines associations, comme MSF, vous reprochent de faire des refus de guichet en rejetant d’emblée des jeunes présumés majeurs…

D.V. : Ceci est faux. Il n’y a pas de jeunes qui sont évalués au faciès. Tous les jeunes qui se présentent au Demie font l’objet d’un entretien d’évaluation. Le premier entretien dure environ une demi-heure et il est fait à partir d’une grille de questions élaborée par un groupe auquel ont participé des avocats du bureau mineurs sur la base du décret et de l’arrêté relatifs à l’évaluation de la minorité et de l’isolement.

Les questions qui sont posées concernent la situation du jeune, sa famille, son parcours migratoire, pourquoi il a décidé de venir, s’il est venu seul, etc. Comme le précise le décret, cela dessine un faisceau d’indices qui amène à considérer qu’il est plutôt mineur ou plutôt majeur. Nous travaillons d’ailleurs sur une notification qui pourrait être remise au jeune en cas de refus après cet entretien.

Ceux qui sont considérés comme mineurs à l’issue de cette étape sont pris en charge immédiatement par l’aide sociale à l’enfance. Ceux pour lesquels nous avons un doute ont été mis à l’abri le jour même dans un dispositif géré par France terre d’Asile, qui comprend 300 places d’hébergement tous les soirs. Nous sommes le seul département à faire autant d’efforts pour la mise à l’abri. Celle-ci dure le temps d’une évaluation complémentaire, à l’issue de laquelle les jeunes sont déclarés définitivement mineurs ou pas.

En 2017, 6 676 jeunes ont été évalués une première fois et 3 622 d’entre eux ont été estimés « manifestement majeurs » et ont été réorientés vers les dispositifs pour les majeurs dont nous leur donnons la liste. Les 3 054 autres ont été mis à l’abri dans l’attente de l’évaluation complémentaire. Au terme du deuxième entretien, 1 170 ont été confirmés mineurs et ont été pris en charge par l’aide sociale à l’enfance.

Pour 2017, nous n’avons pas encore les résultats des recours que peuvent faire les jeunes devant le juge des enfants. Mais pour 2016, je précise qu’il y avait eu 397 recours et que 85 % ont confirmé la non-minorité. 15 % ont été requalifiés mineurs, ce qui représente environ 60 jeunes.

Le gouvernement doit dire prochainement s’il reprend bien à sa charge l’évaluation et la mise à l’abri des mineurs isolés. Le souhaitez-vous ?

D.V. : À Paris, nous avons beaucoup fait pour les mineurs isolés, je dirais même qu’on a fait le maximum. Nous accueillons de manière permanente 1 400 mineurs non accompagnés, avec un budget de 80 millions par an. Alors que beaucoup de départements en Île-de-France laissent les jeunes dans les rues jusqu’au rendez-vous d’évaluation, nous les mettons à l’abri. Alors que beaucoup de départements ont diminué les contrats jeunes majeurs, qui permettent d’accompagner le jeune dans ses études ou sa formation au-delà de ses 18 ans, nous les avons augmentés. On a vraiment l’impression d’avoir fait tout ce qui était en notre pouvoir.

Ceci dit, certaines associations trouvent manifestement que ce n’est pas suffisant. La procédure d’évaluation de la minorité est il est vrai très complexe et ne satisfait pas tout le monde. Nous souhaitons donc, comme l’Assemblée des départements de France, que l’État reprenne à sa charge l’étape de l’évaluation et de la mise à l’abri, et nous confie les jeunes reconnus comme mineurs dans le cadre de l’aide à l’enfance.

Nous souhaitons aussi que l’État crée des centres d’hébergement pour jeunes majeurs de 18 à 25 ans. Le 115 n’a pas assez de place et il est vrai que ces jeunes doivent être protégés. Mais c’est à l’État de prendre ses responsabilités. »

Voir en ligne : https://www.la-croix.com/France/Exc...

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