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Paris : des associations dénoncent la négligence de l’ASE après le suicide d’un mineur isolé

Publié le 19-03-2018

Source : www.infomigrants.net

Auteur : Julia Dumont

« Un Pakistanais de 17 ans a été retrouvé mort noyé dans la Seine le 14 février. Il avait obtenu la protection subsidiaire de l’Ofpra mais souffrait de graves troubles psychiques. Les associations d’aide aux migrants dénoncent le manque de suivi de l’Aide sociale à l’enfance de Paris.

"C’est insupportable". Pierre Duterte, psychiatre à l’association Parcours d’exil, n’a pas d’autres mots pour qualifier la mort de Malik Nurulain, un Pakistanais de 17 ans retrouvé sans vie dans la Seine le 14 février 2018.

Ce jeune homme, qui se faisait appeler Nour, était arrivé à Paris en décembre 2016, à l’âge de 15 ans, et souffrait de troubles psychiques. Dans un communiqué publié vendredi 16 mars, quinze associations d’aide aux migrants mettent en cause l’Aide sociale à l’enfance (ASE) de Paris dans ce drame. Elles estiment que Nour n’a pas bénéficié d’un accompagnement adapté à sa grande fragilité psychique.

"Nous dénonçons l’inaction de l’ASE de Paris qui, selon nous, relève d’une situation manifeste de non-assistance à personne en danger […] L’ASE a failli à son devoir de protection", déclarent-elles.

Traumatisme

Reconnu mineur plusieurs mois après son arrivée en France, Nour avait été confié en juin 2017 à l’ASE de Paris "jusqu’en 2019, année de sa majorité", explique Dalila Abbar, juriste à l’association Parcours d’exil.

"Nous lui avions donné un certificat médical expliquant que Nour avait certainement subi un traumatisme et qu’il était en situation de fragilité. Le juge pour enfants avait reconnu la nécessité qu’il bénéficie d’un accompagnement thérapeutique", ajoute-t-elle.

Enlevé au Pakistan sur le chemin de l’école et séquestré pendant trois jours, Nour a toujours affirmé avoir été torturé. En janvier 2018, l’Ofpra l’a reconnu victime d’une action criminelle et lui a accordé une protection subsidiaire.

"Son psychiatre disait qu’il avait besoin de suivi à l’extérieur"

Nour est d’abord placé par l’ASE dans un foyer porte des Lilas, dans l’est de Paris. Mais il s’acclimate mal et doit être hospitalisé pour une grosse crise d’angoisse. Pour Pauline Mouton, une amie de Nour rencontrée quand elle était bénévole pour Emmaüs au centre de la Chapelle, l’ASE n’a pas assuré correctement le suivi du jeune homme : "Ses vêtements, restés au foyer porte des Lilas, ne lui ont jamais été apportés à l’hôpital. Son psychiatre nous disait qu’il n’avait rien à y faire, qu’il avait seulement besoin de suivi à l’extérieur mais, faute d’encadrement au foyer, Nour est resté quinze jours à l’hôpital."

À sa sortie, l’adolescent intègre un autre foyer, porte de Clignancourt. Le jeune homme s’y sent mieux mais, au bout de quelques mois, la confirmation de son statut de mineur l’oblige à changer de lieu de vie. Il est alors placé, en octobre, dans un hôtel de la rue des Martyrs, faute de place dans un foyer adapté. Sa situation se détériore.

"Il avait un rendez-vous tous les quinze jours avec son éducatrice spécialisée de l’ASE et un rendez-vous par mois à l’hôpital Avicenne. Il était livré à lui-même", déplore Pauline Mouton. En décembre 2017, Nour est de nouveau hospitalisé à la suite d’une tentative de suicide dans la Seine.

Un adolescent qui "avait envie de vivre"

Trop fragile pour vivre seul, Nour n’avait pas pour autant baissé les bras, assure son amie. [...] "Il était scolarisé au lycée Marx Dormoy dans une classe spécialisée et envisageait de se lancer dans la cuisine". Pour elle, "sa tentative de suicide de décembre était un appel à l’aide".

Contactée par InfoMigrants, la mairie de Paris, dont dépend l’ASE, assure que les services avaient pris la mesure de la complexité du cas de Nour. "Les équipes de l’ASE sont extrêmement affectées, notamment les personnes chargées de son suivi", déclare l’Hôtel de ville. L’administration souligne en outre que l’adolescent bénéficiait d’un suivi renforcé, s’était vu prescrire un traitement médicamenteux et qu’une demande de prise en charge dans une structure plus adaptée à sa situation était à l’étude.

Pauline Mouton confirme que Nour avait un traitement à prendre pour prévenir ses crises d’angoisse. "Mais comme il était seul au quotidien, il ne prenait pas ses médicaments de son propre chef parce qu’il n’aimait pas l’état dans lequel ils le mettaient."

Entre fin décembre et février, Nour a encore été hospitalisé un mois et demi. Sorti de l’hôpital le mercredi 7 février, il appelle Pauline Mouton deux jours plus tard et lui propose qu’ils se voient. "Le lundi suivant, son téléphone ne répondait plus. L’ASE m’a dit qu’ils n’avaient pas de nouvelles mais il ne s’est rien passé. Ce n’est que le 19 février que j’ai eu un mail de l’ASE m’informant qu’ils avaient fait un signalement de fugue auprès de la brigade des mineurs", raconte Pauline Mouton. Nour a été retrouvé mort noyé quelques jours plus tôt, le 14 février. »

Voir en ligne : http://www.infomigrants.net/fr/post...

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