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Que faire face au phénomène des “enfants des rues” qui prend de l’ampleur à Paris ?

Publié le 4-04-2018

Source : www.lesinrocks.com

Auteur : Olivier Mialet

« A la Goutte-d’Or à Paris, des mineurs isolés squattent rues et jardins. Les responsables politiques tentent de réagir face à cette situation inédite.
Depuis un an et demi, le quartier de la Goutte-d’Or, connu de longue date pour cumuler les handicaps : pauvreté, habitat dégradé, trafics en tout genre, est confronté à un nouveau problème qui, semble-t-il, a fait franchir un palier inédit dans les difficultés que rencontrent les habitants.

Des groupes de très jeunes garçons, de 14 à 17 ans, totalement "ingérables” selon le terme repris par la plupart des médias, se sont installés dans les rues et les squares du quartier et font régner la peur. Récemment de très jeunes filles se sont jointes à eux. Ce ne sont pas des enfants du quartier, ni à proprement parler des “migrants”. La vision de ces adolescents, hâves, sales, au regard halluciné du fait de leur consommation effrénée de colle, chahutant et se bagarrant entre eux, évoque des scènes du tiers monde. On songe, toutes proportions gardées, aux favelas de Rio, aux shégé de Kinshasa ou aux enfants des rues de Bamako.

Bagarres et agressions

La presse les évoque régulièrement, et en décembre dernier, une photo de trois d’entre eux couchés dans les tambours d’une laverie pour échapper au froid a beaucoup circulé. Associations et riverains les appellent les "mineurs isolés marocains”, en insistant bien sur les guillemets car on ne sait pas très bien d’où ils viennent. Ils seraient une cinquantaine, ne parlent pas français, et s’expriment en arabe, mais deux des rares filles qui les accompagnent depuis peu ont confié à une habitante qu’elles étaient espagnoles et qu’elles avaient rencontré leurs compagnons de galère en Espagne.

Dans ce quartier à la réputation de ghetto et alors qu’une timide "gentrification” liée aux efforts indéniables de rénovation faisait bouger les choses, ces “enfants des rues” sont devenus le principal sujet de conversation. On raconte que des restaurants ont dû fermer à cause de la désertion des clients rebutés par les nuisances. Un commerçant qui tient une boutique pimpante de design déplore le changement d’ambiance : "Ici c’est un village, tout le monde se connaît. Nous avions installé un banc devant notre magasin. Maintenant même aux heures d’ouverture, nous devons fermer la porte à clef pour éviter les ennuis.”

Les agressions sont de plus en plus fréquentes et violentes, selon les habitants. Une enseignante raconte qu’il y a peu une jeune femme a été menacée d’un couteau devant son enfant qu’elle amenait à l’école. “Il sont imprévisibles, dit-elle, ils peuvent rester très calmes dans la rue et subitement se battre violemment”. Imprévisibles, c’est vrai : un cycliste du quartier témoigne qu’ayant glissé sur le macadam mouillé il les a vus se précipiter sur lui, mais c’était pour l’aider à se relever et ramasser ses affaires répandues au sol. Cependant en décembre dernier, Valérie Goetz, commissaire principale du XVIIIe, déclarait au Parisien : “Au début, ils se contentaient de menus larcins mais maintenant, ils sont passés aux vols à la tire, aux arrachages de colliers, aux cambriolages.” Ils auraient agressé deux personnes récemment.

Une méfiance viscérale vis-à-vis des adultes

Selon Colombe Brossel, adjointe à la Maire de Paris chargée de la Sécurité, ils sont apparus pour le première fois en 2016, "une trentaine, très jeunes, certains avaient peut-être 8 ans”. Contrairement aux rumeurs, ils ne semblent pas exploités par des réseaux ou des passeurs. Disparaissant brusquement, on les a signalés à Montpellier, à Nîmes. Puis ils sont réapparus à Paris. “C’est une situation qui n’est pas circonscrite à la Goutte-d’Or, explique-t-elle, mais à l’ensemble de la ville et qui commence à toucher la province. Un de mes collègues de Brest vient de m’annoncer qu’un petit groupe du même genre est arrivé en plein centre ville en face du commissariat.”

Selon un responsable de la Ville de Paris, la plupart seraient passés par l’enclave espagnole de Melilla, avant de sillonner l’Europe entière, on les retrouve jusqu’à Malmö, en Suède. Tous ne sont pas orphelins mais tous sont en rupture avec leur famille et manifestent une méfiance viscérale vis-à-vis des adultes. D’où leur refus de communiquer avec les éducateurs et d’intégrer des foyers d’accueil.

Les responsables politiques et municipaux désemparés

Face à ces troubles, les habitants du quartier n’ont pas manqué de réagir et d’interpeller les responsables politiques. En décembre dernier, une réunion houleuse avait eu lieu à la mairie du XVIIIe en présence des responsables locaux et d’Eric Lejoindre le maire PS de l’arrondissement. Des pétitions ont circulé, la dernière a été remise le 28 mars dernier, avec une nouvelle réunion le lendemain.

Les acteurs politiques et municipaux semblent désemparés face à la nouveauté et l’ampleur du phénomène. Rappelons que la loi française ne permet pas de forcer un mineur isolé à accepter une prise en charge par les pouvoirs publics. Des contacts ont été pris avec les autorités marocaines afin évoquer des possibilités de renouer avec les familles.
(...)

Un partenariat a été engagé avec le Casp (Centre d’action sociale protestante) pour un montant de 700 000 €. Une équipe pluri-disciplinaire est en train d’être constituée pour assurer cette mission, avec l’arrivée d’un nombre plus important d’éducateurs de rue expérimentés afin d’établir le contact avec ces mineurs en danger pour les intégrer dans un parcours de soin et de prise en charge. Selon la mairie, une équipe pluridisciplinaire de 13 personnes est présente sur le quartier et lors de l’accueil de nuit. Cette équipe est composée d’éducateurs de rue, de médiateurs ainsi que d’un infirmier, et d’une psychologue de rue ; à terme le dispositif comptera 20 salariés, jour et nuit.

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Voir en ligne : https://www.lesinrocks.com/2018/04/...

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