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À Niort, une pause précaire pour les jeunes migrants

Publié le 14-11-2018

Source : La Croix

Auteur : Laureline Dubuy

Extraits :

« Le nombre de migrants se disant mineurs non accompagnés a été multiplié par neuf en trois ans dans les Deux-Sèvres. Le département, des associations, des clubs sportifs et de nombreux particuliers tentent de faire face.

Ce jeudi matin, les premiers clients commencent à arriver dans le marché couvert des Halles de Niort. Francky Blanc, le volailler, prépare des poulets sur l’un de ses deux bancs. À quelques mètres, Barry, 18 ans, tient le deuxième étal. « Barry vient du Nigeria. Je n’avais jamais pris d’apprenti avant lui. Au bout d’un an, j’ai totalement confiance. C’est formidable ce qu’il fait, raconte Francky Blanc. Il passe très bien avec les clients. Ce gamin a la niaque et l’envie de s’en sortir ».

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« Si on veut que ces jeunes soient acceptés dans la société, il faut qu’ils aient un travail. Il y a besoin de main-d’œuvre dans tout l’artisanat. » Cette première expérience réussie, Francky Blanc a pris un deuxième apprenti, Kao, 17 ans, jeune migrant lui aussi, originaire du Mali et arrivé en France il y a deux ans.

« Gagner un patron » comme disent Barry et Kao, c’est ce à quoi aspirent la grande majorité des mineurs non accompagnés (MNA) qui arrivent dans les Deux-Sèvres. « La première urgence pour eux, c’est de trouver un toit et de pouvoir manger. Mais très vite, ils veulent travailler, car ils ont compris que c’est ce qui leur permettra de subvenir à leurs besoins et de rester en France une fois majeur, explique Patricia Vincendeau, conseillère à la Mission locale Sud Deux-Sèvres. Toutefois, il faut que ces jeunes soient reconnus mineurs par le département et donc pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) pour pouvoir signer un contrat d’apprentissage. »

Moins d’un jeune sur cinq reconnu mineur

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Les évaluations sont menées plusieurs semaines, voire plusieurs mois, après leur arrivée, par « des professionnels formés par l’association France terre d’asile », explique-t-il. Les papiers d’identité, pour ceux qui en possèdent, sont envoyés à la Police de l’air et des frontières pour vérification.
Dans les Deux-Sèvres, le phénomène des mineurs non accompagnés est récent mais prend de plus en plus d’ampleur. Fin 2015, ils étaient 49. Trois ans plus tard, ils sont neuf fois plus nombreux. Gilbert Favreau explique cette augmentation par le fait que « ces jeunes migrants, en majorité des garçons originaires d’Afrique subsaharienne – Guinée Conakry, Côte d’Ivoire et Mali – passent désormais par l’Espagne depuis que l’Italie a durci sa politique migratoire. Ils débarquent ensuite par le train à Niort. Les réseaux de passeurs savent où les envoyer ».

Cette question pèse sur le budget du département, qui compte un peu plus de 385 000 habitants. En 2018, leur prise en charge s’élève à 6 millions d’euros, trois fois plus qu’en 2016. « L’État ne fait rien à mon sens au niveau de la politique migratoire et ne paie que 10 à 15 % de ce que nous coûte cet accueil. C’est d’autant plus problématique dans le contexte de réductions des dotations aux collectivités locales », insiste-t-il.

À ce jour, il n’existe pas de fichier national des jeunes déjà évalués majeurs

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« Comme il n’existe pas de fichier national de données, certains tentent simplement leur chance dans d’autres départements », constate Maître Serge Donzel, spécialiste du droit des étrangers. Quant à ceux qui entreprennent la démarche, « l’évaluateur va entre autres regarder l’apparence physique du jeune, c’est éminemment subjectif. » Selon lui, on ne prend pas en compte le vieillissement prématuré lié à des parcours traumatisants, un phénomène reconnu par la cour d’appel administrative de Poitiers.

Des papiers d’identité considérés « non conformes »

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Peut-être qu’en Afrique on peut vivre avec un acte de naissance où il est écrit “tbn” au lieu de tribunal, mais quand on vient en France, les abréviations peuvent ruiner beaucoup de chances ».

Le jeune Malien, qui voudrait devenir cuisinier, a fait appel de cette décision, mais pour lui cela signifie « attendre encore » avec le risque d’un nouveau refus. « Ça fait bientôt un an que je suis à Niort et rien n’est réglé. Quand on arrive ici, on croit que toutes les mauvaises choses sont finies. Nos frères sont morts dans les mers là-bas. Arrivés ici, on n’est encore pas tranquilles », regrette-t-il.

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« Il faut que la France me donne une chance de m’intégrer »

Cette solidarité se concrétise aussi sur le terrain de foot de l’UA Saint-Florent à Niort. Le club amateur a remporté le trophée Philippe-Séguin de la Fédération française de football dans la catégorie « Égalité des chances ». Le premier mineur non accompagné y avait enfilé ses crampons fin 2015. « Depuis, le club a offert une douzaine de licences » raconte Rodolph Sarrieau, éducateur sportif.

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Pour les autres, des bénévoles font la classe. Ce jour-là, c’est expression orale avec un petit groupe de dix dans un hôtel. Les jeunes sont invités à s’exprimer sur ce que représente la France pour eux : « La France est un pays démocratique », « la France est moins corrompue que les pays africains », « il faut que la France me donne une chance de m’intégrer… ».

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Voir en ligne : https://www.la-croix.com/France/Imm...

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