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Les « enfants fantômes » d’aujourd’hui en Afrique sont les apatrides de demain

Publié le 23-04-2019

Source : Le Monde

Auteur : Matteo Maillard

Extraits :

«  Plus d’un tiers des mineurs sans état civil dans le monde sont issus du continent. Non déclarés à leur naissance, ces jeunes se retrouvent sans droits.

(...)

« Un enfant a le droit et le devoir d’avoir un acte de naissance. Sans ça, vous n’existez pas, vous êtes des enfants fantômes. »

Abdoulaye Harissou sait de quoi il parle. Lui-même a été un « enfant fantôme », l’un de ces invisibles, inconnu des registres de l’Etat civil de son Cameroun natal. Sa chance a été d’avoir pu être « repêché » par un fonctionnaire, dont le fils était né le même jour que lui, a pu attester de son identité. Une vraie veine car, sans cette attestation, Abdoulaye n’aurait jamais pu poursuivre ses études et devenir notaire. (...)

Le premier des droits

En ce mois d’avril, Me Harissou est revenu au Sénégal avec l’équipe de tournage : le producteur Michel Welterlin, la députée du Calvados Laurence Dumont (PS) et Laurent Fritsch, représentant du Conseil supérieur du notariat français. Ils sont venus ensemble présenter le film dans les villages où il a été réalisé, et alerter une nouvelle fois.

On estime qu’à travers le monde 230 millions d’enfants n’ont pas été enregistrés à leur naissance et sont aujourd’hui des « invisibles ». Ils n’ont accès ni à la gratuité des soins, ni aux bourses d’études, ni à la protection juridique des mineurs et ne pourront jamais voter. Environ 37 % de ces enfants vivent en Afrique, continent particulièrement concerné par ce drame qui prive « du premier des droits ». Car sans papiers les enfants sont des proies encore plus faciles pour le travail informel, les mariages précoces et forcés, et sont très tôt exclus de l’école. De nombreux pays, en effet, n’acceptent pas les élèves sans acte de naissance au-delà du primaire.

(...)

Globalement important en Afrique subsaharienne, le problème est particulièrement présent dans les pays en guerre, tels le Liberia, la Sierra Leone ou la Libye. Or ces enfants jamais enregistrés sont aussi plus facilement exposés à l’enlèvement et à l’enrôlement par des milices. « Quand nous avons écrit le livre en 2013, seuls 8 % des enfants de la République démocratique du Congo (RDC) étaient inscrits à l’Etat civil, explique Me Harissou, et le taux est encore plus bas en Somalie. » Au Sénégal, pays en paix, les enfants de Dakar peuvent rêver à leur avenir comme Fatou, 13 ans, qui veut être enseignante pour faire « comprendre et expliquer », dit-elle. Le film lui a fait prendre conscience qu’elle peut « dire non au mariage forcé » grâce à ses papiers. « C’est arrivé à des filles de mon quartier. Je le dirai aussi aux adultes qui veulent forcer mes amies », promet l’adolescente.

« Volonté politique »

Abdoulaye Harissou estime qu’il faudra trente ans, une génération, pour éradiquer ce problème mondial, même si, « en réalité, avec l’avancée des nouvelles technologies, cela pourrait aller plus vite », observe le juriste. (...)

En Côte d’Ivoire, Laurent Fritsch a assisté à la régularisation de 1,5 million d’enfants en trois jours. La législation du pays autorise en effet le procureur général à signer une ordonnance permettant l’obtention de nombreux actes de naissance en une seule fois. « L’enfant, c’est l’avenir, rebondit Me Harissou. Il faut que chaque adulte se rende compte qu’on ne peut pas abandonner l’avenir de tout un continent. » Des mots qui sonnent fort aux oreilles des jeunes enfants qui tous connaissent quelque part un moins chanceux qu’eux, juste passé entre les radars de l’administration.  »

Voir en ligne : https://www.lemonde.fr/afrique/arti...

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