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Un ado dans la spirale de l’enfermement

Publié le 13-12-2019

Source : Mediapart, Dossier "Enfermement des mineurs", 8/9

Auteur : Paul Blanchard et Jeanne Lancelot de l’Observatoire international des prisons-sections française

Extraits :

« (...) Mohamed a grandi en banlieue parisienne dans un schéma familial complexe. Ses parents, séparés, obtiennent sa garde à tour de rôle. Suivi par la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales, il fait, dès le plus jeune âge, l’objet de plusieurs placements en foyer ou en famille d’accueil.

(...) D’un côté, le quotidien avec les éducateurs et les autres jeunes, entre enseignement et activités, lui laisse rétrospectivement de « bons souvenirs ». Mais de l’autre, il dit n’avoir eu droit, pendant ces cinq mois, qu’à une visite hebdomadaire d’une heure de sa mère et à deux week-ends de sortie. Le moindre de ses faux-pas fait l’objet de rapports à la justice. Des cure-dents introduits dans la serrure de sa chambre lui vaudront même un passage au tribunal, rapporte-t-il.

(...)

Mohamed a 16 ans quand il entre en prison. L’arrivée à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis est brutale. L’adolescent découvre la promenade et la violence des mineurs détenus entre eux. Sa cellule est dans un état tel que pour sa première cantine, Mohamed dit avoir dépensé tout son pécule en produits ménagers. La nourriture est « immonde » et en quantité insuffisante. Tous les matins, le jeune homme est réveillé à 6 h par le passage des surveillants. « Ils frappent à la porte et disent “t’es là ?”. Faut répondre, sinon ils reviennent. » Et après ? « Rien. On se réveille… » Contrairement au CEF, il y a très peu d’activités. Il n’ira à son premier cours que deux semaines après son arrivée.

(...)

Au bout d’un mois de détention, l’adolescent commence à se sentir mal. Il a perdu une dizaine de kilos, a « du mal à se réveiller », des difficultés de concentration ; il dort « quasiment toute la journée ». Le soir du 12 mars, Mohamed se sent plus mal que d’habitude. Il apprendra plus tard qu’il était en train de faire une acidocétose, complication grave d’un diabète de type 1. Il raconte : « Je tape à la porte, je sonne, je dis aux surveillants que je ne me sens pas bien, que j’ai des douleurs extrêmes au thorax. Pas de réponse. 22h30, je retoque, 23h, 23h30 je retoque, minuit je retoque. Un surveillant arrive et me dit que le médecin ‘‘est sur une autre mission, [qu’]il ne peut pas venir’’. Je n’ai jamais ressenti une douleur comme ça, j’ai mal dans tout le ventre et le thorax. Je crie de toutes mes forces pour que quelqu’un vienne m’aider. Les voisins de cellule s’inquiètent et me demandent ce qu’ils peuvent faire, me proposent des médicaments… Plus tard, je vomis, alors je retoque. Un surveillant passe et me dit qu’il y a ‘‘d’autres urgences’’. Et puis je m’évanouis. » Une surveillante le trouve le lendemain matin et l’emmène chez le médecin qui l’examine et le renvoie en cellule. Il y perd à nouveau connaissance. La surveillante décide de le ramener à l’unité sanitaire, où il s’évanouit encore deux fois. Mohamed sera transféré dans la matinée à l’hôpital de Corbeil-Essonnes, avant d’être finalement envoyé à la Pitié-Salpêtrière.

[*Tombé dans le coma*]

Les parents de Mohamed disent n’avoir été prévenus qu’à 14 h. On leur annonce alors que leur fils a été transféré à l’hôpital dans la nuit « pour des maux de ventre ». Où ? Impossible de le savoir avant plusieurs heures. Lorsqu’ils arriveront à la Pitié-Salpêtrière, à Paris, ils apprendront que le pronostic vital de leur fils – qui était tombé dans le coma – n’est plus engagé. Ils seront autorisés à le voir dix minutes chacun.

La détention à l’hôpital est très dure pour Mohamed. Les policiers retirent le tuyau de douche pour empêcher qu’il se suicide. Ils dégondent également la porte ; il est obligé de se laver nu devant les policiers. « On voyait mes fesses, j’étais mal à l’aise. Déjà, quand on arrive en prison, on nous déshabille, on se retrouve tout nu devant les surveillants, je ne sais pas comment vous expliquer… On perd un peu en intimité, en dignité », confie-t-il.

Il attend que les journées se passent, sans aucune promenade ou activité. Il aura accès à la télévision la troisième semaine. « Imaginez-vous, pendant deux semaines, de 8 h à 23 heures sans télévision, dans un hôpital avec des policiers qui vous parlent mal, sans sortir, rien ! Clairement, je regardais le mur. »

(...)

Depuis sa sortie de prison, Mohamed souffre de fatigue chronique due à son diabète. Il a des accès de colère au souvenir de ce qu’il a vécu cette nuit de mars 2019. Ses parents ont porté plainte contre la prison de Fleury-Mérogis. »

Voir en ligne : https://blogs.mediapart.fr/observat...

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