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« Crise migratoire en France : à 18 ans, le saut dans le "grand vide" des mineurs isolés »

Publié le 9-10-2020

Source : Sud Ouest

Auteurs : Sud Ouest avec AFP

Extraits :

« Avant leurs 18 ans, les jeunes migrants sont épaulés par l’aide sociale à l’enfance, mais une fois la majorité arrivée, ils se retrouvent seuls et souvent à la rue.

Depuis le 2 avril 2018, Thierno ne fête plus son anniversaire. Sa vie d’enfant a basculé dans la "galère" le jour même de ses 18 ans. Pour lui comme pour de nombreux mineurs isolés étrangers, la majorité est souvent synonyme de rue.

"Deux ans de galère"

Lorsqu’ils arrivent en France, les plus jeunes migrants sont hébergés, scolarisés et accompagnés au titre de l’aide sociale à l’enfance (ASE). À leur passage à l’âge adulte, les plus chanceux intègrent un contrat jeune majeur (CJM), qui leur permet d’espérer une prise en charge jusqu’à 21 ans.

Pour tous les autres, commence alors une improbable course contre la montre vers la régularisation. En cas d’échec, c’est l’expulsion.

Thierno, un Guinéen de 20 ans à la coupe afro, a emprunté cette deuxième voie après quelques mois passés sous la protection de l’ASE à Meaux, en banlieue parisienne. "À 18 ans, on m’a mis dehors. On m’a juste dit ’c’est fini’. J’ai demandé aux éducateurs ’Mais je vais où  ?’, ils ont haussé les épaules. C’était le début de deux ans de galère. Tout le monde s’est écarté de moi", raconte le jeune homme, les mains dans les poches d’une doudoune sans manches.

Pour espérer obtenir des papiers, il comptait trouver du travail. "Mais comme je n’avais pas de papiers, je ne pouvais pas signer de contrat", se souvient dans un français fluide celui qui a fini par s’engager dans un CAP propreté et fait désormais le ménage dans une université.

Combien sont-ils dans son cas  ? Des centaines, estiment les associations, tant la poursuite de la prise en charge des 31 000 mineurs isolés étrangers recensés au 31 décembre dernier varie selon les départements.

"Grand vide"

Leur situation fait polémique depuis l’attaque au hachoir perpétrée il y a deux semaines à Paris par un jeune Pakistanais qui sortait tout juste de ce dispositif. "Ils sont lâchés dans la nature, beaucoup d’entre eux basculent dans une extrême précarité. C’est le saut dans un grand vide", déplore Christophe Daadouch, de l’Association d’accès aux droits des jeunes et d’accompagnement vers la majorité (Aadjam).

Pour une régularisation, les autorités demandent une promesse d’embauche. Mais les entreprises réclament des papiers en règle pour recruter, observe Christophe Daadouch : "c’est le serpent qui se mord la queue  !"

Dès 18 ans, on leur demande de trouver un travail, d’être autonomes, mais c’est trop tôt  ! Il faut d’abord soigner les traumatismes de l’exil.
Diodio Metro, présidente de l’association Repairs !95
"C’est dommage d’investir autant d’argent pour protéger des personnes, parfois depuis l’âge de 8 ans, pour ensuite les laisser dehors", explique-t-elle dans le petit local de Cergy (Val-d’Oise), où l’association accueille ce mercredi d’octobre une dizaine d’exilés en quête d’un repas chaud et d’un avenir.

Parmi eux, Ibrahima, un Malien longiligne de 18 ans. Lui aussi est dans la rue depuis le 31 juillet et dort dans des gares. Ce soir-là, Repairs !95 lui offre une nuit à l’abri, mais Ibrahima se demande surtout pourquoi l’ASE ne lui a pas permis d’aller à l’école pendant ses neuf mois passés en hôtel social.

"Dégringolade"

(...) »

Voir en ligne : https://www.sudouest.fr/2020/10/09/...

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