Ma jeunesse en papiers

Ils sont quatre mille environ, selon l’aide sociale à l’enfance. Peut-être autant dispersé dans la nature. Avec un statut fragile : mineurs et étrangers. Des jeunes isolés,venus d’Afrique ou d’ailleurs et ballottés de services en guichets, en quête de familles, de foyers. Un vrai parcours du combattant pour survivre et, comme ce jeune Congolais par exemple, décrocher un CAP. La France a un devoir d’accueil à leur égard, mais dans la pratique...Chacun se renvoie trop souvent la balle. A Lille, des bénévoles reconnaissent qu’ils se trouvent aujourd’hui débordés par l’ampleur du problème. [...]

Plus étrangers que mineurs, édito d’Élodie Beharel, Déléguée nationale de la Cimade en région Nord Picardie

L’article 20 de la Convention internationale des droits de l’enfant dispose que « Tout enfant qui est temporairement ou définitivement privé de son milieu familial (…) a droit à une protection et une aide spéciales de l’État ». Force est pourtant de constater que cette règle est aujourd’hui mise à mal par les pouvoirs publics français concernant les mineurs isolés étrangers.

Bien que la loi française soit claire : tout mineur « en danger » relève de la responsabilité de la protection de l’enfance confiée aux présidents des conseils généraux, ces jeunes sont de plus en plus souvent considérés comme étrangers avant d’être considérés comme des mineurs en danger qu’il faut protéger et leur minorité est sans cesse remise en cause.

La situation des mineurs isolés étrangers n’a jamais été simple et il est vrai que des réseaux de passeurs détournent le système. Mais ces enfants qui se retrouvent seuls en France, non accompagnés de leurs parents, relèvent d’abord de la protection de l’enfance et non du droit des étrangers.

Leur « accueil » est de plus en plus vécu comme une charge financière insupportable et non comme l’application d’obligations légales et morales. Alors que l’État et certains conseils généraux se renvoient la responsabilité de la prise en charge de ces enfants, un nombre grandissant de jeunes se retrouvent à errer dans les rues, de jour comme de nuit, à la recherche d’un refuge pour la nuit, exposés à la violence, aux réseaux de prostitution et autres trafics dangereux.

Nos permanences sont le témoin de cette dégradation des conditions de prise en charge des mineurs étrangers et un nombre croissant d’équipes Cimade tendent de pallier tant bien que mal à l’accueil des mineurs isolés étrangers dépourvus de tout dans l’attente d’une éventuelle entrée dans le dispositif de l’aide sociale à l’enfance. Or les associations n’ont pas à suppléer l’État quand celui-ci se désengage de la protection des plus fragiles.

Ce dossier de Causes Communes ouvre le débat en donnant la parole à la fois à des militants, à des jeunes, à une responsable de l’ASE ou encore à une juge. Car il est temps de poser un autre regard sur les étrangers, d’écouter leurs histoires singulières et de refuser de résumer ces hommes, femmes et enfants à un statut d’étrangers sans-papiers.

Ainsi nous ne pouvons accepter les discours qui veulent faire des mineurs étrangers isolés exclusivement une « charge » alors que ces jeunes, très soucieux de s’intégrer et avides d’apprendre un métier, constituent une richesse potentielle pour notre pays et le leur.

La protection de ces jeunes ne constitue pas seulement un impératif juridique, elle représente un des plus élémentaires principes d’humanité.

Voir le sommaire au lien suivant : http://www.cimade.org/uploads/File/admin/Causes%20Communes/CC75-sommaire.pdf et en version PDF ci-dessous :

Voir article "Mineurs isolés étrangers à Lille : entre humanité et réalisme" au lien suivant : http://cimade-production.s3.amazonaws.com/headlines/event_pdfs/4288/original/CC75-reportageLille.pdf?1359732913

Sommaire n°75
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