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"Les gamins sont abîmés" : le cri d’alarme des professionnels de la protection de l’enfance dans le Nord

Publié le 24-10-2022

Date de la publication : 24/10/2022
Source : France Bleu
Autrice : Alice MAROT

« Les professionnels de la protection de l’enfance du Nord tirent la sonnette d’alarme, dans tribune publiée le 17 octobre dernier. Selon eux, 1.000 enfants ne trouvent pas de place en foyer dans le département

Les professionnels de la protection de l’enfance sont au bout du rouleau dans le Nord. Dans une tribune publiée lundi 17 octobre dernier, travailleurs sociaux, juges et avocats alertent sur l’état catastrophique du secteur de l’aide sociale à l’enfance, l’ASE, avec un manque de places en foyer chronique, qui les empêche de bien accompagner les enfants.

Des jeunes ballotés de foyer en foyer

11.000 enfants sont concernés par une ordonnance de placement dans le Nord, mais selon les signataires, 1.000 d’entre eux sont sans solution durable. La situation empire depuis le Covid et son pic de violences intrafamiliales, à tel point que depuis le mois de juin, la moitié des travailleurs sociaux du département exercent leur droit de retrait. Ils ne se rendent plus aux audiences devant le juge des enfants.

"Les parents nous appellent à l’aide, en disant qu’ils vont faire quelque chose de grave à leur enfant"

"On a des jeunes qui ont fait une dizaine de foyers en même pas en an. Ils sont trimballés, lundi mardi ici, jeudi vendredi là", se désole Julie*, assistante sociale à l’ASE dans la zone Roubaix-Tourcoing. Parfois, des jeunes qui devraient être placés sont obligés de rester à leur domicile, potentiellement en danger : "Les parents nous appellent à l’aide, en disant qu’ils vont faire quelque chose de grave à leur enfant. Et la seule chose qu’on peut faire c’est dire qu’on n’a pas de solution." Elle avoue penser à changer de voie professionnelle, dégoutée par ces dysfonctionnements.

Les enfants "abîmés"

"Ça fait complètement perdre du sens à la décision de la justice", regrette Mathieu Bouery, juge des enfants à Lille et adhérent au syndicat de la magistrature. Il raconte le cas d’une fratrie où deux enfants devaient être placés, l’un l’a été, l’autre non, et vit toujours avec sa famille un an après la décision.
De quoi fragiliser encore plus des enfants dans une situation déjà délicate. Et ce sont les professionnels de l’ASE qui doivent gérer leur détresse. "Il n’y pas longtemps, un jeune m’a mis un coup dans côtes, raconte Théo*, éducateur spécialisé dans la même structure que Julie. On subit aussi cette violence, mais on n’a pas envie de les lâcher, on reste avec eux dans ces moments là."

"On nous met en danger et on met en danger les enfants"

"Les gamins sont de plus en plus abîmés quand ils arrivent", confirme Anne Antoine, famille d’accueil à Auchy-les-Orchies depuis 16 ans et représentante syndicale Sud. Elle décrit un système à flux tendu pour les plus de 2500 familles d’accueil du département. "On est très sollicités, certains prennent même plus d’enfants que leur capacité de base. On nous met en danger et on met en danger les enfants."

1.000 places supplémentaires

Le syndicat Sud réclame la création de 1.000 places, "rien que pour répondre à l’urgence", précise Olivier Treneul, travailleur social et porte-parole du syndicat. "II faudrait même aller au-delà, pour pouvoir faire un vrai travail sur mesure, trouver des places adaptées à chaque enfant."
Selon lui, entre 2015 et 2019, 700 places en foyers ont été supprimées par le département du Nord. Des chiffres contestés par le président du département, Christian Poiret : "Nous avions en 2015 4.080 places, nous en avons aujourd’hui 4.650", défend-il. Il affirme avoir rouvert 150 places en foyer, dont 109 sont déjà occupées, et 300 places supplémentaires en famille d’accueil. »

Voir l’article en ligne : www.francebleu.fr