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Témoignages en Normandie : migrants et mineurs, ils dorment dans la rue

Publié le 27-09-2016

Source : www.paris-normandie.fr

Auteur : Thomas Dubois

« Enquête. Encore mineurs, ils ont été contraints de fuir leur lointain pays pour arriver, seuls, en France. Loin d’y trouver la protection nécessaire, certains de ces jeunes migrants - parfois âgés de seulement 14 ans - survivent aujourd’hui dans les grandes villes normandes, en proie à la violence et à l’épuisement. La situation s’est suffisamment aggravée pour que l’ONG Médecins du Monde, à Rouen, interpelle les pouvoirs publics : en particulier l’aide sociale à l’enfance, compétence départementale concernée par le dossier. En Seine-Maritime, la collectivité ne nie pas la réalité des cas les plus alarmants, mais elle revendique par ailleurs la prise en charge de 250 mineurs isolés sur son territoire.

La plupart du temps, ils marchent. Toute la nuit. En attendant de pouvoir trouver un peu de répit dans les locaux de Médecins du Monde, à Rouen, qui les accueillent en semaine. « Mais le pire c’est le week-end : il n’y a pas d’endroit où se poser. Dès que l’on s’endort quelque part, on nous réveille », lâche Imad*. « Je suis un fils de la rue française », insiste-t-il, lui qui erre ainsi depuis quatre mois dans la capitale normande, à l’âge seulement de 16 ans, après avoir fui la Guinée.

L’adolescent fait partie de ces centaines de mineurs étrangers isolés dont la situation, mais aussi l’augmentation, alarment aujourd’hui les associations en Normandie. L’ONG Médecins du Monde fait ainsi état d’une vingtaine de jeunes actuellement laissés à la rue à Rouen - dont l’un âgé de 14 ans - faute de pouvoir bénéficier des services de l’aide sociale à l’enfance (ASE), compétence des conseils départementaux.

« Un pays qu’ils pensaient sûr et accueillant »

C’est en effet à elle que revient, en théorie, la prise en charge et l’accompagnement de ces jeunes migrants, qui, au fil de leurs pérégrinations respectives, sont arrivés en France sans la moindre ressource et sans la moindre attache familiale. Au nom de la Convention internationale relative aux droits de l’Enfant, « tout mineur, sur le territoire français, a le droit à une protection, qu’il ait des papiers ou non », réaffirme d’emblée Anne-Sophie Marie, coordinatrice régionale de Médecins du Monde Normandie. Or, l’ASE ne joue plus suffisamment ce rôle de bouclier, quitte même à être hors-la-loi, s’indigne l’association. Celle-ci évoque ainsi les cas de trois mineurs « toujours à la rue » malgré des obligations de placement provisoire au sein de l’ASE prononcées par le juge des enfants, début août. « Petit à petit, ils sont tous en état d’épuisement », témoigne Pascal Lissot, psychologue retraité, aujourd’hui bénévole pour Médecins du Monde à Rouen, et coresponsable de la mission auprès des mineurs non-accompagnés. « Ils traversent des moments de découragement, de dépression, mais aussi de colère : ils voulaient se protéger dans un pays qu’ils pensaient sûr et accueillant, et ce n’est pas ce qu’ils trouvent. »

Imad illustre parfaitement cette désillusion. « Je me sens totalement abandonné », lâche celui qui a fui la Guinée pour échapper à l’école coranique, seul avenir que lui destinait sa famille. Comme la plupart de ses camarades, son échouement à Rouen fait suite à une traversée de la Méditerranée éprouvante et très certainement traumatisante. « Je pense que la situation de stress de ces jeunes est largement sous-estimée par les services départementaux », assure Danièle Thuillier-Jugand, militant de RESF (Réseau éducations sans frontières) dans l’Eure. L’association cible avant tout la problématique éducative pour ces mineurs qui, âgés entre 16 et 18 ans, demeurent trop jeunes pour prétendre eux-mêmes à l’asile et suffisamment âgés pour ne pas être obligatoirement scolarisés. Quoique... « On confond l’obligation de scolarité et le droit à la scolarité : ce dernier prévaut et ne tient pas compte de la barre des 16 ans », souligne Danièle Thuillier-Jugand. Mais l’Eure ne compte à ce jour aucun établissement scolaire, aucune section susceptible d’accueillir ce public particulier, déplore la militante de RESF 27. « Comment construire un avenir sans formation ? On programme l’échec de l’intégration ».

À Rouen, Abdoulaye*, lui aussi Guinéen et âgé de 16 ans, se dit prêt à jongler entre l’école et la rue, s’il le faut. S’il n’est pas pris en charge par l’ASE, c’est parce qu’il n’a pas convaincu les services de sa prétendue minorité, à l’instar de ses autres compagnons d’infortune. Sans le moindre papier faisant office de preuve, il faut s’en remettre à des tests osseux – une méthode dénoncée par les associations qui la jugent peu fiable et dégradante - ou bien au jugement des interlocuteurs départementaux.

« Pas satisfaite »

Anne-Sophie Marie regrette à ce titre « des refus subjectifs » parfois basés sur la seule apparence physique. Pour Nathalie Lecordier, vice-présidente du Département de Seine-Maritime en charge de l’enfance et de la famille, ce contrôle est absolument nécessaire, au nom de la rigueur budgétaire. Car si le phénomène des mineurs isolés a tendance à s’amplifier (lire encadré), « il n’y a pas de financement supplémentaire de l’État », justifie l’élue. L’ASE - qui a connu par ailleurs un mouvement de grève avant l’été dénonçant le manque de moyens - doit donc se limiter strictement à son champ de compétences, appuie Nathalie Lecordier : les mineurs, et seulement eux.

Et si la conseillère départementale ne se dit « pas satisfaite » des manqués aujourd’hui mis en avant par Médecins du Monde, « il faut aussi parler de ce qui fonctionne, estime-t-elle : 250 mineurs non-accompagnés sont aujourd’hui pris en charge par l’ASE sur la Seine-Maritime ». »

Voir en ligne : http://www.paris-normandie.fr/regio...

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