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Démantèlement de Calais : le Conseil de l’Europe contredit Hollande

Publié le 15-10-2016

Source : www.humanite.fr

Auteur : Jean-Jacques Régibier

« Dans un rapport publié vendredi, le Conseil de l’Europe s’inquiète du fait que rien de précis n’a été prévu par la France pour prendre en charge les occupants du camp de réfugiés de Calais qui va être démantelé. Un constat qui va à l’encontre des propos tenus trois jours avant par François Hollande devant le même Conseil de l’Europe.

Mardi dernier, devant les parlementaires des 47 pays états membres réunis en session parlementaire au Conseil de l’Europe, François Hollande s’était montré catégorique : toutes les personnes installées dans le camp de Calais ( 7 000 selon ses chiffres ) se verront proposer une solution d’hébergement quand le camp sera démantelé, c’est-à-dire avant la fin du mois d’octobre. Le président français en avait donné « l’assurance », expliquant que ces hébergements dignes et décents leurs seraient attribués pendant tout le temps que demanderait l’instruction de leur dossier de demande d’asile. « Toute personne du camp se verra proposer une solution », avait-il déclaré. Il avait ajouté que selon lui d’ailleurs, l’essentiel des migrants actuellement installés à Calais, relevaient du droit d’asile, dressant ainsi un tableau quasiment idyllique de sa politique en faveur des migrants de Calais.

Ce n’est pas l’avis du Conseil de l’Europe.

A l’issue d’une mission effectuée sur place les 12 et 13 septembre, le représentant spécial du Secrétaire Général sur les migrations et les réfugiés, Tomas Boček, fait le constat inverse : pour lui, rien de suffisamment précis n’a été prévu par la France pour accueillir les migrants, un fois le camp de Calais rasé. Dans un long rapport extrêmement documenté, Tomáš Boček, se dit « préoccupé de voir que les autorités françaises n’ont pas encore publié de plans détaillés pour accueillir et prendre en charge tous les occupants de la « jungle de Calais », en particulier les mineurs isolés étrangers et les familles avant la fermeture imminente du camp. »
Il constate notamment qu’aucun recensement n’aurait été effectué pour faciliter l’exercice d’évacuation, ce qui selon les organisations spécialisées est pourtant un préalable. « Un recensement actualisé et précis est particulièrement important compte tenu des divergences entre les chiffres officiels et les chiffres non officiels et de l’absence de registre vérifiable des résidents du camp, » explique le représentant spécial sur les migrations et les réfugiés.
Si des assurances lui ont été données sur le fait que des solutions d’hébergement seraient bien proposées à chaque migrant dans des Centres d’Accueil et d’Orientation ( CAO ), Tomáš Boček, affirme qu’en revanche, « les autorités n’ont pas été en mesure de lui donner des détails précis sur ce qui est envisagé ni sur les modalités de démantèlement du camp. »
Ces remarques, faites à un moment où le gouvernement français parlait de raser le camp de Calais avant la fin de l’année, prennent un caractère d’urgence accrue maintenant que l’on sait que l’opération d’évacuation serait imminente : « ce délai risque d’être trop court, et d’empêcher les pouvoirs publics de prendre les mesures nécessaires pour que tous les résidents aient un hébergement adéquat », explique le rapport, constatant par ailleurs que certains maires résistent aux appels en faveur de l’ouverture de davantage de CAO, et qu’ « on ne connaît donc pas encore le nombre de places qui seront disponibles. »
Le représentant du Conseil de l’Europe, sur la base de l’avis d’experts, doute par ailleurs du « caractère approprié » des Centres d’Accueil et d’Orientation. Selon lui, les Centres d’Accueil de demandeurs d’asile ( CADA ) seraient « mieux équipés pour faire face aux besoins des demandeurs d’asile et favoriser l’intégration », notamment parce qu’ils dispensent très rapidement des cours de langue et coopèrent avec les organisations non gouvernementales.
Autre difficulté soulevée par le rapport : quel travail a été effectué pour convaincre les migrants de rejoindre les centres d’accueil ? S’il semble qu’aujourd’hui un peu plus de migrants souhaitent s’y rendre, soit pour effectuer une demande d’asile afin de faire leur vie en France, soit pour bénéficier des voix légales d’accès à la Grande Bretagne ( bien que là encore, aucune assurance n’existe que leur demande ait des chances raisonnables d’aboutir ), aucun élément ne permet d’affirmer qu’une fois le camp de Calais rasé, tous les migrants se retrouveront dans des structures d’accueil plus dignes.
La promesse faite par le gouvernement de suspendre les renvois effectués dans le cadre du Règlement de Dublin ( renvoi dans le premier pays d’arrivée ) pour ceux qui acceptent de se rendre dans un CAO, a peu de chance d’avoir les effets incitatifs escomptés. Cette promesse a en effet été « accueillie avec un certain scepticisme par les migrants et les organisations non gouvernementales, car toutes les préfectures n’ont pas respecté une promesse analogue qui avait été faite pendant l’évacuation de la zone sud du camp. »
Le rapport conclut qu’on ne sait donc pas « ce qu’il adviendra des personnes qui refusent de quitter la côte. Certains craignent qu’elles soient simplement transférées dans d’autres camps de la région ou déplacées le long de la côte en direction de la Belgique. »

Les enfants en situation critique

Toujours selon le rapport du Conseil de l’Europe, le démantèlement du camp de Calais effectué à la va-vite et sans préparation suffisante, risque d’être particulièrement grave pour les mineurs et les enfants, déjà en une situation critique.
Il y aurait actuellement entre les camps de Calais et de Grande-Synthe 1000 mineurs non accompagnés. « Rien n’est actuellement prévu pour leur offrir un hébergement et des services appropriés », note Tomáš Boček, qui regrette l’arrêt des travaux du centre qui avait été prévu à Calais, et constate que « faute d’hébergement approprié pour ces mineurs et en l’absence de tout système d’enregistrement, des enfants sont souvent portés disparus. »
Une situation que risque d’aggraver le démantèlement du camp de Calais quand on sait que plus de 100 enfants auraient déjà disparu lors de la démolition de la zone sud du camp en mars dernier.
« La démolition de la zone nord fait craindre des disparitions tout aussi nombreuses », explique le représentant du Conseil de l’Europe qui note que « rien n’a encore été dit sur ce qui sera fait pour les mineurs non accompagnés présentes dans le camp », ajoutant : « lors des discussions que j’ai eu à Paris, j’ai appris que des plans devaient être annoncés au début du mois d’octobre, mais à ce jour, aucun plan n’a été dévoilé. »
Si l’on en croit le très officiel rapport diligenté par le Conseil de l’Europe des deux côtés de la Manche, l’opération du démantèlement du camp de Calais annoncé par François Hollande à grand renfort de moulinets médiatiques, risque donc de se solder, comme les précédents, par un retentissant fiasco.
Les conclusions du rapport sont, sur ce point, sans ambigüité :
« Il existe de toute évidence un risque, plus ou moins grand selon les personnes auxquelles j’ai parlé, de voir les migrants revenir rapidement à Calais même si le camp est démantelé avec succès », juge Toma Bocek, qui ajoute : « Les autorités ont considéré que le renforcement de la sécurité à la frontière dissuaderait fortement les futurs arrivants. Mais cette supposition est largement gratuite et n’est pas confirmée par les tendances observées. Il n’existe pas, à ma connaissance, de plan clair pour que le camp ne soit pas reconstitué, soit sur le site actuel, soit ailleurs, dans les mois à venir. » »

Voir en ligne : http://www.humanite.fr/demantelemen...

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