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Fermer Calais... Et après ?

Publié le 20-10-2016

Source : www.lavie.fr

Auteurs  : Laurence Desjoyaux et Pascale Tournier

« Le démantèlement de la « jungle » est imminent. Les migrants seront répartis dans des centres d’accueil sur tout le territoire. Mais le problème est-il réglé pour autant ?

L’annonce début septembre de la fermeture de la « jungle » de Calais, validée le 18 octobre par la justice, a suscité une interrogation : que faire des migrants (environ 6000 selon les derniers décomptes) qui y vivent ? Pour y répondre, le gouvernement a choisi la dispersion.

En France, plusieurs centaines de centres d’accueil et d’orientation, les fameux CAO, vont accueillir des petits groupes de migrants le temps que leur cas soit étudié. Cette « mise à l’abri » dans un « centre de répit », selon les termes consacrés, n’implique pas le dépôt préalable d’une demande d’asile en France. On comprend la logique : d’une part, ces centres permettent de sortir les migrants des campements insalubres, d’autre part, au lieu de concentrer tous les problèmes dans les hotspots de Calais et du nord de Paris, cette délocalisation propose un traitement plus rapide et plus humain des demandes.

Depuis octobre 2015, le gouvernement a déjà expérimenté le dispositif pour décongestionner les squats parisiens et permettre aux migrants volontaires de quitter Calais. 6000 personnes ont ainsi été accueillies dans 164 CAO répartis sur 80 départements. 3000 sont déjà parties vers des Cada (centres d’accueil de demandeurs d’asile) ou dans la nature.

Opposition et violences

Ces opérations se sont déroulées dans une relative discrétion, grâce à des maires volontaires, de tous bords. « La carte géographique des premières villes accueillantes n’est pas la réplique de celle de la France catho ou de la France de gauche », remarque Jérôme Fourquet, auteur d’Accueil ou submersion ? Regards européens sur la crise des migrants (l’Aube). Suite à l’annonce de la fermeture prochaine de la « jungle », le ministère de l’Intérieur a identifié des lieux pouvant accueillir 7000 migrants. Il cherche encore 2000 places. « C’est déjà un exploit vu le contexte », souffle-t-on Place Beauvau.

Il est loin le temps où la photo du petit Aylan échoué sur une plage turque suscitait des élans de solidarité. Depuis septembre, la fronde gronde en France dans les villes où de nouveaux centres doivent être implantés. Chez Les Républicains, campagne pour la primaire aidant, les réactions à l’annonce d’une ­massification de ce dispositif ont été radicales : Nicolas Sarkozy a agité l’épouvantail de « mini-Calais » partout en France. À dessein : « Le sentiment diffus d’une perte de contrôle et d’une impuissance des autorités est ainsi véhiculé », observe Jérôme Fourquet. De son côté, Laurent ­Wauquiez, le nouveau président LR, s’est dit prêt à utiliser tous les recours pour s’opposer à l’arrivée du moindre migrant dans sa région Auvergne-Rhône-Alpes. Au Front national, Steeve Briois, le maire d’Hénin-Beaumont (62), a créé l’association Ma commune sans migrants.

À ces réactions politiques s’ajoutent des cas de violences sur le terrain. Deux futurs CAO ont été visés par des tirs de chevrotine, à Saint-Hilaire-du-Rosier (38) et à Saint-Brevin-les-Pins (44). La fronde a aussi pris la forme de manifestations, réunions publiques et demandes de référendum dans une vingtaine de villes. Les contre-manifestations favorables aux migrants n’ont pas réussi à faire le poids. « Tout se mêle chez les Français : la peur de violences, mais aussi celle d’un terroriste infiltré parmi les migrants et l’idée selon laquelle il faut d’abord essayer d’intégrer ceux qui sont là », remarque encore Jérôme Fourquet.

La nécessité d’adapter le dispositif

Pourtant, l’expérience des centres d’accueil existants montre que la coexistence entre migrants et habitants peut bien se passer. C’est le cas à Suresnes (92) ou à Varennes-sur-Allier (03). « Il y a eu deux cas d’incivilité par des migrants depuis l’ouverture du centre en octobre 2015, témoigne le maire de Varennes-sur-Allier. On est loin du fantasme. » Au pire, les habitants et les migrants – qui restent au maximum trois mois – se côtoient dans l’indifférence. Au mieux, des liens sont tissés, surtout quand les familles ont déposé une demande d’asile en France et ont intégré un centre d’accueil de demandeurs d’asile, comme à Pouilly-en-Auxois (21).
En revanche, concernant la méthode, de nombreux maires regrettent d’avoir été prévenus tard par la préfecture, voire d’avoir été mis devant le fait accompli. Et le choix d’implantation des centres semble parfois malheureux. À Gussignies (59), les habitants ont mis ainsi en avant le fait que leur village se situe dans un désert social pour justifier le rejet du projet de CAO. « Le moindre paquet de cigarettes, le moindre paquet de biscuits, la moindre carte téléphonique, c’est à 7km d’ici », rappelait le maire sur Europe 1. La préfecture a entendu les arguments.

Plus profondément, c’est la philosophie de l’action gouvernementale qui pose question. Florent Guéguen, président de la Fnars, la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale, n’est pas opposé au démantèlement de Calais, ni à l’orientation des migrants vers les CAO – « Il faut être pragmatique, la priorité est d’héberger les personnes » –, mais pointe la nécessité d’adapter le dispositif : « C’est toute la chaîne de la demande d’asile qui est aujourd’hui embouteillée… » Et de souligner : « On ne cesse de répéter que ces CAO sont temporaires. De fait, certains, qui étaient installés dans des centres de vacances, ont déjà été libérés. Il faudrait au contraire sortir de la gestion de crise pour assumer la dimension structurelle du problème. Vu la situation mondiale, le flux de migrants n’est pas près de se tarir. »

Voir en ligne : http://www.lavie.fr/actualite/franc...

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