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À la base du Parc, la vie suit son cours, les rêves d’Angleterre demeurent

Publié le 7-12-2016

Source : www.lavoixdunord.fr

Auteur  : Alice Favier

« Il y a un mois, après le démantèlement de la « jungle », quarante mineurs isolés étaient accueillis au centre d’accueil et d’orientation (CAO) à la base du Parc. La situation des trente-six adolescents encore présents a été étudiée. Trente-cinq ont fait une demande de regroupement familial vers le Royaume-Uni.

Le déjeuner vient de se terminer. Quelques tasses à café vides traînent encore sur les tables. Dans la salle à manger, les yeux sont rivés vers Samir, l’interprète afghan. Tous prêtent une oreille attentive à sa voix. L’homme est venu rappeler les règles de vie mises en place par l’AFEJI, l’association qui gère le CAO, un mois après leur arrivée à la base du Parc. Une demi-heure plus tard, Samir termine son allocution. C’est l’heure de la pause. Une dizaine de jeunes restent et encerclent l’interprète. Chacun a des questions à lui poser. Assis à ses côtés, Dost Mohammed, 13 ans, ne le lâche pas du regard. Comme trente-cinq de ses camarades, il espère rejoindre l’Angleterre. Il dit que ses cousins l’attendent là-bas. En attendant, il profite d’un peu de répit à la base. « Ici, on s’occupe de nous, tout le monde est gentil. On est tellement mieux que dans la « jungle ». »

Pendant que les uns continuent à discuter, une autre partie du groupe monte dans les chambres pour prier. « Ils ont un temps libre jusqu’à environ 14 h 30 », glisse un éducateur de l’AFEJI. C’est que les journées sont réglées comme du papier à musique. Réveil à partir de 7 h, petit-déjeuner jusqu’à 9 h, fermeture des douches à 11 h, déjeuner à 12 h 30, etc. « C’est la journée type dans l’idéal. Après, on s’adapte. Mais c’est important qu’ils suivent le règlement parce que le but, c’est aussi de les réinsérer », confie le même éducateur.

Chaque jour, un animateur des Éclaireuses et Éclaireurs de France co-anime les activités avec l’AFEJI. Aujourd’hui, Marc Dutilleul est allé faire une marche d’une heure et demie à travers les sentiers du hameau. « Il y en a qui aiment ça. Ceux qui participent aux activités sont toujours volontaires », note-t-il. Cet après-midi, un jeu de kin-ball, un sport collectif qui se joue avec un ballon de plus d’un mètre de diamètre, est au programme. L’activité ne rencontre pas un franc succès. La grosse balle est vite rangée. Visiblement, le football remporte davantage de suffrages.

Derrière, sur le terrain de volley, les notes folks d’un instrument résonnent. Il s’agit du dambora, sorte de guitare à cordes pincées typique d’Afghanistan. Posée sur une haie fraîchement taillée, l’enceinte diffuse la mélodie qui accompagne une partie improvisée. Une ambiance bon enfant règne. À l’intérieur, une salle d’activité sert à passer des coups de fil aux proches. Le réseau passerait bien ici. Le soleil se couche, le thermomètre affiche 3º C. Les sportifs rentrent au chaud. L’un d’eux qui voulait prendre une douche fait la moue. Il doit encore patienter un quart d’heure. Dans la salle à manger, le goûter se prend dans le calme. Dans les tasses, le thé a remplacé le café.

« Si je reviens chez moi, on me tuera »

Dans le doux regard d’Azim, 16 ans et six mois, les émotions se mélangent. La joie d’avoir pu joindre par téléphone sa famille qu’il n’avait pas entendu depuis deux mois. Le soulagement de constater qu’ils vont bien. Mais la peine de voir sa mère malade et de ne pas pouvoir faire quelque chose pour elle. « Je ne peux même pas revenir chez moi, sinon les talibans me tueront. » L’adolescent a quitté son pays pour leur échapper. Un jour, une bombe a fait sauter sa maison, tuant son père et une de ses sœurs. Blessé à la poitrine, il a dû être opéré du cœur. À son réveil, les talibans veulent le rallier à leur cause. « Ils m’ont montré comment fabriquer une bombe. » Il s’enfuit au bout de trois jours. Pour survivre, il n’a pas d’autre choix que de quitter son pays. Sa mère vend ses bijoux pour pouvoir lui donner un peu d’argent pour ce long voyage.

Lit, douches et radiateurs

Ému, il raconte son périple. Les coups perpétrés par la police en Hongrie et Bulgarie. Son année passée dans la « jungle ». Les douleurs de sa blessure mal cicatrisée. Ses nombreuses tentatives pour passer en Angleterre. La fois où il est revenu la main fracturée. En vain.

Depuis qu’il est arrivé à Morbecque, il dit se sentir mieux. « Ici, il y a un lit, des douches, des radiateurs, ça me suffit pour être heureux. » Il soulève son tee-shirt et montre sa cicatrice. Elle ne lui fait plus mal aujourd’hui. Il montre sa tête pour désigner un autre mal, sa dépression pour laquelle il est encore soigné. Comme ses camarades, il ne rêve que d’Angleterre où l’attend un cousin. Là-bas, le jeune homme qui parle cinq langues veut faire des études pour devenir médecin.

« On peut dire que c’est une réussite »

C’est incontestable. On est loin de la situation de l’année dernière où 76 migrants adultes étaient restés moins de trois jours. Cette fois, seuls quatre mineurs sont partis. Pour le reste, « tout se passe très bien, assure Jérémie Hermant, directeur de la base. On peut dire que c’est une réussite ». D’autant qu’une certaine mobilisation est en train d’émerger. « Le vendredi, une bénévole vient donner des cours de français. Les élèves du lycée des Flandres ont récolté des vêtements que nous irons chercher demain (mardi) avec deux mini-bus. La ville de Morbecque nous prête son city-stade ainsi que Steenbecque qui a également dégagé un créneau pour disposer de la salle de sport le mardi matin. » Parallèlement, les démarches de demande d’asile ou de regroupement familial vers l’Angleterre se poursuivent.

Parmi les trente-six mineurs, un seul souhaite rester en France, les autres ont été reçus par des représentants du Home Office (ministère britannique de l’Intérieur). La décision doit être rendue dans les prochains jours. L’espoir d’une nouvelle vie. »

Voir en ligne : http://www.lavoixdunord.fr/86019/ar...

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