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Paris World Cup : " Aujourd’hui, ce sont des sportifs, pas des réfugiés "

Publié le lundi 11 juillet 2016 , mis à jour le lundi 11 juillet 2016

Source : L’OBS

Auteur : Juliette Jabkhiro

« Du 5 au 11 juillet était organisé la Paris World Cup, tournoi de foot réunissant garçons et filles du monde entier. Et cette année parmi eux : une équipe mineurs isolés étrangers.

Vas-y ! Remets-toi dans l’axe ! Marque le 6, il est tout seul ! Bats-toi ! Bats-toi petit !", s’égosille le coach en bord de terrain, la voix éraillée à force de crier ses encouragements. Ce jeudi matin au stade Déjérine de Montreuil, une équipe d’ados joue son premier match de qualification du tournoi de foot Paris World Cup. Sous le soleil éclatant, les visages sont concentrés et ruissellent de sueur. Malgré un but encaissé à la première mi-temps, l’équipe se démène, refusant d’abandonner.

A première vue, des joueurs comme les autres, qui ont fière allure dans leurs tenues noires. Pourtant Diallo, Mamadou, Sami et leurs coéquipiers sont des "MIE", de jeunes mineurs isolés étrangers. "Ils ont tout le temps rendez-vous chez le juge, à l’hôpital... Quand ils ont l’esprit ailleurs que dans les galères administratives, c’est cool", explique Carter, l’un des coachs qui suit l’équipe pour le tournoi, sous l’égide de Jean-Eric Evina.

Dernière minute

Dirigeant du camp d’entraînement Evina Football Camp, il a accepté d’entraîner les MIE bénévolement. Pour le tournoi, il n’a pas eu beaucoup de marge de manoeuvre : "J’ai fait l’équipe en trois jours ! Les jeunes se donnent à fond mais ils rencontrent la plupart du temps des équipes organisées. La Paris Cup, ça se prépare pendant des mois. Mais ils ont l’envie, et ils se battent." En effet, l’équipe baptisée "World Timmy" a été constituée à la dernière minute, à l’initiative de l’équipe de la Paris World Cup.

Mais comment donc a surgi l’idée de monter une équipe avec des mineurs isolés ? François Claret de Fleurieu, fondateur du tournoi, raconte :
"Je gère un club à l’année dans Paris, dans lequel il y a quelques joueurs qui sont réfugiés. C’est un de leur coéquipier qui a eu l’idée de constituer une équipe. Du coup on contacté des collectifs."

Petite précision : "Si la mairie de Paris est notre partenaire pour le tournoi, elle n’est pas à l’initiative. On a fait ça avant tout pour les jeunes, ce n’est pas une opération de com’. On a aussi parlé de ce projet à l’Unesco qui est notre partenaire pour le tournoi." C’est d’ailleurs l’Unesco qui a financé l’inscription de l’équipe au tournoi. Pour le reste, ce sont les bénévoles débrouillards du Collectif parisien de soutien aux exilés (CPSE) qui s’y sont collés.

Des gamins en or

Malgré les difficultés sur le terrain, le résultat est là. La veille, entre deux matchs de poules, ça se chambre et ça rigole dans les gradins. Les garçons boivent de l’eau, avalent un gâteau. Puis c’est la tournée de crème antalgique. Steeve s’est blessé dès les premières minutes du match. Il grimace de douleur, un peu déçu : "On n’a pas eu le temps de s’entraîner, de chauffer les muscles. Avec plus de temps on aurait gagné le trophée ! Là c’est dur."

Espérance, la cinquantaine, silhouette fine sous la crinière grise, supervise la joyeuse distribution de nourriture : "Qui veut une tomate ?". Elle s’occupe à plein temps de réfugiés au sein du CPSE, et l’organisation au pied levé de la participation au tournoi lui a donné pas mal de fil à retordre, à elle et aux autres bénévoles. "Quand le World Cup nous a proposé cette initiative, il fallait décider très vite, et j’ai lancé le truc." Il a fallu trouver des tenues de sport, obtenir des certificats médicaux, mobiliser les soutiens, organiser quelques entraînements de fortune.

"Ils ont accepté des conditions particulières, puisqu’ils n’ont pas tous de papiers." Parmi tous les jeunes qui ont entre 16 et 17 ans, pas moins de onze pays d’origine : Afghanistan, Bangladesh, Cameroun, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée, Libéria, Mali, Sénégal, Tchad et Soudan.

Espérance explique :
"On voulait montrer que même des gamins qui n’ont pas les moyens d’avoir du matériel, de s’inscrire dans un club, peuvent se battre contre des équipes entraînées. Et s’ils avaient les moyens, ils seraient tout aussi bons. C’est des gamins en or. Et aujourd’hui, ils sont des sportifs, pas des réfugiés."

Pourtant, seulement une minorité d’entre eux est prise en charge dans un centre. La plupart n’ont ni papiers, ni hébergement. Alors quand on interroge Pro, grand sourire espiègle et endurant sur le terrain, il préfère ne pas trop parler de sa vie d’avant, ou des complications du quotidien, des rendez-vous chez le juge, des tests osseux. Aujourd’hui, il est tout à la joie du jeu. "Être là, c’est super, c’est vraiment super."

Le foot échappatoire

Baldé, 17 ans, sourit timidement. On sent pointer la déception après les premières défaites en poules (1-0, puis 2-1).

"On a eu de la chance de participer, ça fait plaisir. Là, le problème c’est qu’on n’a pas eu le temps de s’entraîner. Parce que le football, c’est un sport de groupe, il faut prendre le temps de se connaître pour jouer ensemble."

Baldé vient du Sénégal et il joue depuis qu’il est petit. Ado, il intègre un club dans la région de Casamance. Il est à Paris depuis six mois et "rejouer au foot, c’est important". Surtout pour se sentir moins seul. "Avant on se voyait seulement comme ça ’salut’, ’salut’. Mais depuis qu’on joue ensemble, on se connaît mieux."

Une petite dizaine d’entre eux ont commencé à se retrouver un peu avant le tournoi il y a quelques semaines, dans le cadre d’une autre initiative, Melting Passes. Cette association sportive solidaire vient d’être lancée par Maud et Pierre, deux étudiants en droit qui préparent le barreau. C’est en discutant avec des mineurs isolés lors de permanences juridiques où ils répondent bénévolement à leurs questions administratives que l’idée leur est venue. "Le foot ça vient d’eux", explique Pierre.

"Dans les questions pratiques revenait celle de savoir comment pouvoir s’inscrire dans un club de foot."

Sachant que depuis 2009, la Fédération française de football déconseille à ses clubs de licencier des personnes en situation irrégulière...

"Le foot c’est un sport qu’ils pratiquaient déjà dans leur pays. C’est un moyen de penser à autre chose. En plus l’immense majorité n’est pas scolarisée, donc le foot ça permet de se divertir, d’oublier les galères."

Le tout jeune projet vient de lancer une collecte pour récolter des fonds. "Le projet c’est de les inscrire dans une fédération sportive alternative, la FSGT, moins regardante (avec raison !) sur la situation de ces jeunes, pour qu’ils puissent s’entraîner, et disputer des matchs tous les samedis. On veut créer un esprit de cohésion, de groupe. Créer des repères pour eux qui sont ici sans famille."

L’arbitre siffle la fin du match. Score final 1-0. L’équipe "World Timmy" n’a pas réussi à égaliser, ils ne poursuivront pas la compétition. La déception se lit sur les visages, mais les coachs les félicitent. "C’est important parce qu’ils ont besoin de nous. Je vais continuer à donner de mon temps pour eux." Loïc, le troisième coach, renchérit :
"C’est bénéfique, ça permet de donner un sens à leur vie qui est difficile en ce moment. Le sport leur apprend à ne rien lâcher."

Grâce à la motivation des bénévoles, Baldé et les autres ne sont pas prêts de raccrocher les crampons. Rendez-vous l’année prochaine ? »

Voir en ligne : http://tempsreel.nouvelobs.com/mond...


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