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Thérapie familiale chez les MIE : une impossibilité, un paradoxe, une solution ?

EXTRAIT DE LA NEWSLETTER N° 6 DE L’EFTA (EUROPEAN FAMILIY THERAPY ASSOCIATION)

Publié le lundi 1er février 2016 , mis à jour le lundi 1er février 2016

Source : http://www.parcours-exil.org

Auteur : Dr. Pierre Duterte

« Les Mineurs Isolés Étrangers (MIE), peuvent paraître, du fait de leur statut d’isolé, comme peu qualifiés pour une thérapie familiale. Ils ont eu le plus souvent, avant de se retrouver seuls en France et, malgré leur jeune âge, vu périr leur famille, ils ont pour la plupart été victimes d’insoutenables violences, ils ont parfois été amenés à faire la guerre à 7, 10 ou 15 ans. Même si parfois ces mineurs sont missionnés par leur famille pour « venir » travailler en France, il est impossible d’imaginer qu’ils puissent vivre cet « exil » comme un voyage, comme un séjour ! Me revient toujours à l’esprit ce jeune chinois, pour qui, devant une tristesse profonde que je ressentais en le croisant dans la cour du foyer où il était hébergé, j’avais dû insister auprès de « l’équipe éducative » pour le recevoir. Ceux qui l’avaient en charge n’en voyait pas l’utilité « car il ne posait pas de problèmes : « il savait pourquoi il était là, il avait été envoyé pour travailler » ! Peu de temps après le début de la première consultation le voilà qui me déclare « j’étais gentil pourtant ! ». Intrigué je lui demande de m’expliquer ce qu’il voulait à l’évidence me dire par là ! « Pourquoi mes parents m’ont jeté comme une poubelle, ça je ne comprends pas ! » et le voilà qui s’effondre en larmes, en proie à un désespoir profond. Il était certes missionné, en effet il savait pour quelle raison il était là, il était aisé de croire, (rassurant ?) de penser qu’il n’avait pas été maltraité, mais il souffrait intensément.

MIE=victime

L’importance pour moi est, comme le montre la situation de ce jeune homme, le constat que lorsqu’on parle de MIE, on parle de victimes ! On ne peut pas être mineur ou même jeune majeur, être seul et sans difficulté psychique ! Que dire de ceux qui ont traversé l’horreur indicible ? C’est ce passage du jour des 18 ans qui est souvent (et dramatiquement à mes yeux), vécu avec terreur par un(e) jeune pris en soins en France, ce jour fatidique est assimilé au moment où il va, une fois encore, « être jeté ». Comme si un jour (J-1) vous étiez mineur et donc aviez droit à une protection, et le lendemain, jour de vos 18 ans, vous êtes majeur donc « beaucoup plus grand dans votre tête ! ». Il me semble absurde de croire, ou même de feindre de croire qu’en termes psychologiques, il y a des caps aussi tranchés. La maturation traumatique ne touche pas tout le monde de la même façon. Même en reprenant l’image de Ferenczi, du fruit piqué par un oiseau, tous les fruits piqués ne changent pas à la même vitesse.

Et quelle famille ?

Être mineur isolé, c’est-à-dire être mineur, sans sa famille, (quelles que soient les nuances à apporter au terme “ famille ”) et vivre cette séparation à l’étranger, parfois à des milliers de kilomètres de son pays d’origine. Tous ces termes réunis font le lit d’une histoire, peut-être pas systématiquement traumatique, mais douloureuse, et dans mon expérience, si souvent particulièrement tragique et insoutenable. On m’objecte parfois que tous ne sont pas isolés, qu’ils ont de la famille en France, qu’ils ont quelqu’un à qui ils téléphonent, qu’on se demande si tout cela n’est pas que manipulation pour les faire prendre en charge etc etc… Et même si…. une famille qui, pour quelque raison que ce soit, de la meilleure (moins mauvaise) à la pire, vous laisse seul vous débrouiller dans le système de « protection de l’Enfance » n’est-ce pas une famille « traumatisante » ? C’est à minima une famille qui fait défaut au moment présent ! Ce faire défaut peut être lié à différentes causes. Par exemple la guerre, qui a fait que les parents sont morts ou ont disparu ; le défaut de fonctionnement de la famille qui a fait que celle-ci n’a pas vu à un moment donné d’inconvénients à ce qu’un enfant quitte le pays avec quelqu’un plus ou moins de confiance ou encore la disparition de membres de la famille. Parfois comme ce jeune Sri Lankais reçu il y a quelques mois, les deux : une partie de sa nombreuse famille avait été tuée par la guérilla, le reste (mis à part deux enfants, dont lui) emportés par le tsunami !

J’entends souvent parler de ces « situations » comme une espèce de fatalité liée à un état socioéconomique, mais si tous les parents de tous les pays où l’on ne mange pas à sa faim, où le travail n’est pas assez rémunérateur envoyaient leurs enfants à l’étranger, cela se saurait ! et combien de français devraient alors émigrer vers un autre « Eldorado ».

Ce sont, pour moi, des situations qui poussent à se questionner sur la nature de cette famille, et le vécu de l’enfant dans cette famille là, la globalisation n’est pas de mise ici. Et puis le fait qu’ils soient étrangers, n’implique pas n’importe quel éloignement de la famille. Certains enfants quittent leur famille à l’intérieur du territoire, restent en famille au sens large, mais les enfants ou adolescents que je reçois sont éloignés de leur famille et de leur milieu de 500 à 5000 kilomètres, voire plus, et savent qu’il n’y a pas, dans l’immense majorité des cas, de retour possible sans mettre en jeu leur vie !

Il est donc possible (pour moi indispensable), de penser que la situation de Mineur isolé est systématiquement traumatique parce que le fait d’être mineur ou très jeune majeur met ces jeunes gens dans une situation de vulnérabilité qui, après des événements dramatiques, les mets dans une situation où il ne peuvent être « tranquilles », obligés sans cesse qu’ils sont de veiller à se protéger, de se méfier de tout, d’être responsables, de ne jamais pouvoir souffler. Comment vivre comme un « jeune » ?
[...] »

Voir en ligne : http://www.parcours-exil.org/Therap...


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