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Lyes Louffok : « Nous espérons encore la proposition de loi de Brigitte Bourguignon »

Publié le jeudi 28 février 2019 , mis à jour le jeudi 28 février 2019

Source : TSA quotidien

Date : 28 février 2019

Auteur : Olivier Bonnin

Extraits :

«  L’Assemblée va-t-elle finalement se pencher sur le texte de la députée LREM, généralisant les contrats jeunes majeurs de 18 à 21 ans ? Si le gouvernement semble avoir pris d’autres options, Lyes Louffok, membre du Conseil national de la protection de l’enfance (CNPE), et lui-même ancien enfant placé, explique pourquoi il se mobilise encore pour ce texte.

tsa : le gouvernement, dit-on, se serait décidé à ne pas soutenir la proposition de loi de Brigitte Bourguignon « visant à renforcer l’accompagnement des jeunes majeurs vulnérables vers l’autonomie »… Quelles sont vos informations ?

Lyes Louffok : Effectivement… Ce texte déposé en juin 2018 n’a encore jamais été mis à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, et la ministre Agnès Buzyn semblait ne pas soutenir cette initiative, prise dans son coin par la présidente de la Commission des affaires sociales. Cependant, avec la mise en œuvre de la stratégie de prévention de la pauvreté, Brigitte Bourguignon est remontée au front, ces deux derniers mois, afin de le faire inscrire à l’ordre du jour.

Et la semaine prochaine doit se réunir la conférence des présidents de l’Assemblée, qui fixera l’ordre du jour pour les prochaines semaines. Nous espérons encore qu’elle inscrira enfin cette proposition de loi, pour la semaine du 25 mars, en séance publique, puisqu’elle est déjà passée en commission. Nous voulons arrêter de perdre du temps !

Pourtant, alors même qu’Adrien Taquet, en tant que député, avait cosigné le texte, voilà que comme secrétaire d’Etat, il refuse de le soutenir. Il nous l’a dit publiquement en février lors d’une soirée de Repairs, l’association des anciens de l’aide sociale à l’enfance (ASE). Il l’a redit lors de la présentation du référentiel contre « les sorties sèches », et de nouveau, pendant un déplacement dans le Val-d’Oise. Le secrétaire d’Etat explique qu’il ne souhaite pas créer un droit nouveau qui ne serait pas applicable. Et il cite l’exemple du Droit au logement opposable (Dalo), qui n’a pas empêché que des personnes soient à la rue… Mais c’est bien la responsabilité de l’Etat de se donner les moyens d’appliquer ses propres lois !

La proposition de loi est-elle donc condamnée ?

Ce sont encore les parlementaires qui votent les lois, et de nombreux députés sont mobilisés en faveur de ce texte, notamment autour du groupe d’études sur la protection de la jeunesse. Dans les couloirs, une fronde pourrait s’organiser, avec la députée LREM Perrine Goulet, qui s’est déjà investie pour une commission d‘enquête sur l’ASE – qu’Adrien Taquet aimerait limiter à une simple mission… Et en cas d’échec à l’Assemblée, nous pourrons encore compter, au Sénat, sur le socialiste Xavier Iacovelli.

Bien sûr, la proposition de loi de Brigitte Bourguignon pourra être amendée par les parlementaires. Mais ce qui compte, c’est qu’elle pose le principe de l’obligation du contrat jeune majeur de 18 à 21 ans. (...)

Mais au fond, le gouvernement ne rejette-t-il pas d’abord de nouvelles dépenses ?

(...) Après avoir investi dans l’avenir de ces enfants avec de l’argent public, pourquoi tout saccager, en ne proposant rien à leur majorité ? L’Etat paie déjà pour nous, en réalité, sous forme de CHRS ou encore de RSA. Il serait plus logique de dépenser cet argent pour un accompagnement digne, de 18 à 21 ans.

N’êtes-vous donc pas satisfait par le référentiel contre les sorties sèches de l’ASE, auquel vous avez contribué ?

Les propositions de notre groupe de travail, pour le logement, l’insertion, ou la mobilité, sont d’ordre pratiquo-pratique. Pour les mettre en œuvre, les conventionnements entre l’Etat et les départements vont permettre, notamment, de créer des postes de référents, pour coordonner les sorties du dispositif en lien avec les acteurs locaux. (...)

En outre, l’Etat ne consacrera pas plus de 12 millions d’euros, chaque année, à ce référentiel. C’est une honte ! Pour la protection de l’enfance, les départements investissent plus de 7 milliards d’euros, sans compter leur masse salariale.

Avec ces contractualisations avec l’Etat, chaque département doit pourtant s’engager, formellement, à mettre fin aux sorties sèches.

Mais où est l’indicateur d’évaluation ? Pour respecter cet objectif, il suffira d’accompagner un jeune pendant un mois puis de cocher la case. C’est intolérable. Il faut arrêter de bricoler, et déployer l’artillerie lourde. Il faut proposer obligatoirement un accompagnement, de 18 jusqu’à 21 ans. (...)

La mobilisation pour la protection de l’enfance paraît s’être renforcée ces derniers mois...

Elle évolue vraiment dans le bon sens, pour les enfants placés. Nous avons constitué un collectif informel, d’une vingtaine d’anciens de l’ASE, mobilisés notamment sur les réseaux sociaux, avec l’aide de la journaliste Françoise Laborde. Nous organisons une soirée le 12 mars à Paris pour donner la parole aux premiers concernés ainsi qu’aux parlementaires, tels que Brigitte Bourguignon, Perrine Goulet ou Xavier Iacovelli. Plusieurs reportages à la télévision, récemment, ont aussi donné la parole à d’anciens enfants placés. Récupérer la narration de nos propres histoires, cela me tient vraiment à cœur. Les professionnels ont longtemps parlé pour nous. Nous commençons à nourrir une pensée politique et à bâtir une stratégie de lutte. C’est nouveau en protection de l’enfance.

Cependant, si nous sommes maintenant capables de nous organiser, les professionnels ont encore beaucoup de mal à participer à nos luttes, ou à nous laisser de la place dans leurs propres cortèges. Le clivage demeure, comme avec les personnes handicapées ou dans l’exclusion. Nous avons pourtant les mêmes intérêts. Pour les contrats jeunes majeurs, ce serait bien d’avoir du soutien.

Mais vous êtes vous-même éducateur spécialisé ?

Pas encore, je suis en dernière année de formation. Je dois bientôt rendre mon mémoire... Le thème sera d’ailleurs « l’empowerment en protection de l’enfance, pour simplifier la transition à l’âge adulte ».  »

Voir en ligne : https://www.tsa-quotidien.fr/conten...


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