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Suisse - Jeunes déserteurs érythréens : Un saut dans l’inconnu pour échapper à la répression

Publié le mercredi 15 février 2017 , mis à jour le mercredi 15 février 2017

Source  : www.arte.tv

Auteur  : Une série de Jonas Dunkel

Date : 15 février 2017

«  Toute une génération de jeunes Érythréens fuient leur pays pour échapper à un régime totalitaire, à l’esclavage et à la torture. ARTE Info est parti en reportage dans un centre d’accueil pour jeunes demandeurs d’asile en Suisse.
Au centre d’accueil pour mineurs isolés demandeurs d’asile du canton de Berne, les nouveaux arrivants sont pris en charge dans le cadre d’un programme spécifique.

Le canton de Berne met en œuvre le dispositif préconisé par la convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant : une protection particulière pour les enfants demandeurs d’asile qui se trouvent en dehors de leur pays d’origine, avec une reconnaissance de leur droit à une aide favorisant leur épanouissement personnel ainsi que la mise à disposition d’une personne de confiance.

L’incertitude quant à leur avenir, le souvenir des épreuves vécues ainsi que les difficultés d’adaptation à leur nouvel environnement pèsent sur ces jeunes.

L‘Erythrée est le pays d’origine le plus représenté parmi les nouveaux arrivants. La Suisse et l‘Allemagne se partagent la plus grosse communauté érythréenne en Europe.

Notre reportage s’intéresse aux raisons qui ont poussé ces enfants et ces adolescents à fuir, tout en se penchant sur leurs perspectives d’avenir au sein de notre société.

Chapitre 1 - Seuls en terre inconnue

Les mineurs isolés en fuite sont particulièrement vulnérables. Leur parcours à destination de l’Europe dure souvent plusieurs années. En Suisse, le canton de Berne a mis en place un programme de prise en charge spécifique pour les nouveaux venus mineurs.

Collines qui moutonnent, fermes isolées et immenses forêts de sapins : dans le canton de Berne, le paysage autour de Huttwil est typique de la région de l’Emmental. Un centre sportif se dresse à un kilomètre du village. Depuis 2015, le nombre de demandeurs d’asile mineurs isolés ayant fait exploser les dispositifs d’accueil mis en place par les autorités, c’est désormais ce centre qui les accueille. Il n’existe actuellement aucune autre structure comparable en Suisse.

Les mineurs restent ici entre quatre et six semaines, avant d‘être répartis sur d’autres communes du canton.

La procédure est la même pour chaque arrivant. Ses effets personnels sont mis dans un sac, puis lavés à haute température. Les objets qui ne peuvent supporter un lavage sont congelés pendant vingt-quatre heures. Ces mesures sont destinées à lutter contre les acariens provoquant la gale dont sont infestés les jeunes réfugiés.

Des dons de vêtements permettent de les équiper d’une chemise, d’un pull, d’un pantalon, d’une veste et de chaussures. Pour commencer, on leur remet aussi un sac contenant une brosse à dents, une serviette de toilette, des sandalettes et de nouveaux sous-vêtements.

Après un interminable périple depuis l’Erythrée jusqu‘en Europe, les jeunes qui arrivent éprouvent souvent une immense impression de soulagement. Katrin Pfrunder du Zentrum Bäregg GmbH observe « qu’ils sont presque dans l’euphorie, parce qu’ils pensent ‘Ca y est, je suis en sécurité, je suis enfin arrivé et maintenant tout va bouger’. Notre expérience nous apprend que la phase critique arrive un peu plus tard ».

Itinéraires pour fuir l’Erythrée

L‘Erythrée est l’un des pays du monde qui se dépeuple le plus vite. En 2015, l’Agence des Nation unies pour les réfugiés a estimé à cinq mille par mois le nombre de personnes fuyant son territoire. 250 000 d’entre elles se trouvent dans des camps de réfugiés dans les pays voisins, au Soudan et en Ethiopie.

Le parcours le plus emprunté par les fuyards passe du Sahara à la Libye en crise, puis par la Méditerranée en direction de l’Italie. En 2016, l’Italie a enregistré 20 718 migrants venus par la mer depuis l‘Erythrée, ce pays se classant alors en deuxième position derrière le Nigeria.

Un autre itinéraire longe la Mer rouge pour arriver en Égypte, puis en Israël. Dans la péninsule du Sinaï, les réfugiés sont victimes de passeurs, de torture, d’exploitation et de viols comme en Libye.

Diaspora Erythréenne : Pourquoi la Suisse ?

Si l’on en croit le Eritreischer Medienbund, trente mille Erythréens vivent actuellement en Suisse, ce qui place depuis dix ans leur pays d’origine à la première place des immigrants accueillis dans la Confédération.

L’une des raisons en est la politique libérale menée à l’égard des demandeurs d’asile érythréens entre 2006 et 2016. La Commission compétente en la matière avait reconnu que le refus de faire le service militaire et la désertion motivaient une demande d’asile. Mais un amendement apporté à cette règlementation en juin 2016 a durci les conditions d’accueil en Suisse, notamment en ce qui concerne les Erythréens mineurs qui n’avaient pas commencé leur service militaire avant leur départ (voir chapitre 3).

De la frontière au Centre d’accueil

La première étape pour un jeune réfugié passe par l’un des huit centres d’accueil et d’enregistrement administratif répartis en Suisse.

La plupart des jeunes Erythréens qui arrivent en Suisse par la mer déposent leur première demande d’asile dans l’un des centres d’accueil situés à la frontière italienne. Ce centre procède à des examens médicaux, à un enregistrement de la personne ainsi qu’à une première enquête relative aux raisons motivant l’asile.

Les jeunes sont ensuite répartis sur les différents cantons.

Chapitre 2 - La prise en charge au quotidien

Le canton de Berne assure la prise en charge d‘environ cinq cents mineurs non accompagnés, avec diverses formes d’hébergement. Il leur est proposé un programme quotidien adapté en fonction de leur âge et un suivi médical, ainsi qu’un soutien psychologique. Chacun se voit par ailleurs attribuer une personne de confiance.

Moosseedorf est situé à onze minutes de voiture de Berne. Une ancienne ferme se dresse à proximité immédiate de la petite gare. C’est ici qu’a été installé sur deux étages un appartement communautaire pour onze adolescentes en procédure d’asile.

Cet hébergement fonctionne pour l’essentiel sur une base autonome. Les filles peuvent organiser elles-mêmes leur temps libre. Si elles s’en vont pour le week-end, elles laissent une adresse et un numéro de téléphone à l’encadrante de service. Il y en a toujours une à leur disposition, y compris la nuit.

La langue majoritaire de la communauté est le tigrinya, l’une des neuf langues parlées en Erythrée. Les jeunes filles appartiennent en majorité à l‘Église orthodoxe érythréenne et se rendent le samedi à Berne pour y suivre la messe. Des posters de Jésus et de la Vierge Marie décorent les murs des espaces collectifs et des chambres. On prie avant et après chaque repas.

Avec ses incessants allers et venues, l’ambiance est plus à l’harmonie qu’au centre d’accueil. Les adolescentes vivent depuis au moins un an et demi en Suisse et ont déjà une expérience de leur nouvel environnement.

L’appartement communautaire est l’une des solutions d’hébergement que le Zentrum Bäregg GmbH propose aux jeunes demandeurs d’asile. Il existe par ailleurs des foyers classiques, des appartements avec un encadrement thérapeutique et le placement chez des familles d’accueil ou des proches.

Le Zentrum Bäregg GmbH est compétent pour les enfants et les adolescents répartis dans le canton de Berne. Cette organisation respecte scrupuleusement les principes édictés par la convention des Nations unies pour les droits de l’enfant, qui demandent que soient garanties la prise en compte des besoins de protection spécifiques des mineurs non accompagnés demandeurs d’asile, un hébergement adapté en fonction de l‘âge, ainsi qu’un accès à la scolarité et à la formation professionnelle.

Pour favoriser un développement adéquat des mineurs en quête d’asile, un certain nombre de compétences et d’informations de base leur sont transmises dès le centre d’accueil. Par exemple : comment saluer un Suisse dans la rue ? Quels sont les rapports entre les hommes et les femmes ? Comment prendre un ticket de bus, comment faire ses courses au supermarché ? Les jeunes sont également informés du fonctionnement complexe de la procédure de demande d’asile pour les nouveaux arrivants.

Jusqu’à leurs 18 ans révolus, les enfants et les adolescents sont pris en charge par un nombre important d‘interlocuteurs différents. En dehors des encadrants et des animateurs dans les structures d’hébergement ainsi que du personnel enseignant, il existe un service de suivi médical. S’y ajoutent des permanences de consultation juridique ainsi que des équipes qualifiées pour le soutien psychologique. Par ailleurs, les demandeurs d’asile sont accompagnés jusqu’à leur dix-huitième année par des « case managers », c’est-à-dire des conseillers intervenant ponctuellement au cas par cas, par exemple pour un déménagement vers un nouveau type d’hébergement, des entretiens dans le cadre scolaire ou l’adhésion à un club sportif.

Une qualité d’accueil différente selon les cantons : Berne, un canton exemplaire

Selon le Secrétariat d’État aux migrations (SEM), le nombre de mineurs non accompagnés en procédure d’asile a plus que triplé en Suisse en 2015 par rapport à l’année précédente. Les cantons ont été pris au dépourvu par cette augmentation considérable. Le canton de Berne a ainsi vu arriver trente nouveaux enfants par semaine. Les fonds que la Confédération débloque pour leur prise en charge ont été souvent insuffisants et les cantons ont parallèlement été contraints de développer leurs structures d’accueil. Il a notamment fallu leur trouver des hébergements provisoires.

En Suisse, les différences entre les cantons au niveau de la qualité de l’accueil sont importantes. Celles-ci ont été mises en exergue en 2015 par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU. Les enfants qui ont fui leur pays jouent ainsi leurs conditions d’accueil à la loterie, en fonction du canton auquel ils sont affectés (voir à ce propos l’article duTemps du 27.10.2015).

En comparaison avec les autres cantons, celui de Berne joue un rôle de pionnier. En janvier 2017, il prenait en charge plus de cinq cents enfants et adolescents. Le Zentrum Bäregg GmbH a ouvert en janvier 2016 au centre sportif de Huttwil le premier centre fédéral d’accueil pour mineurs non accompagnés demandeurs d’asile (lire à ce propos le reportage du Berner Zeitung – en allemand).

Chapitre 3 - Le poids de l’incertitude

Les lenteurs de la procédure de demande d’asile ainsi que le travail psychique personnel sur leurs vécus passés respectifs ont tendance à freiner les jeunes dans leur désir de formation et d’intégration sociale.

Erythrée, Irak, Syrie, Afghanistan : des dessins hauts en couleurs des drapeaux nationaux de ces pays décorent les salles de classe du centre d’accueil. Les enseignants s’efforcent de proposer des cours structurés, tout en utilisant des méthodes ludiques.

Il existe des différences en termes d‘assiduité scolaire des mineurs. Certains sont très avides de participer, d’autres sont apathiques et regardent par la fenêtre, tandis que d’autres somnolent par instants. « L’apprentissage de la langue est la clé de l‘intégration », explique l’animateur Saïd Jallaway, un ancien réfugié érythtréen arrivé en Suisse il y a quinze ans (voir son portrait ci-dessous).

Tous les jeunes ne sont pas en mesure de mobiliser jour après jour toutes leurs capacités d’agir et de réussir. Cela n’est pas dû à un manque de motivation, précise la directrice d’école Sabine Aeschlimann, mais au fait que beaucoup d’entre eux souffrent d’insomnies et ont donc du mal à se concentrer dans la journée.

Divers facteurs de stress pèsent sur ces mineurs : la répression dans leur pays natal, les expériences vécues tout au long d’une fuite de plusieurs années à destination de l’Europe et la situation après leur arrivée dans un environnement inconnu. La phase d’euphorie du début sur le thème « J’ai réussi » cède la place à une prise de conscience du jeune qui réalise qu’il est condamné à attendre.

Car celui qui se trouve en procédure d’asile n’a les moyens de forger ni son présent, ni son avenir. Il lui est pratiquement impossible de travailler ou d’entrer en apprentissage. Ce qui tend à réduire la propension à agir sur une base personnelle et à s’insérer dans la société. « Lorsqu’ils se rendent compte que les choses n’avancent pas aussi vite qu’ils le souhaitent, cela peut souvent se traduire par un sentiment de frustration », fait remarquer Katrin Pfrunder.

Quand il s’agit d‘évoquer la vulnérabilité des enfants et des adolescents non accompagnés, les médias considèrent souvent comme risques majeurs le trafic d’êtres humains, les violences physiques et les viols, dit Katrin Pfrunder. Il est prouvé que ces dangers sont bien réels. Mais de l’avis de cette experte, les principales sources de désarroi sont plutôt de nature psychique : « D’une part l’incertitude des perspectives d’avenir […], d’autre part le manque de possibilités permettant de participer à la société et de s’y investir à la mesure de ses propres capacités et de ses points forts ».

Durcissement de la politique d’asile en Suisse : Litige à propos de la "sortie illégale du territoire" national

Le 2 février 2017, le Tribunal administratif fédéral a émis un jugement de principe, selon lequel les réfugiés originaires d’Erythrée ne pourraient plus obtenir l’asile en Suisse au seul motif qu’ils ont quitté illégalement leur pays natal.

En prononçant cet arrêt, le Tribunal administratif fédéral n’a fait que confirmer le durcissement de la politique d’asile à l’encontre des Erythréens, telle qu’elle est mise en œuvre depuis juin 2016 par le Secrétariat d’État aux migrations.

Cette décision concerne les demandeurs d’asile qui n’ont pas encore été incorporés pour le service national, en ont été dispensés ou en ont été libérés. Elle a donc des conséquences considérables pour les mineurs qui avaient choisi de fuir par peur des incertitudes inhérentes à ce service national.

Pour justifier ces pratiques plus draconiennes, le Secrétariat d’Etat aux Migrations se fondait sur le rapport d’une commission d‘experts qui prétend que les immigrés illégaux n’ont pas à redouter de sanctions en Erythrée qui découleraient de leur demande d’asile en Suisse (rapport du secrétariat d’Etat aux migrations de juin 2015 – en allemand).

Diverses ONG font valoir dans des rapports dignes de foi que les Erythréens qui retournent dans leur pays atterrissent directement en prison, étant donné que leur sortie illégale du territoire est considérée comme un crime. Ce n’est pas sans raison que le gouvernement érythréen a donné aux gardes-frontières l’ordre d’ouvrir le feu sur les immigrants illégaux.

Les conséquences de ce durcissement de la politique peuvent être dramatiques pour les enfants et les adolescents : en 2015, Amnesty International a informé les pays d’accueil que « les demandeurs d’asile érythréens refoulés de force sont exposés à leur retour à des risques accrus d’emprisonnement arbitraire, de torture et de mauvais traitements. »

En Erythrée, les peines et les sanctions ne sont pas prononcées par des tribunaux et sont donc de nature arbitraire.

Les opposants à cette politique de durcissement ont reproché en juin 2016 au Secrétariat d’Etat aux Migrations de céder à la pression des partis de droite en Suisse.

Chapitre 4 - Erythrée, le pays d’origine

En 2015, environ cinq mille Érythréens ont quitté leur pays chaque mois. En 2016, la commission d’enquête de l’ONU a évoqué des crimes systématiques contre l’humanité. Dans les camps d’internement et les sites gérés par les militaires, tortures, esclavage, viols et exécutions font partie du quotidien.

En Erythrée, il n’existe presque aucune famille qui ne souffre pas de ce régime totalitaire. Daniel raconte comment son frère aîné a été incorporé un jour dans l’armée et qu’il ne l’a plus jamais revu depuis. Samuel a dû cesser d’aller à l’école pour s’occuper de sa sœur malade, puisque leurs parents étaient décédés prématurément et que son beau-frère faisait son service militaire. Ce service dit national n’a pas de durée déterminée et peut dans certains cas se prolonger jusqu’à la cinquantième année d’un individu. Ce service militaire, avec l’impossibilité de décider soi-même de son avenir, est la cause principale de la vague d’immigration en provenance de l’Erythrée. Ceci vaut en particulier pour les mineurs.

Dans ce système, les enfants n’ont aucun choix. Au moment de la terminale, ils sont automatiquement incorporés au Centre national de formation de Sawa. Le diplôme de fin d’études se passe dans le cadre du service national, les étudiants et les étudiantes relevant alors de l’autorité militaire (source : UNHCR Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU – en anglais). Il peut arriver que des mineurs soient déjà incorporés dans le service national auparavant. Une situation relevée par plusieurs sources concordantes, telles que l‘organisation Child Soldier International ou le Service suisse d’aide aux réfugiés OSRA (en allemand, en 2011). Relèvent de cette catégorie ceux qui ont décroché de l’école comme Samuel, ainsi que des petits délinquants supposés et des immigrants illégaux.

« Les enfants sur place voient qu’ils n’ont aucun avenir“, explique Abdoulrazek Seid, militant des droits humains. Ils voient que des membres plus âgés de leur famille font leur service militaire depuis plus de vingt ans. « Si la durée du service militaire était réglementée, » il est convaincu que « plus personne ne quitterait ce pays. »

Il n’existe aucune alternative au service national. Même l’ancienne université du pays dépend des militaires. Ceux qui tentent de se rebeller, qui refusent de se soumettre aux règles draconiennes ou qui essayent de fuir se retrouvent en prison. Telle est l’expérience qu’ont vécue Abdoulrazek Seid, ainsi que les mineurs Samuel et Salam. Ce dernier énumère les noms des prisons. De sinistre réputation, elles ne sont pas accessibles aux visites de délégations étrangères. Le rapport de l’ONU sur les droits humains de 2016 (lien en PDF – en anglais) précise que ce n’est pas seulement dans les camps d’internement et les prisons, mais aussi dans toutes les autres structures militaires que la torture, l’esclavage, les viols et les exécutions sont monnaie courante.

Les rapports sur les droits humains émanant d’organisations telles qu‘Amnesty International font état de détenus enfermés dans des conteneurs en plein désert. Exposés à des chaleurs et à des froids extrêmes, ils sont nombreux à mourir dans de telles conditions.

Les prisonniers se voient privés de tous leurs droits et sont soumis à l’arbitraire le plus absolu. C’est pourquoi ils sont considérés comme des disparus que l’on ne revoit plus jamais. L’ONU évalue à dix mille le nombre de prisonniers politiques, mais Abdoulrazek Seid considère que ce chiffre est nettement plus élevé.

L’arbitraire ne s’applique pas qu’aux détenus, mais aussi à de simples citoyens sans histoire. Samuel décrit une situation où il n’est pas possible de s’éloigner de son propre quartier sans s’exposer à des dangers latents. Daniel parle de la nécessité d‘être « sur ses gardes » et « très concentré » chaque fois que l’on quitte sa maison.

Samuel et Daniel confirment qu’un climat de stress et de peur règne en Erythrée. Ils évoquent ainsi les contrôles de police ainsi que des razzias (des « giffas ») spontanées de la part des autorités érythréennes, qui sont qualifiées dans les protocoles du Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU de « rafles ». Elles permettent de recruter de force les personnes en âge de faire leur service militaire ; il est impossible d’en prévoir le moment et le lieu.

Chapitre 5 - En quête de perspectives

Parmi les réfugiés, le nombre de mineurs non accompagnés a doublé depuis 2014. Quel rôle peut avoir cette génération de jeunes réfugiés au sein de notre société ?

Daniel se présente sous un jour cordial, avec une apparence soignée. Ce jeune homme avenant est aussi un modèle de courage. Il participe à des manifestations politiques au cours desquelles il apparaît volontairement à visage découvert et sous son vrai nom devant les caméras. C’est sa démarche personnelle pour contribuer à faire connaître la situation dans son pays. Daniel ne séjourne que depuis un an et demi dans sa nouvelle patrie helvète, mais il en a appris la langue et a commencé un apprentissage de menuisier. Il souligne à plusieurs reprises qu’il souhaite acquérir son indépendance. Il n’est pas intéressé par l’argent, mais envisage de revenir un jour dans son pays et d’y transmettre les savoirs qu’il aura acquis.

Daniel est un parfait exemple des qualités que de jeunes réfugiés peuvent mettre en avant : de la personnalité et une volonté inébranlable. Ce sont aussi ces éléments que Katrin Pfrunder cite lorsqu’elle parle des capacités et des points forts de ces jeunes nomades : « Ils disposent d’un haut degré d’autonomie, ce qui constitue une ressource fort précieuse. Pas seulement pour eux et pour mener leur vie, mais aussi pour notre société ». La condition préalable essentielle étant que cette société offre à ces jeunes les chances idoines.

Pour lutter contre les préjugés dont souffre la communauté érythréenne, il faut, d’après Abdoulrazek Seid, que la diaspora se mobilise plus et participe intensivement à des campagnes d’information. Car nombre de citoyens européens ignoreraient les problèmes que connaît l’Erythrée.

Ce militant des droits de l’homme voit néanmoins des raisons d’espérer. Un débat public avec des experts a eu lieu en octobre 2016 à Zurich (Blackbox Erythrée). En décembre a été organisée à Berne une manifestation exhortant le gouvernement helvète à revenir sur le durcissement de la politique d’asile à l’égard des réfugiés érythréens.

Seid voit aussi un signe d’encouragement fort dans le fait qu’un nombre croissant d‘Erythréens osent participer au débat public. Plus de dix mille Erythréens en exil ont suivi un appel lancé en juin 2016 par diverses organisations, qui les invitaient à prendre position contre le régime, ainsi que pour rapport de l’ONU sur les droits humains (reportage d’Al Jazeera à Genève).

Une évolution par comparaison avec la situation antérieure : il y a quelques années, Seid rencontrait très peu de ses concitoyens lors de manifestations. Car la peur des agents des services secrets érythréens était encore omniprésente. »

Retrouvez l’ensemble des épisodes, photos et textes ici.

Voir en ligne : http://www.arte.tv/sites/story/repo...


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