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Visite surprise d’élus à la police aux frontières de Menton

Publié le lundi 9 avril 2018 , mis à jour le lundi 9 avril 2018

Source : www.politis.fr

Auteur : Vanina Delmas

Date : 1er avril 2018

Extraits :

« Trois élus se sont déplacés à la frontière franco-italienne pour observer les conditions d’accueil des migrants et renforcer les constats des associations de terrain. Reportage.

are de Menton-Garavan, 6h37. Le premier train en provenance de Vintimille arrive sous les trombes d’eau et les éclairs qui strient l’opacité du ciel bleu nuit. Dans leur uniforme de la même couleur, cinq CRS s’engouffrent dans les wagons à la recherche de migrants dissimulés pour passer la frontière franco-italienne. Ils ressortent quelques minutes plus tard, bredouilles. À chaque train le même scénario, tous les jours.

Samedi 31 mars, l’eurodéputée EELV du Grand Sud-Est, Michèle Rivasi, a fait irruption par surprise dans ce quotidien pour observer les pratiques « d’accueil » des migrants, et visiter le premier étage mystérieux de la petite gare. Depuis l’année dernière, les témoignages d’observateurs locaux et de migrants eux-mêmes indiquaient qu’il servait de lieu d’enfermement. Malgré les tentatives des associations, aucune information n’a pu être obtenue pour définir le rôle de ce mystérieux étage. Les agents acceptent de faire monter Michèle Rivasi, même si c’est « en mauvais état » et surtout le lieu où ils se reposent et vont aux toilettes.

La porte verte côté parking n’est pas verrouillée. Des tommettes de l’escalier manquantes, le papier peint du corridor arraché, la lunette des WC cassée... L’endroit est insalubre. Un CRS affirme :

Hier, nous avons attrapé 41 migrants. Nous les avons fait attendre dehors, en rangs d’oignons, pour les emmener à la PAF de Menton. Nous sommes là depuis seulement quinze jours, je ne sais pas si les précédents les faisaient monter dans cette pièce pour les ’’stocker’’.

Effectivement, pas de trace de vie. Exceptées onze chaises dans une pièce, deux dans une autre minuscule, et une dans une cuisine apparemment transformée en bureau. Des papiers traînent encore : des feuilles blanches avec des noms et prénoms écrits, des exemplaires de refus d’entrée, un petit guide sur le règlement Dublin... en anglais. Dans une pièce annexe – avec un petit radiateur électrique sous la fenêtre – d’autres documents sont collés au mur, avec des parties surlignées en orange, comme des modes d’emploi, ou des consignes. Sur la « Réquisition à transport réacheminement », la date a été masquée et une note ajoutée au crayon à papier (voir photo) : « Si presse sur place, pas d’embarquement de mineurs dans les trains pour Vintimille. » Des mineurs auraient été – ou seraient – donc renvoyés directement de l’autre côté de la frontière, sans même passer par la PAF ?


Vanina Delmas

[...]

7h15, au poste frontière de Menton. Le sénateur EELV de l’Isère, Guillaume Gontard, a commencé la visite des lieux, rejoint par Michèle Rivasi. Second volet de l’opération surprise des élus. Mais la presse n’est pas autorisée à suivre les parlementaires. C’est pourtant leur droit d’être accompagnés de cinq journalistes dans les centres de rétention et les zones d’attente. Argument du cabinet du ministère de l’Intérieur : ce n’est pas un lieu de privation de liberté. Pourtant, cela y ressemble beaucoup selon les conclusions des élus que rapporte Guillaume Gontard :

C’est clairement un centre de rétention qu’on ne nomme pas. L’espace au-dessus des Algeco est grillagé, ceux-ci ressemblent à des boîtes de conserve. Cette nuit, dix-huit migrants ont passé la nuit dans une salle fermée à clef, où il y a quelques bancs, certains ont dormi à même le sol. Il n’y a qu’un seul sanitaire et un point d’eau. Et les mineurs étaient mélangés aux majeurs."

[...]

Dans son blouson violet, Mamou aussi a froid, malgré le retour du soleil. Il reste un moment le regard tourné vers la vue magnifique qu’offre Menton, « la perle de la France », selon le panneau d’entrée de la ville. Ce jeune Érythréen de 16 ans montre aussi son papier de refus d’entrée : la date de naissance indique qu’il est né le 26 février 2000 et non 2002. De plus, il est indiqué que les policiers ont communiqué avec lui en langue anglaise, et que c’est une langue qu’il comprend. Or il parle et comprend l’italien, mais pas l’anglais. Dernière observation : le mot « anglaise » est inscrit à la main par dessus « française », tapé à la machine. Assis à une table du café La Grotta, Oscar ne veut rien boire ni rien manger. Originaire de Côte d’Ivoire, il parle français et livre ce qu’il a vécu cette nuit : un policier a déchiré son acte de naissance. Myriam Laïdouni-Denis, conseillère régionale EELV d’Auvergne-Rhône-Alpes, qui participe à cette opération, l’écoute attentivement. « Nous ne pouvons pas rester indifférents à ce genre de situations et cette détresse. En tant qu’élus, c’est notre rôle de venir sur le terrain pour soutenir les associations, pour observer et essayer d’utiliser notre petit pouvoir pour faire changer les choses », déclare-t-elle.

Les irrégularités de cette sorte s’accumulent dans les constats des militants, notamment concernant les mineurs. La modification de la date de naissance en 1er janvier 2000 est monnaie courante pour les transformer en majeur et les refouler à la frontière. Les parlementaires peuvent désormais en témoigner : les agents de la PAF ont changé devant eux l’année de naissance de deux adolescents nés en 2002. « Ces deux jeunes nous ont dit leur âge quand on a discuté avec eux, on a donc vu l’erreur dans le registre et on l’a signalé aux responsables. On a donc sauvé deux mineurs, glisse Michèle Rivasi. Sans compter qu’ils évaluent la minorité au physique, s’ils ont de la barbe ou pas. »


Vanina Delmas

[...]

Sur le plan judiciaire, l’avocate Mireille Damiano veut engager des procédures en référé-liberté :
"Une telle procédure implique une notion d’urgence et le non-respect d’une liberté fondamentale. Les observations confirment que des mineurs, donc des personnes vulnérables, sont laissés en déshérence en étant renvoyés en Italie. Et leurs droits à la liberté, à la sécurité et à la protection normalement garantis par les textes internationaux sont bafoués." »

Voir en ligne : https://www.politis.fr/articles/201...


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