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Source : L’Est Républicain

Date : 17 août 2019

Auteur : Corinne BARET

Extraits :

  • Parcours de réfugié (1/5) : Fanny, 18 ans, enceinte et demandeuse d’asile

«  La jeune Congolaise a été mise à la rue le 1er juin, jour de sa majorité, alors qu’elle attend un bébé pour le 9 septembre. Hébergée « par privilège » à la caserne Faron, elle raconte son parcours. Et ses angoisses…

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Fanny n’a pas connu sa mère, morte quand elle était petite. Elle vivait seule avec son père au Congo Kinshasa. « Mon papa était membre d’un parti politique opposé au président et le 2 mars 2017, il a été assassiné. Un ami de mon père m’a dit que j’étais en danger et m’a fait quitter la maison. »

« Il a commencé à m’embrasser, me toucher les seins… »

Il l’envoie à l’abri chez un oncle inconnu puis revient avec des papiers et deux billets d’avion pour Paris. « Je n’en savais rien. Arrivés à Roissy, il m’a donné mon extrait de naissance, m’a retiré mon passeport et mon téléphone avec toutes les photos de mon père. Et il est parti ! J’étais seule, j’ai pleuré. Je vais faire comment ? »

Un vieux monsieur de Nancy l’accoste et propose de l’aider. « Il m’a payé le billet de train. Mais pendant le trajet, il a commencé à m’embrasser, me toucher les seins, les cuisses. J’ai pleuré et quand le TGV s’est arrêté, il est parti. »

À la gare de Nancy, Fanny s’adresse à des Africains qui la renseignent pour être prise en charge comme mineur isolée par le conseil départemental. Hébergée puis mise à la rue suite à des tests osseux qui la considèrent comme majeure, elle sera à nouveau prise en charge suite à la reconnaissance de sa minorité par le juge des enfants. Et inscrite en 1re année de CAP d’aide à la personne dans un lycée pro de Toul.

Malade à cause des contraceptifs, Fanny se retrouve enceinte et le 1er juin, jour de ses 18 ans, elle est mise à la rue. A 6 mois de grossesse. « Mais elle a eu le privilège d’être hébergée à Faron du fait de son état », ironise la militante d’une association d’aide aux migrants.

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« Des conditions de vie déplorables y règnent » dénonce son avocate Brigitte Jeannot qui qualifie même l’endroit « d’enfermement sauvage hors cadre légal » et s’apprête à « saisir le contrôleur général des lieux de privation de liberté et le défenseur des droits ».

Un lieu que Fanny espère quitter ce jeudi : une audience est prévue à 11 h au tribunal administratif.

* Le prénom a été changé. »

Reportage intégral à retrouver ici.

  • Parcours de réfugié (2/5) : Manaf, 20 ans, si heureux d’être vivant

«  Le jeune Syrien a fui la guerre. Arrivé à Nancy depuis 2 ans 1/2 avec sa famille, il raconte sa vie sous les bombes, le bonheur d’être libre et son acharnement pour réussir malgré les 5 ans sans école.

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« On était obligés de rester enfermés chez nous… Plus d’école, plus de vie. On ne voyait plus nos amis »

« Quand ça a commencé, on n’imaginait pas que ça irait si vite ni que ça s’aggraverait à ce point-là. L’armée tirait à balles réelles sur les gens. Il y avait du sang partout. Puis les chars sont entrés dans la ville », raconte Manaf, né en 1999 alors âgé de 12 ans. Un cousin de son âge est tué en allant à l’école. Une école transformée fin 2011 en base militaire. « On était obligés de rester enfermés chez nous. Sans eau, ni électricité, ni téléphone. On n’était pas trop conscient de ce qu’il se passait, on avait envie de jouer. Mais l’école fermée, ça nous a touchés. Plus d’école, plus de vie. On ne voyait plus nos amis. C’était horrible. »

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Mention bien au Bac S

Manaf prend des cours de français pour étrangers puis intègre 1re S sciences de l’ingénieur au lycée Loritz en milieu d’année. Il révise chaque soir, obtient les félicitations et frôle la mention très bien au Bac avec 15.5 de moyenne… « Je ne suis pas allé à l’école pendant 5 ans, j’ai galéré avec les langues, mais je me suis battu tout seul pour récupérer le niveau scolaire », sourit Manaf. Heureux et fier. A la rentrée, il entre à l’IUT génie mécanique avec l’idée de poursuivre en école d’ingénieur. En attendant, il travaille cet été comme animateur à City-Plage et au Club Arlequin de Vandoeuvre.

« J’aurais aimé avoir une vie normale. Ma famille a perdu beaucoup de choses. Mais on est en liberté. On est vivant. Ça va. »  »

Reportage intégral à retrouver ici.

  • Parcours de réfugié (3/5) : Moussa*, 22 ans, embobiné par Rambo

«  Le jeune Guinéen avait 16 ans quand il s’est fait avoir par un voisin qui lui promettait de l’emmener en Europe pour jouer dans un grand club de football, en échange d’argent volé à son père… Récit de l’itinéraire d’un dupé.

« J’avais 16 ans. J’étais très naïf. J’ai été embobiné par un passeur et suis arrivé ici indépendamment de ma volonté. »

(...)

« Il a pris mon portable et retiré la puce… Là, j’ai compris que je m’étais fait avoir »

Rambo, son petit frère, et Moussa, vêtu d’un survêt’ du club de foot de son quartier, se rendent à la gare routière et montent dans un bus pour Bamako, au Mali. « Très vite, j’ai eu peur. Je voulais appeler mes parents et mes 2 petites sœurs pour les rassurer. Mais Rambo a pris mon portable et retiré la puce… Là, j’ai compris que je m’étais fait avoir. »

Moussa se retrouve ensuite avec d’autres compagnons d’infortune, « entassés comme du bétail, à 20 dans un pick-up, conduit par un passeur avec une kalachnikov ». Il traverse ainsi le désert, vomit plusieurs fois et insiste pour rentrer. « Rambo m’a frappé. Et m’a fait croire qu’on était presque arrivés en Europe. » Mais après l’Algérie, le Maroc où il se retrouve seul, puis un camp de réfugiés dans le sud de l’Espagne, Moussa mettra plus d’un an à rejoindre Paris.

« Rambo m’avait donné le numéro de téléphone et l’adresse de quelqu’un qui m’accueillerait, mais j’avais perdu le papier et ne me souvenais plus si c’était à Nantes ou à Nancy. » Le téléphone n’a jamais répondu. Et pour la ville, Moussa hésite. Puis saute dans le train pour Nancy, et débarque le 14 juin 2014 à la gare, « complètement paumé. » (...)

Le jeune Guinéen est hébergé dans un centre pour mineurs isolés et le jour de ses 18 ans, fin janvier 2015, il se retrouve à la rue. L’association Un Toit pour les Migrants le prend en charge. (...)

*Le prénom a été changé.  »

Reportage intégral à retrouver ici.

Voir en ligne : https://www.estrepublicain.fr/editi...


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